Al Gore de retour à Cannes avec "Une suite qui dérange : le temps de l'action"

Par @Culturebox
Publié le 23/05/2017 à 11H35
Al Gore à Cannes, 22 mai 2017

Al Gore à Cannes, 22 mai 2017

© HUBERT BOESL / DPA

Entre documentaire sur un monde en ébullition et portrait personnel, Al Gore est revenu en héros du climat à Cannes dans un nouveau film montré lundi hors compétition, dix ans après un premier opus phénomène.

En 2006, "Une vérité qui dérange" et son personnage principal avaient fortement contribué à éveiller les consciences sur la rapidité du réchauffement de la planète (3e documentaire le plus vu au cinéma aux Etats-Unis, deux Oscars). En 2017, les impacts climatiques sont plus nets, mais les moyens d'agir plus importants : "Une suite qui dérange: le temps de l'action" mesure le chemin parcouru, et veut positiver.
Même si "ça n'avance pas assez vite", note l'ancien vice-président américain. Ce voyage aux quatre coins du globe dessine aussi le portrait d'un animal politique, blessé par l'élection présidentielle de 2000 manquée de peu, devenu figure morale vouée au climat et couronnée d'un Nobel de la paix. "Je suis un politicien en voie de guérison!", se décrit-il, omniprésent à l'écran.

A 69 ans, la haute silhouette s'est alourdie, mais le personnage crève toujours l'écran. Drôle, entêté, ou philosophe quand l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche annonce un nouveau revers pour le climat. "Il y a eu beaucoup de reculs dans le passé, en voila un nouveau", dit-il, ajoutant qu'il faut continuer à parler aux pouvoirs en place, "dire la vérité". Alternances politiques, pressions des industriels... "ce que le public veut paraît ne pas compter, c'est consternant", s'irrite-t-il. Cannes, qui avait déjà accueilli Al Gore en 2006, a aussi mis à l'honneur le sujet du climat en 2015 : la 68ème édition s'était refermée sur "la Glace et le ciel", portrait du scientifique Claude Lorius, réalisé par Luc Jacquet.

Dans les pas d'Al Gore, du Tennessee aux Philippines

Pour "Une suite qui dérange, le temps de l'action", les documentaristes Bonni Cohen et Jon Shenk ont suivi pendant deux ans l'ex-VP américain, dans la grande ferme de son enfance dans le Tennessee, aux Philippines, en Inde, à la conférence climat de Paris, au Groenland (gros plans fascinants sur le processus de fonte des glaces)...
"Et vous savez où va toute cette eau? A Miami, Floride!", dit Gore, les pieds dans les rues inondées de la ville, équipées de gros tuyaux. A un moment donné "ça va être difficile de pomper tout l'océan!" Depuis dix ans, Al Gore a entrepris de former des "ambassadeurs" de l'action climatique partout dans le monde, en faisant des conférences multimédias. Il s'offre d'ailleurs l'amère satisfaction de rediffuser une séquence de 2006 particulièrement moquée alors par ses contempteurs : une vue aérienne de Manhattan inondée jusqu'au mémorial du 11-Septembre. Exactement ce qui s'est passé lors de l'ouragan Sandy en 2012. Malin, il s'arrête aussi à Georgetown, Texas, sur le point de passer au 100% d'électricité renouvelable car c'est la solution la moins coûteuse. Le tout sous impulsion d'un maire républicain.

Au cours de ces 90 minutes édifiantes, le spectateur saisit un des grands enjeux du combat: l'essor des énergies propres dans les pays en développement. Le film livre d'ailleurs un épisode étonnant : ce coup de fil de Gore, en pleine COP21, au patron de SolarCity pour qu'il transfère gracieusement des technologies photovoltaïques à l'Inde, alors réticente à signer l'accord mondial contre le réchauffement. Il ne dit pas si la promesse de SolarCity a été concrétisée, mais l'Inde finira par signer. "Une suite qui dérange", présenté au festival de Sundance (Utah) en janvier, a été montré lundi à 19h30 en séance spéciale. Il sortira fin juillet aux Etats-Unis, le 1er novembre en France.