Cannes 2013 : le réalisateur de "Drive" va dans le mur avec "Only God Forgives"

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 22/05/2013 à 15H47, publié le 09/05/2013 à 11H45
Ryan Goslin dans "Only God Forgives" de Nicolas Winding Refn

Ryan Goslin dans "Only God Forgives" de Nicolas Winding Refn

© Space Rocket Nation, Gaumont & Wild Bunch

Retour sur la Croisette pour Nicolas Winding Refn, Prix de la mise en scène en 2011 pour "Drive". Il retrouve son acteur Ryan Gosling dans "Only God Forgives", au côté de Kristin Scott Thomas, dans ce qui promettait d'être un thriller musclé et sophistiqué qui, finalement, accouche d'une souris.

De Nicolas Winding Refn (Danemark/France), avec : Ryan Gosling, Kristin Scott Thomas, Gordon Brown - 1h30 - Sortie : 22 mai
Interdit aux moins de 12 ans

Synopsis
À Bangkok, Julian, qui a fui la justice américaine, dirige un club de boxe thaïlandaise servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, chef d’une vaste organisation criminelle, débarque des États-Unis afin de rapatrier le corps de son fils préféré, Billy : le frère de Julian vient en effet de se faire tuer pour avoir sauvagement massacré une jeune prostituée. Ivre de rage et de vengeance, elle exige de Julian la tête des meurtriers. Julian devra alors affronter Chang, un étrange policier à la retraite, adulé par les autres flics … 
"Only God Forgives" : la bande-annonce

Bric-à-brac à Bangkok
Figurant parmi les films les plus attendus de ce 66e Festival de Cannes, « Only God Forgives » est la grosse déception de cette compétition. Hué, sifflé, à l’issue de la première de presse, les festivaliers en sont restés pantois. Mais qu’est ce que c’est que ce film ? Prétentieux, suffisant et poseur, l’on se demande bien où Nicolas Winding Refn veut en venir, dans ce bric-à-brac à Bangkok.

Le film est dédié à Alexandro Jodorowsky, que connaît bien le réalisateur danois. C’est qu’il doit bien y avoir un fond de spiritualité la dedans. Le cinéaste chilien en traitait ouvertement dans « El Topo » en 1970, à travers un pseudo western sanglant et provocant. Sur une même corde, Winding Refn passe par le thriller, avec cette histoire de vengeance violente et saignante à souhait, où, selon ses dires transparaitrait une problématique existentielle.

Kristin Scott Thomas dans "Only God Forgives" de Nicolas Winding Refn

Kristin Scott Thomas dans "Only God Forgives" de Nicolas Winding Refn

© Space Rocket Nation, Gaumont & Wild Bunch

Ridicule volontaire
Les rapports entre cette mère vengeresse (Scott Thomas) - toute droit sortie d’une tragédie grecque - et de son fils Julian (Gosling) constituent les données de l’équation. Les liens du sang sont-ils plus forts que les sentiments ? Elle adorait son aîné abattu par la police, et méprise son cadet au point de lui signifier qu’elle aurait mieux fait d’avorter. La messe est dite. La fin verra d’ailleurs un duel entre la mère et le fils par personne interposée, ce curieux policier silencieux, à la fois, juge, juré et bourreau.    

Très mis en scène, pour ne pas dire trop, chaque plan baigne dans des éclairages rouge, jaune ou bleu électrique, avec des cadrages savamment calculés. La temporalité est étirée à loisir, le ralenti sur-employé, alors que Gosling trimbale sa dégaine nonchalante de taiseux au regard morne, et qu’une Kristin Scott Thomas dotée d’une longue chevelure blonde déambule dans des tenues sophistiquées, avec un langage de charretier en bouche. Les dialogues, volontairement insipides, tranchent avec les images très travaillées, le contraste provoquant un humour proche du ridicule. Torturé, alambiqué, occulte, « Only God Forgives » n’inspire aucun pardon.