"Visages villages" d'Agnès Varda et JR, un road trip photographique revigorant

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/05/2017 à 16H16, publié le 19/05/2017 à 19H22
Agnès Varda et JR dans "Visages Villages"

Agnès Varda et JR dans "Visages Villages"

© Agnes Varda, JR Cine / Tamaris Social Animals

Agnès Varda n'aime pas la compétition, alors le film qu'elle a réalisé avec le photographe-plasticien JR est projeté hors compétition dans la sélection officielle du Festival de Cannes. Un road movie à travers la France et les visages des Français. Une ode à l'amitié et à la rencontre. Un souffle d'air pur à l'heure où certains travaillent à diviser le pays.

La note Culturebox

4
4/5
Agnès Varda, c'est la cinéaste documentariste de "Cléo de 5 à 7" (1962), de "Sans toit ni loi" (1985), de "Jacquot de Nantes" (1991) ou de "Les glaneurs et le glaneuse" (2000). Autant de films, fictions ou documentaires, habités par les visages, célèbres ou anonymes. JR, c'est ce photographe qui a habillé les murs aveugles de nos villes avec les visages et les regards de ceux qui les habitent. Immenses portraits noir et blanc. Quand ils se sont rencontrés, ils se sont trouvé un air de famille et ont décidé de travailler ensemble. Lui 33 ans, elle 88, ont pris la route au hasard  dans le camion-photomaton géant de JR, à la conquête des villages pour immortaliser les visages sans les emporter. Déposant les images noir et blanc géantes sur les façades, les murs, les trains, les conteneurs qui font le quotidien des sujets photographiés.

La hasard a toujours été le meilleur de mes assistants.

Agnès Varda

Tous ces personnages anonymes rencontrés au fil de leur voyage par Agnès Varda et JR ne sont pas l'objet du travail photographique et cinématographique de ces deux-là, il en sont bien le sujet. "Visages villages" est le récit de cette errance dans les villages de France, mais pas seulement, c'est aussi un road movie qui voit se développer l'amitié unissant cette vieille dame et ce jeune homme, au travers de toutes les rencontres suscitées par leur démarche commune. Une grande leçon d'humanité.
L'affiche de Visages Villages

L'affiche de Visages Villages

© Agnes Varda, JR Cine / Tamaris Social Animals

Comme après la lecture de certains livres, il y a des films qui donnent l'impression de sortir de la salle de projection meilleur que quand on y est entré. C'est le cas de "Visages Villages". Au fil de la pérégrination des deux compères, se tisse devant nos yeux un lien entre eux et des inconnus. Et par la magie du cinéma, ce lien parvient à nous unir aussi à eux, nous, les spectateurs de ces images, dans le noir de notre salle de projection. Il nous unit à Janine, la dernière habitante de sa rue, dans un coron du Nord voué à la destruction, à ce magistral sonneur de cloches, à ce facteur géant et son sourire débonnaire, à ces enfants qui découvrent leur maman sur dix mètres de haut, à ces employés d'un site chimique, une usine vue comme un village, à ces femmes de dockers sur le port du Havre. Entre eux, comme une petite chanson commune, Agnès et JR tissent un lien qui part de la photo et y retourne. La photo offerte, doublement offerte. Par le sujet qui accepte de donner ainsi son image, mais aussi par les artistes qui, en retour, laissent la trace de leur passage sous la forme d'un hommage pictural à l'amitié qui vient de leur être faite.

Par deux fois, Agnès Varda et JR vont rendre visite à une personnalité. L'une, le grand photographe Henri Cartier-Bresson, n'est plus qu'une trace dans un cimetière minuscule. Cette parenthèse est l'occasion d'un échange sur la mort entre JR et Agnès Varda :

JR : tu as peur de la mort ?
Agnès : Non, je ne crois pas mais j'y pense souvent. J'ai hâte d'y être.
JR : Pourquoi ?
Agnès : Parce que ce sera fini.

L'autre visite. C'est un rendez-vous avec Jean-Luc Godard, chez lui, en Suisse. Sans rien en dévoiler, il est juste possible d'écrire que le réalisateur mythique de la nouvelle vague reste bien fidèle à sa réputation. 

L'hommage, très éphémère à Guy Bourdin, un ami disparu

L'hommage, très éphémère à Guy Bourdin, un ami disparu

© Agnes Varda, JR Cine / Tamaris Social Animals

Ce qui marque profondément ce film, c'est l'esprit de solidarité, presque la gratuité. Tout y est échange entre les deux réalisateurs et leurs sujets. Et il n'est pas surprenant, à la lecture du générique de s'apercevoir qu'il a pu se faire grâce au geste de citoyens ayant répondu à un appel au financement participatif.

"Visages Villages" tombe comme une bouffée d'air pur. Dans une époque et un pays tentés par le repli et le rejet de l'autre, il montre, sans donner de leçon, qu'il suffit de regarder son prochain, de lui adresser la parole, de le prendre en photo, pour qu'une espèce de lègère fragrance printanière disperse cette mauvaise haleine.

"Visages Villages"
Film français d'Agnès Varda et JR
1h29
Musique de M
Sortie en France le 28 Juin 2017

Synopsis

Agnès Varda et JR ont des points communs : passion et questionnement sur les images en général et plus précisément sur les lieux et les dispositifs pour les montrer, les partager, les exposer. Agnès a choisi le cinéma. JR a choisi de créer des galeries de photographies en plein air. Quand Agnès et JR se sont rencontrés en 2015, ils ont aussitôt eu envie de travailler ensemble, tourner un film en France, loin des villes, en voyage avec le camion photographique (et magique) de JR. Hasard des rencontres ou projets préparés, ils sont allés vers les autres, les ont écoutés, photographiés et parfois affichés. Le film raconte aussi l’histoire de leur amitié qui a grandi au cours du tournage, entre surprises et taquineries, en se riant des différences.

JR était l'invité du Soir 3 ce vendredi 19 mai, il revient notamment sur la relation amicale et artistique qui le lie à la réalisatrice Agnès Varda.