BD "Le Bleu est une couleur chaude": le discret merci de Kechiche à Julie Maroh

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 28/05/2013 à 15H31, publié le 28/05/2013 à 12H07
"La vie d'Adèle" d'Abdellatif Kechiche, Palme d'Or à Cannes, est adapté de "Le bleu est une couleur chaude" (Glénat 2010), de Julie Maroh

"La vie d'Adèle" d'Abdellatif Kechiche, Palme d'Or à Cannes, est adapté de "Le bleu est une couleur chaude" (Glénat 2010), de Julie Maroh

© Culturebox avec Wild Bunch Distribution et Julie Maroh

C'est avec une adaptation libre d'un roman graphique de Julie Maroh, "Le bleu est une couleur chaude" (Glénat 2010), qu'Abdellatif Kechiche a reçu la prestigieuse Palme d'or à Cannes pour son cinquième film, "La vie d'Adèle". C'est la première fois qu'un roman graphique adapté au cinéma reçoit une telle distinction. Kechiche a remercié Julie Maroh… hors caméra.

Julie Maroh avait 19 ans quand elle a écrit l'histoire de Clémentine (Adèle dans le film), jeune fille en quête de liberté, dont l'existence bascule quand elle rencontre Emma, une fille aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir toutes les facettes du désir, et lui permet d'affronter enfin le regard des autres.
Extrait de "Le bleu est une couleur chaude"

Extrait de "Le bleu est une couleur chaude"

© Julie Maroh / Glénat
Kechiche et Julie Maroh se sont rencontrés il y a plus de deux ans. La jeune auteur, qui admire le travail du réalisateur, lui cède les droits et lui dit tout de suite qu'elle ne tient pas à participer directement au projet. "C'était son film à lui (…) Nous nous sommes revus plusieurs fois. Je me souviens de l’exemplaire du Bleu qu’il avait sous le bras: il ne restait pas un cm2 de place dans les marges, tout était griffonné de ses notes. On a beaucoup parlé des personnages, d’amour, des douleurs, de la vie en somme." explique Julie Maroh sur son blog.

"Sacraliser la femme d’une telle manière, je trouve cela dangereux"

Ensuite, ils ne se revoient pas. Julie Maroh n'est pas informée du déroulement du tournage. Kechiche ne répond plus à ses messages. Quand elle voit pour la première fois le film à Paris, elle retrouve "clairement le cheminement du livre, le choix des plans, des décors" tout en y voyant "un film purement kéchichien". Dans son blog, elle réaffirme que "oui, La vie d’Adèle est l’adaptation d’une bande dessinée, et il n’y a rien de mal à le dire." Sur la manière dont il a traité les scènes de sexe, l'auteur précise qu'elle n'a pas été "consultée en amont". "Etalage brutal et chirurgical", elle ne se reconnait pas dans ces scènes : "En tant que spectatrice féministe et lesbienne, je ne peux donc pas suivre la direction prise par Kechiche sur ces sujets.", car "sacraliser encore une fois la femme d’une telle manière je trouve cela dangereux", ajoute-t-elle.
 
Pas d'amertume
 
La destinée du film est une joie "intense", pour elle. "Cette conclusion cannoise est évidemment magnifique, à couper le souffle.". Elle y voit aussi un moyen de "banaliser l'homosexualité". Kechiche  ne l'a pas invitée à se joindre à l'équipe sur le tapis rouge à Cannes, alors qu'elle avait traversé la France pour y être. Il n'a pas non plus eu un mot pour elle dans ses remerciements publics.  Elle n'en garde pourtant aucune amertume, "Il ne l’a pas déclaré devant les caméras, mais le soir de la projection officielle de Cannes il y avait quelques témoins pour l’entendre me dire "Merci, c’est toi le point de départ" en me serrant la main très fort.", conclut-elle sur son Blog.