Cannes 2013 : « Le Passé » d’Asghar Farhadi, ou les doutes de la perception

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 19/05/2013 à 13H53, publié le 08/05/2013 à 17H11
Bérénice Bejo, Tahar Rahim et Ali Mosaffa dans "Le Passé" d’Asghar Farhadi

Bérénice Bejo, Tahar Rahim et Ali Mosaffa dans "Le Passé" d’Asghar Farhadi

© Memento Films

Asghar Farhadi s'est imposé avec le fantastique succès public et critique d’ « Une séparation", Ours d'or et double Prix d'interprétation à Berlin en 2012, mais aussi César et Oscar du meilleur film étranger la même année. C'est la première fois que le réalisateur iranien est à Cannes, en signant un film sous bannière française.

De Asghar Farhadi (France), avec : Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa - 2h10 - Sortie : 17 mai 2013

Synopsis : Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d'Ahmad pour tenter d'améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé...
"Le Passé" : la bande-annonce
Du microcosme au macrocosme
La réalisation en France du « Passé » par l’Iranien Asghar Farhadi est en soit un événement. La présence de Bérénice Bejo et de Tahar Rahim devant sa caméra, en est un autre. S’il est moins connu en France, l’Iranien Ali Mosaffa, le troisième protagoniste du film, est acteur et réalisateur. Figure reconnue dans son pays, sa participation au « Passé » est également un événement. Ce trio d’acteurs, ainsi que les enfants du film, sont en tous points remarquables. Bérénice Bejo au bord de la crise de nerf, Tahar Rahim tout en sobriété et Ali Mosaffa, tout en intériorité.

Comme dans « Une séparation », un divorce est au centre du « Passé ». Si le premier était prétexte à une incursion au cœur de la société iranienne, le second est une plongée dans l’âme humaine, ses tâtonnements, ses doutes et les interprétations diverses du réel. Cette thématique organise un scénario polarisé sur l’histoire d’un couple délité et la tentative d’en reformer un autre. Une situation particulière donc qui aspire à une interprétation plus large, sinon philosophique, de la psychologie humaine.
Bérénice Bejo et Ali Mossaffa dans "Le Passé" de Asghar Farhadi

Bérénice Bejo et Ali Mossaffa dans "Le Passé" de Asghar Farhadi

© Carole Bethuel

Un pas en avant, un pas en arrière
De ce point de vue, « Le Passé » fonctionne parfaitement. La mise en situation reste toutefois un peu longue, avant que l’on comprenne où veut nous emmener Asghar Farhadi. Ce n’est qu’autour du milieu du film que ses intentions se font jour, avec un coup de théâtre, pivot du film, à partir duquel  va se révéler son sens profond. Les personnages ne cessent de faire un pas en avant, puis un en arrière, de partir et de revenir, de s’invectiver et à regretter… Jusqu’à la scène finale, très symptomatique de ces hésitations, à la résolution ouverte.

Très bien accueilli, « Le Passé » confirme non seulement l’immense talent de Farhadi, mais la bonne tenue de la sélection française dans la compétition, après le magnifique film de François Ozon, « Jeune et jolie », projeté la veille. De la belle ouvrage, tant dans le script (hormis une mise en place un peu longuette), dans sa mise en scène fluide et discrète, mais présente dans une forme en symbiose avec le propos, et une interprétation remarquable.