Festival de Cannes : les femmes à l’honneur de cette 69e édition

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/05/2016 à 17H41, publié le 22/05/2016 à 17H28
Isabelle Huppert dans "Elle" 

Isabelle Huppert dans "Elle" 

© SBS Distribution

Isabelle Huppert dans "Elle" de Verhoven, Sônia Braga dans le film brésilien "Aquarius", ou Sasha Lane en ado embarqué dans un road trip effréné dans le "American Honey" d'Andrea Arnold… Retour sur ces rôles féminins qui ont illuminé la compétition officielle.

"Elle", c’est Isabelle Huppert, embarquée par le cinéaste provocateur Paul Verhoeven dans une histoire vénéneuse. Elle campe le rôle d’une femme déterminée, forte, froide et victime d’un viol. Mais sa réaction ne sera pas celle qu’on imagine. Elle ne changera rien à sa vie. Ne portera pas plainte. Tentera même de renouer avec son prétendu agresseur. Au point qu’on se demande si ce qu’elle a vécu ne relève pas du fantasme. Du scénario.
 
Un film coup de poing porté par une actrice remarquable, capable, encore et toujours, de se réinventer et de surprendre. Un rôle qui lui ouvre grand les portes d’un possible prix d’interprétation à Cannes. Si le réalisateur néerlandais a déjà centré certains de ses films autour d’un personnage féminin, avec par exemple le sulfureux et désormais mythique "Basic Instinct", d’autres cinéastes ne l’avaient, avant ce Festival de Cannes, jamais fait.
Isabelle Huppert dans "Elle" de Paul Verhoeven © SBS Distribution

Ambiguïté

C’est le cas du cinéaste danois, Nicolas Winding Refn, qui, avec "The Neon Demon", thriller contemplatif, trash, acerbe et violent où l’on suit les débuts d’une jeune adolescente dans le monde impitoyable de la mode, fait d’une femme l’héroïne d’un de ces films : une Elle Fanning, flamboyante d’ambiguïté. Et pas si innocente que ça.  Elle est belle, pure. Dangereuse. Trop peut-être. Car elle ne tardera pas à susciter jalousie et convoitise. Certaines sont même prêtes à tout pour lui voler sa beauté.
 
De beauté, il en est question aussi question dans "Aquarius". Celle qui passe. Celle qui habite les visages, quelques années, avant de s’en aller. Cette beauté éphémère, au contraire des maux qui minent la société brésilienne. C’est cette critique acerbe de son pays que nous livre Kleber Mendonça Filho à travers le regard d’une femme à la soixante bien sonnée, interprétée par Sônia Braga.
Sônia Braga dans "Aquarius"

Sônia Braga dans "Aquarius"


 
Nous la découvrons au début du film, 30 ans plus tôt et en pleine jeunesse, dans l’appartement familial. Le même qu’elle habite encore et qu’elle est déterminée à conserver malgré le harcèlement voir l’intimidation d’un promoteur immobilier. Une femme qui n’a rien perdu de ses principes, de ses convictions et de ses désirs, n’hésitant pas, sur conseil d’un ami, à faire appel à un gigolo. Un portrait poignant et loin d’être complaisant.
 

Désirs

Tout comme le portrait de cette Amérique du Midwest proposé par Andre Arnold dans "American Honey" qui suit le road trip effréné d’une toute jeune femme, encore naïve, encore trop verte. Elle s’appelle Star. Elle a à peine 18 ans et quitte sa famille dysfonctionnelle pour sillonner cette Amérique "pur sucre" mais "sans rêve". Le parcours initiatique, entre picoles, fumettes, sexe et rock’n roll d’une Sasha Lane en proie aux désirs fugaces et impatients de l’adolescence.


Les mêmes qui habitent les deux jeunes filles du "Mademoiselle" de Park Chan-wook. Une jeune servante et une riche japonaise dans un manoir de la Corée des années 30. Leur rencontre charnelle dans pays en pleine colonisation japonaise. Et le cinéaste de nous embarquer avec brio dans un thriller jouissif, où le romantisme le disputait peut-être trop, à la violence et à l’ivresse charnelle.
 
Des rôles de femmes fortes, belles, ambigües parfois mais pleines de convictions, toujours et assumant leurs envies, leurs désirs. Cette année, c’est sûr, la compétition pour le prix d’interprétation féminine nous offrira une sublime gagnante.