Cannes 2013 : « Gatsby », un festival excentrique… et raccord

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 19/05/2013 à 13H56, publié le 06/05/2013 à 20H56
"Gatsby le magnifique" de Baz Luhrman

"Gatsby le magnifique" de Baz Luhrman

© Warner Bros.

La version de Baz Luhrmann de "Gatsby le magnifique" est la troisième après celle de Elliott Nugent en 1949 et la plus connue, deJack Clayton en 1974, avec Robert Redford et Mia Farrow. Baz Luhrmann retrouve à cette occasion pour la deuxième fois Leonardo DiCaprio, après "Romeo + Juliette" (1996), et pour la deuxième fois, également, l'ouverture du Festival de Cannes, après "Moulin rouge" en 2001.

De Baz Luhrmann (Australie/Etats-Unis), avec : Leonardo DiCaprio, Tobey Maguire, Carey Mulligan - 1h45 - Sortie : 15 mai
Film en relief

Synopsis Printemps 1922. Apprenti écrivain, Nick Carraway quitte la région du Middle-West pour s'installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il est désormais voisin d'un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby, qui s'étourdit en fêtes mondaines avec sa cousine Daisy et son mari volage, Tom Buchanan.  Nick se retrouve au cœur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges. Témoin privilégié de son temps, il se met à écrire une histoire où se mêlent des amours impossibles, des rêves d'absolu et des tragédies ravageuses...
Gatsby le magnifique : la bande-annonce
Excès
On connaît Baz Luhrrmann pour ses mises en scène excessives et appuyées, son goût pour les anachronismes, son jeu avec la musique, qui ont souvent identifié ses films à des clips gargantuesques (« Roméo + Juliette », « Moulin Rouge »). Ces superlatifs conviennent tout autant à sa vision de « Gatsby le magnique », l’usage de la 3D en plus, ce qui pour beaucoup n’arrange rien.

Comme pour « Roméo + Juliette », qui adaptait Shakespeare, le cinéaste australien sait très bien qu’il adapte un chef d’œuvre de la littérature, intouchable pour beaucoup, et aussi à une adaptation antérieure tenue aujourd’hui pour un classique, réalisée par le sobre Jack Clayton, avec Robert Redford et Mia Farrow, de véritables icônes du cinéma américain des années 70. Aussi, la critique américaine n’y est pas allée de main morte pour descendre le film lors de sa sortie aux States le week-end dernier, et on peut s’attendre à la même vindicte en France, tant l’excès est abhorrée sous nos latitudes.

C’est pourtant cette excentricité qui forge la réussite de ce « Gatsby ». Tout est trop dans ce film. Les acteurs sont trop beaux, les costumes sont trop beaux, les intérieurs sont trop beaux, le filmage est trop sophistiqué, les extérieurs trop artificiels, la musique (très bien utilisée) trop déphasée… Baz Luhrmann recoupe ainsi l’évocation d’une époque de tous les excès, elle-même au centre de l’œuvre de Fitzgerald. Elle se trouve aux confins d’un âge d’or – de Hollywood, de la finance, de la réussite américaine… - et de la décadence – l’alcool et la drogue coulent à flot, les mœurs se relâchent, les scandales se succèdent…
Leonardo DiCaprio et, Carey Mulligan  dans "Gatsby le magnifique" de Baz Luhrmann

Leonardo DiCaprio et, Carey Mulligan dans "Gatsby le magnifique" de Baz Luhrmann

© Warner BroS. France
Histoire de style
La stylisation extrême du film est raccord avec ce fondement. Les artifices de la mise en scène recoupent ceux de l’époque, mais aussi les mensonges de Gatsby - nouveau riche qui cache ses origines pauvres - et de Tom, aristocrate adultérin. Ils n’en sont pas pour le moins sincères, Gatsby dans sa démarche fondée sur sa reconquête de Daisy, et Tom dans sa conviction de la supériorité de sa classe sociale, et Luhrmann dans l’adéquation de son adaptation. On regrettera toutefois quelques redondances dans la toute dernière partie du film, le cinéaste aime par trop enfoncer le clou, ce qui est regrettable.

Le film restera sans doute mal aimé des critiques. Les mêmes descendaient en 1974 le « Gatsby » de Clayton et le mettront aujourd’hui en avant pour descendre le Luhrmann. Ce dernier à d’ailleurs dans son esthétisme quelque chose de Ken Russell, également peu apprécié des critiques français, pour une même extravagance. Si celle-ci était peu viable dans ses films précédents, elle colle ici au sujet.
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