Cannes 2013 : Abdellatif Kéchiche, Palme d'or et dénicheur de talents

Par @Culturebox
Mis à jour le 26/05/2013 à 21H57, publié le 26/05/2013 à 21H56
Le tunisien Abdellatif Kéchiche et ses deux actrices : Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos gagnent la Palme d'or !

Le tunisien Abdellatif Kéchiche et ses deux actrices : Léa Seydoux et Adèle Exarchopoulos gagnent la Palme d'or !

© ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Après un accueil critique en demi-teinte pour son dernier film "Vénus noire", Abdellatif Kéchiche, le réalisateur de "L'esquive" et "La graine et le mulet" signe un film fort et osé : "La vie d'Adèle", Palme d'or de ce 66e festival de Cannes. Plus qu'un grand réalisateur, le Tunisien est un incroyable dénicheur de talent. Il touche également par la sincérité de ses films entre deux cultures.

Rappelons tout d'abord que cette Palme d'or a été offerte par le jury à non pas un, mais bien trois talents, le réalisateur Abdellatif Kéchiche et de ses deux comédiennes d'exception, Adèle Exarchopoulos et Léa Seydoux. Si Léa Seydoux n'en est pas à son coup d'essai et nous a déjà enchanté dans de nombreux films (en particulier "Belle épine" et "Les adieux à la reine"), c'est une première incursion dans la cour des grands pour Adèle Exarchopoulos, tout juste 19 ans, qui était fortement pressentie pour le prix d'interprétation.

En filmant cette histoire d'amour enflamée entre deux jeunes filles qui découvrent et affirment leur homosexualité, Kéchiche fait ce qu'il sait faire de mieux, à savoir mettre en lumière le jeu flamboyant de deux actrices criantes de vérité. Car ce qui caractérise avant son cinéma, c'est la force de conviction de personnages prêts à se battre pour ce en quoi ils croient. Un style incisif et sans détour, qui pourtant prend le temps de narrer une histoire, au plus près du ressenti des personnages.

 
La Vie d'Adèle : extrait
Le chineur de merveilles : Kéchiche défricheur de talents

Avec "L'esquive" en 2004, Kéchiche tisse les liens entre théâtre et cinéma en proposant un film sur l'adolescence dans les cités HLM sur fond de pièce. Le jeu de l'amour et du hasard, que les élèves d'une classe doivent jouer dans le cadre d'un cours de français, devient le fondement d'une chronique sur les amours et les chamailleries adolescentes, entre microcosme et macrocosme. Pas de tête d'affiche, le réalisateur jour à fond la carte de l'authenticité, et ça paie. Kéchiche s'offre un César du meilleur film et révèle aussi le talent de Sara Forestier, qui reçoit le César du meilleur espoir féminin. Quand on voit le chemin parcouru par la jeune actrice aujourd'hui, on se dit qu'Abdellatif avait l'oeil. 

2007. Le réalisateur nous plonge dans l'intimité d'une famille d'origine maghrébine qui se bat pour pouvoir réaliser son rêve :ouvrir un restaurent à Sète. Cette fois, c'est à la jeune Hafsia Herzi que Kéchiche offre l'un de ses plus beaux rôles au cinéma. Une prestation qui lancera la carrière de l'actrice du "Roi de l'évasion" (un rôle complexe pour le libertaire Alain Guiraudie), "La source des femmes" et "L'Appolonide". Valeur montante à la beauté simple et naturelle, tout comme Sara Forestier. On espère d'Adèle Exarchopoulos qu'elle confirme sous peu un talent brut. 
Bande annonce de "La graine et le mulet (2007)
"Filmer le ballet des corps" : la beauté sans borne

"Je voudrais dédier ce prix, ce film à cette belle jeunesse de France qui m'a beaucoup appris sur l'esprit de liberté", "le vivre-ensemble", ainsi qu'à "une autre jeunesse, de la révolution tunisienne, pour leur aspiration à vivre eux aussi librement, et aimer librement", a déclaré le cinéaste visiblement ému et heureux. "Je voudrais dédier ce prix, ce film à cette belle jeunesse de France qui m'a beaucoup appris sur l'esprit de liberté", "le vivre-ensemble", ainsi qu'à "une autre jeunesse, de la révolution tunisienne, pour leur aspiration à vivre eux aussi librement, et aimer librement", a déclaré le cinéaste visiblement ému et heureux.

Le film s'attache à montrer avec humanité, sensualité et finesse les émotions et le trouble sur leur visage, souvent filmé en gros plan, à travers un regard ou le mouvement d'une bouche. "Le gros plan permet de capter des expressions très fines, qu'on ne voit pas toujours dans la vie, des petits mouvements. C'est quelque chose que j'aime", a expliqué Abdellatif Kechiche. Le réalisateur dépeint aussi le ballet et le désir des corps à travers des scènes de sexe aussi naturelles que très explicites, sans jamais être glauques. "On espère que pour chaque scène, il se passe quelque chose de beau", a souligné le réalisateur, qui dit avoir aussi travaillé sur "la sculpture des corps, la lumière et la beauté des visages".
Léa Seydoux et  Adèle Exarchopoulos dans "La Vie d'Adèle" de Abdellatif Kechiche

Léa Seydoux et  Adèle Exarchopoulos dans "La Vie d'Adèle" de Abdellatif Kechiche

© Wild bunch / Quat’Sous Films / France 2 Cinema / Scope Pictures / Vertigo Films
Pour Kéchiche, le personnage d'Adèle est un peu son Antoine Doinel, le héros incarné par Jean-Pierre Léaud dans plusieurs films de François Truffaut. "Je vous avoue que j'y ai pensé", a-t-il confié.