Cannes 2015 : Gus Van Sant s'égare dans sa "Forêt des songes"

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 16/05/2015 à 08H21, publié le 16/05/2015 à 08H13
Matthew McConaughey et Ken Watanabe dans "La forêt des songes"

Matthew McConaughey et Ken Watanabe dans "La forêt des songes"

© SND

Des sifflets nourris ont accueilli le générique de "La forêt des songes" ("The Sea of Trees") lors de sa première projection cannoise. 110 minutes plus tôt, le public était pourtant confiant et bienveillant à l'égard du réalisateur américain, Palme d'Or en 2003 avec "Elephant". Pourquoi Gus Van Sant a-t-il perdu ses spectateurs dans la mystérieuse forêt d'Aokigahara ?

La note Culturebox
2 / 5                  ★★☆☆☆

C'est la rançon du succès, on attend toujours plus des grands réalisateurs, ceux dont on connaît la capacité à construire des films inoubliables. Si "The Sea of Trees" était une première oeuvre, on y discernerait très probablement les germes d'un très grand talent. Mais voilà, Gus Van Sant a déjà raflé la Palme d'Or avec son exceptionnel "Elephant", et il est à l'origine de quelques pépites. On met donc inévitablement la barre un peu plus haut… Et il ne la franchit pas cette fois.
Premier extrait (sombre) du film de Gus Van Sant

Le film ne manque pourtant pas d'atouts. Avant toute chose, une histoire, une sacrée, inspirée par un phénomène réel : un Américain pénètre dans la forêt d'Aokigahara, une mer d'arbres, lieu de prédilection des suicidaires du Japon et du monde entier. Au moment où il s'apprête à en finir, le voilà contraint de sauver la vie d'un autre homme, et la sienne au passage. Ça démarre fort, les images sont sublimes, on est saisis par l'ambiance très particulière du lieu. Et, ce qui ne gâte rien, Matthew McConaughey est parfait, comme souvent.

Gus Van Sant entame alors une série d'allers-retours entre Japon et Etats-Unis, qui vont nous expliquer comment Arthur en est arrivé là, le délitement de son couple, les turpitudes de la vie. Et progressivement, l'histoire s'enlise, la démonstration devient pesante, exagérément surlignée. Tout se résume ainsi : il est venu pour mourir et il va se battre pour la vie. Parti sur les chapeaux de roues, le film se traîne, perd son rythme, n'en finit plus de se terminer jusqu'à une issue mystique pour laquelle la production a visiblement disposé d'un budget violons illimité.

A trop viser le consensus pour servir sa "belle histoire", Van Sant stérilise son film. Une déception, assurément.

The Sea Of Trees de Gus Van Sant (États Unis) avec Matthew McConaughey, Naomi Watts et Ken Watanabe - Durée : 1h50 - Sortie : 9 septembre 2015.

Synopsis : dans la forêt d’Aokigahara, au pied du Mont Fuji, Arthur Brennan est venu mettre fin à ses jours, comme beaucoup avant lui en ces lieux. Alors qu’il a trouvé l’endroit qui lui semble idéal, il aperçoit soudain un homme blessé et perdu. Assailli par un sentiment d’humanité irrépressible, Arthur se porte à son secours. Alors qu’il s’était décidé à mourir, il va devoir aider un homme à survivre.