Cannes 2014 : "Foxcatcher", l'héritier et ses lutteurs, une saga fascinante

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 16/01/2015 à 10H31, publié le 19/05/2014 à 12H30
Steve Carell et Channing Tatum dans "Foxcatcher" de Bennett Miller

Steve Carell et Channing Tatum dans "Foxcatcher" de Bennett Miller

© Mars Distribution

Après "Truman Capote" et "Le Stratège", Bennett Miller signe avec "Foxcatcher" son troisième long métrage. Un film adapté de l'incroyable histoire vraie de John du Pont, riche philanthrope et grand amateur de sport accusé de meurtre en 1996. Très maîtrisé, s'appuyant sur un casting exceptionnel, le film a été bien accueilli lors de sa première projection. Un candidat sérieux au palmarès.

La note Culturebox
5 / 5                  ★★★★★

Réalisé par Bennett Miller (Etats-Unis), avec Steve Carell, Channing Tatum, Anthony Michael Hall, Mark Ruffalo - 2h10 - Sortie : novembre 2014

Synopsis : Médaillés d'or olympique en 1984, Mark et Dave Schultz devraient être au sommet alors qu'ils s'apprêtent à défendre leur titre aux prochains Jeux de Séoul. Pourtant, Mark est licencié de son poste d’entraineur de lutte, tout comme son frère aîné, et il se démène pour s'entraîner seul. Mark retrouve espoir lorsque le philanthrope et millionnaire John du Pont lui propose de rejoindre son club de lutte flambant neuf, situé dans son luxueux domaine de Foxcatcher. Dave tombe finit par tomber lui aussi sous le charme du patriote excentrique, séduit par la perspective de mettre en place la meilleure équipe de lutte au monde. Mais les délires paranoïaques de Du Pont et sa volonté irrationnelle de garantir la victoire des États-Unis à l'étranger vont prendre le pas sur sa générosité et sa bienveillance…

Le film de Bennett Miller fait écho à la tristement célèbre histoire du millionnaire John Du Pont, inculpé pour le meurtre de l'ancien champion olympique de lutte David Schultz en 1996. Devenu entraîneur de la Team Foxcatcher, il habitait sur le domaine de John Du Pont qui finançait les entraînements de dix-sept autres lutteurs amateurs.
Bande-annonce en VO du film "Foxcatcher" de Bennett Miller

De cette invraisemblable aventure dramatique achevée dans le sang début 1996, Bennett Miller tire un film très réussi, oppressant et captivant.

Il n'a rien laissé au hasard pour arriver à ses fins : la lutte, discipline noble mais peu médiatique, est ici particulièrement bien filmée, les corps à corps entre les deux frères, la précision des gestes, rien ne nous échappe. La caméra est intime, les reconstitutions des compétitions très crédibles.

Plus généralement, la réalisation est léchée, riche mais sans effets de manche. Elle parvient à installer subtilement cette sensation gênante de prise de contrôle du millionnaire sur la vie d'un homme, "acheté" comme un pur-sang.

Miller s'est entouré de comédiens exceptionnels. : Steve Carell et Channing Tatum crèvent l'écran. Le premier est hallucinant dans la peau de John du Pont, inquiétant héritier qui s'entiche d'un champion olympique et dont les motivations sont troubles, mélange de patriotisme exacerbé (il faut à l'époque rabattre le caquet aux Soviets) et de volonté de montrer à la mère qui l'écrase qu'il peut réussir quelque chose. Sous un corps épais et musculeux, le second est timide et fragile, prêt à s'offrir à celui qui l'achète. Entre les deux hommes, une relation complexe s'installe et dérive.

D'autres comédiens remarquables portent eux aussi le film vers la réussite, tels Mark Ruffalo (David) ou Vanessa Redgrave (la mère de John du Pont). 
 

Channing Tatum et Mark Ruffalo dans "Foxcatcher" de Bennett Miller

Channing Tatum et Mark Ruffalo dans "Foxcatcher" de Bennett Miller

© Mars Distribution

Peut-on tout acheter ? Quel est le prix de la docilité ? Vexé et trahi, Mark s'éloigne de de son "propriétaire"… dont la folie s'exercera au final sur un autre, son frère.

On pourra trouver à cette histoire achevée dans le sang au milieu des années 90 des aspects totalement contemporains : les oligarques capricieux qui aujourd'hui s'achètent des clubs et des joueurs de football comme des montres de luxe et font valser les entraîneurs quand ça leur chante sont-ils vraiment très éloignés de ce très inquiétant Monsieur du Pont ?