Alain Guiraudie : du rêve au réel. Un cinéaste à part pour la 4e fois à Cannes

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/05/2013 à 14H23, publié le 15/05/2013 à 14H48
Alain Guiraudie sur le tournage du "Roi de l'évasion" (2009)

Alain Guiraudie sur le tournage du "Roi de l'évasion" (2009)

© Les Films du Losange

Depuis sa découverte à Cannes il y a 12 ans à la Quinzaine des Réalisateurs pour son film "Ce vieux rêve qui bouge", Alain Guiraudie a fait du chemin. Ce réalisateur aveyronnais pour le moins atypique revient en 2013 en compétition officielle, dans la catégorie Un Certain Regard. C'est l'occasion de faire connaissance avec ce cinéaste méconnu pour sa quatrième participation au Festival.

C'est par un joli mois mois de mai 2001 qu'Alain Guiraudie, jeune réalisateur 100 % autodidacte, conquiert la Croisette avec un film surprenant mettant en scène l'histoire d'un jeune homosexuel évoluant en milieu rural. Cette année là, il reçoit le Prix Jean Vigo et est sélectionné pour la Quinzaine des Réalisateurs avec "Ce vieux rêve qui bouge", véritable film d'auteur d'une grande maturité, qui fut selon Jean-Luc Godard "le meilleur film du festival".

Ayant quitté l'Aveyron pour le Tarn, il préfère le calme de la campagne aux lueurs de la ville. Il a toujours privilégié les tournages en plein air en plein coeur d'une nature propice à une création cinématographique qui navigue avec une certaine poésie entre réel et imaginaire. Une équipe de France 3  l'a rencontré avant son départ pour Cannes, l'occasion de revenir sur son parcours et d'évoquer son dernier film, "L'inconnu du lac", qui sera projeté vendredi à 17 heures au Palais des Festivals. Tapis rouge. 

Reportage de M. Martin, L. Boffet, C. Lacroix, M. Chtopczyk-Muccignato
Cannes : terre d'élection

"Il y a beaucoup de gens qui ne me connaissent pas. Quand je leur dis que je fais du cinéma en habitant à Albi, ça me classe dans les branleurs vélléitaires qui pensent faire du cinéma. Cannes, ça pose son homme. Même dans le milieu du cinéma, ça me crédibilise comme cinéaste qui compte", explique Alain Guiraudie. A 50 ans et 5 longs-métrage à son actif, le réalisateur remercie le Festival de Cannes pour lui avoir apporté la reconnaissance critique et une visibilité à l'échelle nationale, voire internationale. Car Cannes booste indéniablement les carrières et est aussi là pour révéler les cinéastes prometteurs.

Beaucoup de films arrivent sur la croisette sans avoir de distributeurs. Cannes agit comme un gigantesque tremplin où "les Festivals du monde entier viennent faire leur marché". Pour son dernier film, Alain Guiraudie continue sa belle aventure avec la société de production "Les films du losange" et a déjà trouvé un distributeur en France. Pas de panique donc, "L'inconnu du lac" sortira en salles le 12 juin prochain.
Photo du film "L'inconnu du lac" d'Alain Guiraudie

Photo du film "L'inconnu du lac" d'Alain Guiraudie

© Les Films du Losange
Un cinéaste à part

Dans "L'inconnu du lac", Guiraudie reprend la dissection de son thème de prédilection : l'homosexualité et pourrait-on dire, la découverte de la sexualité et du corps en général. Le film met en scène un trio amoureux qui explorera la passion jusqu'au déchirement. Contrairement à son précédent film, "Le roi de l'évasion", entre drame intimiste et comédie satyrique, le réalisateur s'engouffre dans la veine du thriller pour un film où la beauté de la contemplation se mêlera à une sombre histoire de meurtre. On est bien loin d'un  cinéma français bien pensant et d'aucun risquent d'être choqués par des films qui osent montrer ce qui n'est pas montrable. "L'inconnu du lac" s'érige contre un moule conformiste trop sage qui évite tout questionnement. Il donne le ton  en parlant de "L'inconnu du lac" : "Il y a des hommes qui bronzent nus sur la plage, loin des familles. 

Guiraudie veut faire réagir, et réfléchir. Plus encore que dans "Le roi de l'évasion", où un quadra homosexuel était mystérieusement attiré par une jeunette de 16 ans (la toujours très juste Hafsia Herzi), il souhaite "éprouver l'expérience du désir et la rendre palpable". Alain Guiraudie a malgré lui un côté provocateur, puisqu'il a l'habitude de montrer la sexualité de manière crue pour atteindre la vérité des sentiments.
Du coup, son cinéma est difficile à appréhender, puisqu'il cheche à montrer la réalité en la magnifiant, par le prisme du rêve. "On arrive à faire rêver, comme le réel le fait. C'est en ça que je me sens assez naturaliste.", confie-t-il. Cela se ressent jusque dans le jeu des acteurs, qui gagnent curieusement en crédibilité par une sorte de non jeu, de caractère artificiel. 
Trois extraits du film "Le roi de l'évasion" d'Alain Guiraudie avec Ludovic Berthillot (Armand) et Bruno Valayer (Jean-Jacques)

Il nous reste à souhaiter à l'Albigeois de créer de nouveau la surprise dans ce  66e Festival de Cannes.