Cannes 2013 : le mexicain Amat Escalante Prix de la mise en scène avec "Heli"

Par @Culturebox
Publié le 27/05/2013 à 15H42
Le mexicain Amat Escalante rappelé pour la cérémonie de clôture du 66e Festival de Cannes

Le mexicain Amat Escalante rappelé pour la cérémonie de clôture du 66e Festival de Cannes

© VALERY HACHE / AFP

Si "Heli" possède indéniablement la qualité d'un film incisif qui brosse un portrait au vitriol de la société mexicaine contemporaine, il a pour le moins divisé la critique quant à l'exposition de la violence et un certain misérabilisme. Lauréat dimanche soir d'un Prix de la mise en scène surprise au 66e festival de Cannes, le réalisateur de "Sangre" et "Los Bastardos" revient sur sa démarche.

Le cinéaste autodidacte mexicain de 34 ans Amat Escalante a reçu dimanche soir le Prix de la mise en scène à Cannes pour son troisième long métrage "Heli", une oeuvre sombre et dérangeante sur le destin d'une famille pauvre confrontée à la violence extrême de narcotrafiquants."Je pense que d'un point de vue moral, notre responsabilité consiste à montrer la violence telle qu'elle doit être, c'est-à-dire triste, sale", a expliqué Amat
Escalante, qui veut "faire réfléchir" dans ses films aux problèmes du Mexique. Avec "Heli", dernier film de son tryptique mexicain, après "Sangre" en 2005 et "Los Bastardos" en 2008, il est propulsé pour la première fois en compétition officielle.
Heli : extrait
Une violence nécessaire ?

Il nous plonge au coeur de la corruption policière, des cartels mafieux et des trafiquants de drogue, en estimant que "la réalité du Mexique est encore pire que ce qui est montré dans le film". A Cannes, une scène d'émasculation par le feu, torture perpétrée par des adultes et des enfants a choqué par sa brutalité difficilement supportable. Serait-ce cela, la banalité du mal ? "Heli" fait toutefois partager au public la tension que vivent les personnages, installés dans un climat de peur.

Un néo-réalisme à l'image du Mexique actuel

Escalante, seul réalisateur latino-américain en compétition officielle cette année, abandonne très tôt les bancs de l'école et commence à travailler dans le cinéma dès l'âge de 15 ans. Il réalise d'abord deux courts métrages puis rencontre providentiellement son compatriote mexicain Carlos Reygadas (dont le très décevant "Post Tenebrae Lux" avait pourtant rafflé lui aussi le Prix de la mise en scène) qui l'embauche comme assistant pendant le tournage de son deuxième long métrage. Reygadas co-produira ensuite le premier film du jeune homme, "Sangre", tourné avec très peu de moyens dans sa ville natale de Guanajuato. S'il ne remporte rien à Un Certain Regard, ce premier opus recevra le prix Fipresci de la critique internationale.
Bande annonce de "Sangre"
Trois ans plus tard, en 2008, Escalante est de retour sur la Croisette dans la même catégorie pour "Los Bastardos", qui met en scène deux immigrés clandestins mexicains vivant de petits boulots à Los Angeles jusqu'au jour où un homme leur propose d'exécuter son épouse. Ses trois longs métrages sur la société mexicaine contemporaine "traitent plus ou moins directement de la façon dont la culture américaine imprègne la société mexicaine", explique Amat Escalante, fruit de l'union d'une universitaire américaine et d'un père artiste mexicain.
Bande annonce de "Los Bastardos"

"Sangre" montrait les effets pervers de cette influence américaine dans le quotidien, à la télévision, jusque dans la nourriture. "Heli" est marqué par la présence locale d'une usine automobile de General Motors autour de laquelle s'est construite des habitations éparses, relève le cinéaste. Pour autant, il se défend d'être un auteur "à messages". "C'est la dimension psychologique qui m'intéresse", dit-il, "comment vit-on dans un climat de peur permanente?".