Cannes 2013 : Alexander Payne revisite l’Amérique profonde au « Nebraska"

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 24/05/2013 à 00H47, publié le 09/05/2013 à 10H32
Bruce Dern et WIll Forte dans "Nebraska" d'Alexander Payne

Bruce Dern et WIll Forte dans "Nebraska" d'Alexander Payne

© Bona Fide Productions

A Cannes pour la deuxième fois, après avoir présenté en compétition "Monsieur Schmidt" avec Jack Nicholson et Kathy Bates en 2002, Alexander Payne réédite un voyage vers le Nebraska, qui donne son titre au film, destination déjà évoquée dans sa précédente production. Mais ce fut "The Descendants" qui lui donna la consécration internationale pour son scénario couronné dans de nombreux festivals.

Alexander Payne a également été membre du jury du Festival de Cannes en 2012.

De Alexander Payne (Etats-Unis), avec : Bruce Dern, Will Forte, Bob Odenkirk - 1h50 - Sortie : non déterminée

Synopsis : Woody Grant, un père de famille alcoolique, gagne un million de dollars. Il décide donc de partir avec son fils du Montana au Nebraska dans le but de réclamer cette somme. Sur le chemin, ils rencontrent des amis, de la famille et de vieilles connaissances à qui Woody doit de l'argent...
Nebraska : extrait
Galerie de portraits
A l’image des frères Coen qui ont souvent visité le Middle West et toute une Amérique profonde, Alexander Payne situe son action dans le Montana et le Nebraska, Etat qui donne son titre au film, en compétition à Cannes. Il est en même temps nourri d’un humour et d’une tendresse pour les personnages qui ne sont pas sans rappeler les auteurs de « Fargo ». Mais « Nebraska » ne se limite pas à cette comparaison.

Fin scénariste, Alexander Payne a cette fois confié le script à Bob Nelson qui a peaufiné des personnages avec une attention pour chacun. Bien sûr Woody (Bruce Dern) et son fils David (Will Forte) tiennent le haut du pavé, mais Noel (Missy Doty), l’épouse de Woody, a une personnalité bien trempée et plus d’une répartie qui font mouche. En même temps, toute la galerie de portraits qui traverse le film se savoure sans modération. Les anciens amis de la bourgade natale de Woody, Hawthorne, avec leurs deux bras cassés de fils, sont particulièrement délectables.
Bruce Dern et Missy Doty dans "Nebraska" de Alexander Payne

Bruce Dern et Missy Doty dans "Nebraska" de Alexander Payne

© Diaphana
Prix d’interprétation
Si les dialogues alimentent la saveur du film, l’interprétation de Bruce Dern dans la peau de ce vieillard quasi sénile, crédule et buté, le place en bonne position pour le Prix d’interprétation, même s’il est concurrencé par le remarquable Michael Douglas de « Ma vie avec Liberace ». Autre grand atout, la somptueuse photographie en scope noir et blanc de Phedon Papamichael qui valorise les grandes plaines parsemées de bétail et de silos à grain, le défilement de la route et l’urbanisation minimalistes des petites villes, à peine sorties de la conquête de l’Ouest.

Hormis les frères Coen, « Nebraska » évoque également le splendide film de David Lynch « Une histoire vraie », où un vieillard en fin de vie traversait une partie des Etats-Unis (600 km) juché sur sa tondeuse à gazon pour retrouver la région de ses origines. Car « Nebraska » est aussi un retour aux sources pour Woody, un voyage initiatique à rebrousse temps, où il va retrouver les protagonistes de son enfance et de sa jeunesse, tout comme Noel, sa femme, du même patelin. Mais la nostalgie n’est pas de mise, le sentiment est plutôt de leur en montrer à ces « ploucs » qui sont restés terrés dans leur patelin. Jubilatoire.