Cannes 2013 : « Shield of Straw », thriller comme cour de recréation

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 20/05/2013 à 16H11, publié le 09/05/2013 à 15H28
"Shield of Straw" de Takashi Miike

"Shield of Straw" de Takashi Miike

© Warner Bros. Pictures

Pour la troisième fois à Cannes et la deuxième en compétition officielle, Takashi Miike est un adepte du cinéma de genre, thriller et fantastique en tête. Il avait présenté en 2011 à Cannes un remake du splendide "Hara Kiri" (1962) de Masaki Kobayashi, qui n'avait guère convaincu. "Shield of Straw" (Bouclier de paille) suscite l'adhésion beaucoup plus, mais avec des réserves.

De Takashi Miike (Japon), avec : Nanako Matsushima, Tsutomu Yamazaki, Masatô Ibu - 2h05 - Sortie : non déterminée

Synopsis : Ninagawa est un puissant homme politique japonais. Sa petite-fille est assassinée et le suspect se nomme Kunihide Kiyomaru. Un homme qui a déjà tué par le passé. Trois mois plus tard, Ninagawa décide de poster des annonces dans trois grands journaux, explicitant qu'il offre une très grande récompense à l'homme qui tuerait ce meurtrier. Craignant pour sa vie, Kiyomaru se rend à la police. Mais la récompense proposée par Ninagawa attire les foules... Ce qui ne facilitera pas le transfert du prisonnier.
Shield of Straw : la bande-annonce
Comme tous les ans à Cannes, Thierry Frémaux, directeur artistique du Festival, réserve une petite pause à mi-parcours aux festivaliers confrontés à une compétition souvent ardue, avec un film plus ludique. Cela peut être un blockbuster hors compétition (« Les Aventuriers 4 », « Pirates des Caraïbes 3 », « Star Wars 3 »…) Cette année, c’est Takeshi Miike qui s’y colle, avec un thriller (toujours un film de genre), mais beaucoup moins innocent qu’il n’y paraît.

Thriller parano
Prince du genre dans le thriller et le fantastique, révérencieux envers ses paires, réalisateur plus que prolifique, Takeshi Miike, avec « Shield of Straw » (Bouclier de paille) donne à voir un thriller dans les règles de l’art sur un script complètement barré aux résonnances plus complexes qu’il n’y paraît. Adapté d’un roman de Kazuhiro Kiuchi, le scénario met en perspective des digressions subtiles – autour de la peine de mort (toujours promulguée au Japon), la corruption de la police, ou la personnification des missions policières par rapport à ceux qui les vivent.

Aussi, un des aspects les plus pertinents du film réside dans l’ambiance paranoïaque dans laquelle il baigne, chaque flic se demandant qui est la taupe pourvoyeuse des informations indiquant où se trouve le convoi. Cerné par les prétendants à la prime lancée par le grand-père de la victime pour l’abattre, le film est comme un démarquage de « Rio Bravo », western où une prison garnie d’outlaws était attaquée par des complices pour les libérer. Thème cher et qu’actualisait John Carpenter, dans « Assault ».
"Shield of Straw" de Takashi Miike

"Shield of Straw" de Takashi Miike

© Warner Bros. Pictures
L’honneur nippon
Si Takeshi Miike reprend ce canevas, en en faisant un road movie, par convoi automobile, sur rail, en voiture et à pied, il lui insuffle des prolongements propres à la société nippone. Cette implication des policiers dans leur mission à sauver un criminel d’une vindicte populaire, devenue lucrative par la prime d’un milliard de Yens pour tuer l’accusé, renvoie au sens de l’honneur dans la parole donnée, propre à la tradition japonaise. La traque du traite, puisque traite il y a, n’est pas sans rappeler celle de la contamination dans « The Thing » de John Carpenter (encore). Comme si la trahison par rapport au corps policier répondait à une contamination pathologique du corps humain.

Metteur en scène aguerrie, Takeshi Miike réserve le meilleur de son film dans la première partie, où la mise en place de son intrigue et de ses personnages captent l’audience implacablement. Avec une scène de convoi policier conclue par un climax dantesque qui a valu les applaudissements de la première de presse du film dans le somptueux théâtre Lumière de Cannes. La suite développe les thèmes précités, avec une excellente exploitation du train, cher au cinéma, et du road movie, sur une forme décalée, mais justifiée et efficace.

Vus les sifflets parcellaires d’une partie du public, le film a été compris comme favorable à la peine de mort. Contresens absolu d’un film qui se voit d’abord comme un thriller d’excellente facture, aucunement favorable à la peine capitale, avec du sens, spectaculaire, trop long - comme presque tous les films -, mais allant bien au-d elà du simple divertissement.