"Nos années folles" de Téchiné et l’hommage des plus grandes actrices françaises

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/05/2017 à 09H25, publié le 23/05/2017 à 06H53
L'hommage des actrices à André Téchiné au Festival de Cannes.

L'hommage des actrices à André Téchiné au Festival de Cannes.

© Lorenzo Ciavarini Azzi / Culturebox

De Catherine Deneuve à Isabelle Huppert, de Juliette Binoche à Bérénice Béjo, les comédiennes françaises parmi les plus célèbres étaient réunies pour rendre hommage au cinéma de Téchiné qui fête ses cinquante ans de carrière. Et découvrir son dernier opus, "Nos années folles", présenté au Festival hors compétition.

La note Culturebox

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La scène était rare, exceptionnelle, sans doute : assises côte à côte (ou non loin), dans la grande salle Debussy du Palais des festivals le 22 mai, les actrices françaises parmi les plus éblouissantes : Catherine Deneuve, Sandrine Kiberlain, Juliette Binoche, Emmanuelle Béart, Isabelle Huppert, Céline Sallette, Elodie Bouchez… Leur point commun ? Avoir toutes, une fois au moins, été la muse et la comédienne d’André Téchiné. C’est dire l’importance du cinéma de celui qui a été acteur, scénariste, metteur en scène, pendant cinquante ans. "Téchiné est celui qui a réuni la province et Paris, Jean Renoir et Robert Bresson", lance Thierry Frémeaux le délégué général du Festival, dans une de ces formules dont il a le secret.

"La lumière vient des actrices, non des prouesses des opérateurs"

De sa voix rauque, Téchiné a remercié toutes ces actrices qui ont "illuminé" ses films. Car la lumière, dit-il, "vient des actrices davantage que des prouesses des opérateurs". L’une d’elles a une place de choix, l’ayant accompagné dans sept films : Catherine Deneuve. "C’est beaucoup, sept films, vous me direz. Mais grâce à elle, tout a été si léger". Lorsque Thierry Frémaux a rappelé les grandes étapes de la carrière de Téchiné, un vent de jeunesse a soufflé, comme quand une classe d’anciens élèves se souvient des jours d’école : "Le film Rendez-vous, c’était en…", lance-t-il : "En 85 !", répond au tac-au-tac Juliette Binoche, très enthousiaste, et à qui Téchiné dit : "à Cannes, tu as vécu le phénomène A star is born"…
La soirée d'hommage à Téchiné.

La soirée d'hommage à Téchiné.

© Lorenzo Ciavarini Azzi / Culturebox
L’atmosphère est de plus en plus détendue. Aux côtés de Juliette Binoche, Lambert Wilson, lui aussi l’un des comédiens de Téchiné, et tous les autres : Bérénice Béjo, Michel Hazanavicius, Nicole Garcia, Claude Lelouch.... Un film d’hommage rappelle, en images, des regards qui ne sont plus – Dewaere, Noiret, Brialy - les baisers mémorables, les étreintes, les larmes, tandis que les bandes sons font revivre l’atmosphère. "Je n’aime pas regarder en arrière. Je préfère envisager cet hommage comme un signe d’encouragement à un cinéaste qui a encore quelques films devant lui", dit Téchiné aussitôt applaudi. A Cannes où il a été présent dès 1969, Téchiné a connu toutes les surprises que le festival peut réserver – l’engouement, l’hostilité, la révélation, la division… "Mais toutes ces expériences", ajoute-t-il, "ne m’ont rigoureusement rien appris". A chaque soir de présentation, il vit cette "même situation d’attente"…

"Nos années folles", vraie réflexion sur la transformation

Ce 22 mai, Techiné était impatient de présenter hors compétition, son dernier film, "Nos années folles", avec Pierre Deladonchamps, Céline Sallette, Michel Fau et Grégoire Leprince–Ringuet. Un film tout à la fois récit d’une quête identitaire, formidable histoire d’amour et regard aiguisé sur les mutations sociales des années 1910-1920. "Nos années folles" est l’adaptation du livre "La Garçonne et l'assassin. Histoire de Louise et de Paul, déserteur travesti, dans le Paris des années folles", de Fabrice Virgili et Danièle Voldman : l’incroyable histoire d’un soldat qui se mue en travesti du Bois de Boulogne, qui a déjà donné lieu à une BD puissante de Chloé Cruchaudet, "Mauvais genre".
Céline Sallette et Pierre Deladonchamps dans "Nos années folles" d'André Téchiné

Céline Sallette et Pierre Deladonchamps dans "Nos années folles" d'André Téchiné

© ARP Sélection

L’histoire est vraie : pour ne pas retourner sur le front, Paul d’abord se mutile, puis, cela ne suffisant pas, décide de déserter. Et pour le cacher dans Paris alors qu’il est recherché et condamné à mort, son épouse Louise le travestit en femme. C’est alors qu’une véritable transformation s’opère et c’est elle qui est au centre du regard d’André Téchiné. Pierre Deladonchamps change littéralement d’aspect dans sa mue de Paul à Suzanne. Le travail remarquable qu’il effectue n’est pas celui du transformiste, qui passe de l’homme à la femme (ou au travesti), il va bien plus loin, car la transformation n’est pas qu’esthétique, elle est sociale et générationnelle. Paul est un homme du début du 20e siècle, mais il obéit aux règles sociales du siècle passé. Ses valeurs, son comportement, sa violence même, sont d’un autre temps. Suzanne, la "femme" qu’il devient, épouse elle, le nouveau siècle et en particulier ces "années folles", laboratoire inouï (et d’ailleurs très limité à l’entre-deux-guerres) d’une culture nouvelle (pensez notamment au jazz, omniprésent dans le film) et surtout de mœurs nouvelles en particulier en matière de sexualité.
En 1925, alors que l’amnistie permet à Paul de refaire surface, celui-ci n’y parviendra pas. Son choix est alors limité : soit il fait de son histoire un argument de spectacle, qu’il exhibe dans les cabarets (les scènes du film de la confrontation de Paul au public sont d’une grande violence), soit il cherche à redevenir femme. Mais, là aussi, le temps s’est écoulé, les Années Folles sont déjà loin.

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : André Téchiné
Pays : France
Acteurs : Céline Sallette, Pierre Deladonchamps, Grégoire Leprince-Ringuet, Michel Fau.
Durée : 1h43

Synopsis : La véritable histoire de Paul qui, après deux années au front, se mutile et déserte. Pour le cacher, son épouse Louise le travestit en femme. Dans le Paris des Années Folles, il devient Suzanne. En 1925, enfin amnistié, Suzanne tentera de redevenir Paul…