Cannes 2016 : "Ma'Rosa", dans l'enfer de la pauvreté philippine

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/04/2017 à 17H58, publié le 17/05/2016 à 23H16
Jaclyn Rose dans le rôle de Ma'Rosa

Jaclyn Rose dans le rôle de Ma'Rosa

© Center Stage Productions

Brillante Mendoza, chef de file du cinéma indépendant philippin est à nouveau en compétition à Cannes. Spécialiste du cinéma social, il concourt avec "Ma'Rosa". L'histoire de commerçants très pauvres dans un quartier déshérité de Manille Afin de soudoyer la police qui a arrêté les parents pour trafic de drogue, les enfants vont tout faire pour réunir une grosse somme d'argent. Coup de poing.

La note Culturebox

4
4/5
Brillante Mendoza était reparti de la Croisette avec le prix de la mise en scène en 2009, pour "Kinatay". Le revoici dans la compétition officielle avec Ma'Rosa, un nouveau film qui dénonce la société philippine. Une famille pauvre se débrouille avec une toute petite épicerie dans un quartier très déshérité de Manille. Mais le véritable commerce qui fait vivre Ma'Rosa et les siens c'est la vente de stupéfiants. Quand les parents sont arrêtés, les quatre enfants vont tout faire pour réunir la somme exigée par les policiers corrompus, condition sine qua non pour les faire sortir sans passer par la case prison. Cette quête urgente les poussera à bien des compromissions.
Dans le style réaliste qui est sa marque, le cinéaste ne cherche jamais l'esthétique. L'image est brute, parfois floue, elle bouge, perd son sujet, le retrouve, elle est souvent hors d'haleine. Le son, par instant assourdissant accompagne la quête désespérée des enfants qui vont emprunter auprès de toutes leurs connaissances pour sortir leurs parents des griffes de policiers. Ceux-là sont tellement corrompus qu'on croirait à une caricature. Brillante Mendoza ne cherche pas à donner une belle image de son pays. Les plages enchanteresses ne sont pas pour lui. Juste en montrant ce qui est, il dénonce. Il dénonce mais sans prendre parti. La police est corrompue, mais elle rackette des trafiquants de drogue, alors où est le bien ? Où est le mal ? Il ne répond pas. Malgré la misère, malgré l'addiction du père, les compromissions des enfants, Il se contente de montrer le lien qui unit toute cette famille.

Ce film sale dans son apparence, fort et violent dans le fond, rappelle un certain cinéma indépendant new yorkais des années 70 qui ne s'embarrassait pas non plus d'esthétique et qui finissait pourtant par s'en créer une. La concurrence est rude à Cannes cette année, mais par sa réalité crue et son propos sans concession au bon goût ou au politiquement correct, Ma'Rosa pourrait bien permettre à Brillante Mendoza de repartir une nouvelle fois de Cannes avec une récompense. 

La fiche

"Ma'Rosa" Film philippin de Brillante Mendoza Avec Jaclyn Rose, Andi Eigenmann, Julio Diaz 1h50 Sortie en France le 9 novembre 2016 
Synopsis : Ma’Rosa a quatre enfants. Elle tient une petite épicerie dans un quartier pauvre de Manille où tout le monde la connaît et l’apprécie. Pour joindre les deux bouts, elle et son mari Nestor y revendent illégalement des narcotiques. Un jour ils sont arrêtés. Face à des policiers corrompus, les enfants de Rosa feront tout pour racheter la liberté de leurs parents.

VIDEO. Retrouvez l'interview de Brillante Mendoza dans "Des Mots de Minuit"