Festival de Cannes. Spielberg : un génie populaire à la caméra d'or

Par @Culturebox
Publié le 07/05/2013 à 10H58
Le réalisateur Steven Spielberg sur le tournage de "L'empire du soleil" en 1987

Le réalisateur Steven Spielberg sur le tournage de "L'empire du soleil" en 1987

© ARCHIVES DU 7EME ART

On s'étonnerait presque que Mister Spielberg n'ait pas encore occupé la fonction de Président du jury au festival de Cannes tant son talent est immense et sa carrière impressionnante. Peu de mots peuvent décrire ce que l'on ressent devant l'immensité de l'oeuvre de ce génial cinéaste, figure emblématique du Nouvel Hollywood et garant de la tradition d'un cinéma populaire d'une grande qualité.

Les prémices

1971. Les Américains restent scotcher devant leur téléviseur alors qu'un camion sans conducteur poursuit une voiture. C'est "Duel", considéré comme le premier "film" du réalisateur, qui établit les bases de toute l'oeuvre à venir. Spielberg, perdu dans un monde de consumérisme, dénonce l'aliénation de l'homme devenu esclave de la machine.
Bande annonce de "Duel" ((téléfilm de 1971)
Restant dans cette veine, il réalise en 1974 "Sugarland Express", où il entraîne le spectateur dans un monde merveilleux et hors-norme. Abolissant les frontières de l'espace et du vraisemblable, il s'amuse à nous dérouter en nous offrant un véritable balai urbain dans une autre course-poursuite haletante d'une incroyable audace formelle. Un scénario impeccablement troussé qui ancre le film dans une Amérique au bord du gouffre où l'homme se retrouve esseulé lui vaut même le prix du scénario au Festival de Cannes.

Sous ces airs de grand galopins, Spielberg cherche à connaître l'homme par le prisme de son environnement. Avec Scorsese, Coppola et De Palma, il milite pour un cinéma neuf, un "nouvel Hollywood" à l'image d'une Amérique violente en pleine crise identitaire après le choc de mai 1968. Métaphores et paraboles ne cesseront alors d'abonder dans l'oeuvre dez Spielberg, qui utilise le divertissement comme un miroir tronqué du monde. 

"Jaws" : le monstre sous les flots
Bande annonce de "Jaws"
Dans la chaleur de l'été 75, c'est le choc. Personne n'était vraiment préparé à voir débarquer sur les écrans "Jaws" (Les dents de la mer) qui fait passer Spielberg du statut de jeune réalisateur prometteur à celui de vedette internationale. Deux notes de musique suffisent à créer l'angoisse tandis que le requin rode dans les profondeurs. Après une première partie où Spielberg joue sur une angoisse primaire de l'invisible en faisant de sa créature un « Dracula des mers », le film effectue un revirement complet alors que la bête apparaît au grand jour.

Le requin, impressionnant encore aujourd'hui, devient un ennemi identifiable pour une lutte à la Moby Dick entre l'homme et l'animal. L'aspect mécanique et implacable de cette machine à tuer est bien évidemment au centre du métrage. Au final, "Jaws" est un film charnière puisqu'il est considéré comme le premier « blockbuster » de l'histoire du cinéma avec plus de 12 millions de dollars de recette dans le monde.
Le saviez-vous ? Jacques Tati a pastiché la célèbre scène de l'attaque du requin dans la version restaurée des "Vacances de Monsieur Hulot" en 1978 !

La réplique : Quint : "Vous voyez ça (dit-il en frappant son cœur) ? C'est Mary-Helen qui me l'a fait."

L'univers fabuleux d'E.T l'extra-terrestre
E.T : L'extraterrestre

E.T : L'extraterrestre

© DR
Après le magnifique "Rencontre du 3e type" (pastiché des années plus tard par Mars Attack ! de Burton) où la rencontre avec les extra-terrestre reste une des plus belles scènes de l'histoire de la SF et le premier Indiana Jones, c'est "ET : l'extraterrestre". Réalisé en 1982, cette fable initiatique et sociale empreinte de féerie constitue un magnifique plaidoyer pour la différence … contre l'indifférence. Comme esquissé dans "Rencontre du 3e type", le monde de l'enfance est au cœur de ce film d'une tendresse infinie à revoir en famille.

La réplique : « ET téléphone maison ».

Jurassic Park ou les dents de la terre
Bande annonce de la ressortie de "Jurassic Park" en 3D
1993. Après le requin tueur, c'est au tour du T-Rex et des vociférants vélociraptors d'investir les écrans avec "Jurassic Park", adaptation du roman de Michael Crichton avec l'excellent Sam Neil, le sémillant Jeff Goldblum et la séduisante Laura Dern. Évident carton au box-office, le film propose des effets spéciaux révolutionnaires pour des dinosaures plus vrais que nature. Spielberg innove et marque les esprits en menant de front une réflexion sur le rapport de l'homme à la nature. Fort de cet énorme succès qui reste son film le plus rentable à ce jour, il remet le couvert 4 ans plus tard avec « Le monde perdu », qui se révèle tout aussi spectaculaire, l'effet de surprise en moins.

La réplique : Dr Malcolm (en rentrant dans Jurassic Park) : "Qu'est-ce qu'il y a là-dedans, King Kong ?" 

Un certain regard sur l'Histoire

Bien que "le roi du box-office" ait principalement réalisé des œuvres de science-fiction, il a également montré un goût certain pour les drames sur fond historique. La guerre était déjà présente dans « L'empire du soleil » en 1987 où Spielberg révélait le talent du jeune Christian Bale, transformant l'emprisonnement de la guerre en une aventure initiatique.

Avec « Il faut sauver le soldat Ryan », Spielberg fait preuve d'une audace formelle inédite en filmant de main de maître le débarquement d'Omaha Beach, boucherie d'un réalisme effarant. Grâce à un remarquable travail sur l'image et la bande son, le réalisateur parvient à embarquer le spectateur au cœur d'un des événements les plus importants de notre histoire. 

La réplique : "Ils nous massacrent. On n'a pas une chance, bordel de merde, et ça c'est pas juste !"
"Il faut sauver le soldat Ryan" : scène du débarquement en Normandie
On oublie pas non plus l'excellence de « La liste de Schindler », encensé par la critique depuis sa sortie en 1993, une leçon de cinéma et d'humanité entièrement en noir et blanc. Le réalisateur s'est penché sur la délicate question de la Shoa avec doigté, livrant son oeuvre la plus bouleversante, oscar du meilleur film en 1994.

Maturité

Après "Cheval de guerre", engoncé dans le sentimentalisme dégoulinant des pires productions hollywoodiennes (même les meilleurs commettent des faux-pas), Spielberg nous a régalé avec "Lincoln", un film-chronique flamboyant porté par un extraordinaire Daniel-Day-Lewis.

Monsieur Spielberg n'a finalement jamais cessé de parler de l'Amérique et des Américains. Il était parfaitement logique qu'il s'attaque au XIIIe amendement, l'un des piliers de l'Amérique moderne. Avec 12 nominations aux oscars, le film prouve encore la maestria de ce génie du cinéma qui ne cesse de nous faire rêver en nous contant des histoires, bien aidé par la musique de son compère de toujours : John Williams. 
Bande annonce de "Lincoln" en VOST (2012)