Cannes 2017 : "Une femme douce" surcharge une Russie sordide en compétition

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/05/2017 à 16H31, publié le 27/05/2017 à 16H27
Vasilina Makovtseva dans "Une femme douce" de Sergei Loznitsa

Vasilina Makovtseva dans "Une femme douce" de Sergei Loznitsa

© Sergei Loznitsa - Slot Machine

Ecrit et réalisé par Sergei Loznitsa, "Une femme douce" est une seconde adaptation de la nouvelle "La Douce" de Dostoïevski, dont la première version a été tournée en 1969 par Robert Bresson, avec Dominique Sanda. Surprenant : les trois longs métrages du cinéaste ukrainien ont été sélectionnés en compétition officielle à Cannes : le premier "My Joy" en 2010 et le deuxième "Dans la brume" en 2012.

La note Culturebox

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Laboratoire

Sergei Loznitsa reste fidèle à son style qui l’a fait reconnaître des sélectionneurs cannois depuis trois films : radical, politique et metteur en scène affirmé. Après, l’on accroche ou pas. Et c’est toute la qualité du festival de choisir des films représentatifs d’une recherche, comme un laboratoire de nouvelles approches du cinéma. Même si l’on n’adhère pas aux partis-pris de Sergei Loznitsa, on lui reconnaitra cette qualité de chercheur et d’intégrité artistique.
"Une femme douce" : la bande annonce

Dans la noirceur générale de la compétition officielle de ce 70e Festival de Cannes, "Une femme douce" atteint des sommets. Mais on le verra plus tard dans l’ordre de présentation des films, Lynne Ramsay est parvenu à aller encore plus loin, avec "You Were Never Here", une performance… Durant les 2h23 d’"Une femme douce", le réalisateur ukrainien dresse le portrait d’une Russie gangrenée par une corruption kafkaïenne, avec une charge effroyable. Une démonstration surchargée qui enfonce des portes ouvertes. Dans le registre : on a déjà donné.

Les fangeux

A croire qu’il règle ses comptes avec le différend (euphémisme) entre Moscou et Kiev (étant Ukrainien). Ce n’est qu’une succession de personnages fangeux, de décors décrépis, et de situations plus sordides les unes que les autres. Anonyme, la victime de ce maelstrom lapidaire (Vaslina Makovtseva) est cette femme douce, que les aléas de l’administration vont bringuebaler dans les neuf cercles de l’enfer. Même si le film ne se veut pas réaliste, elle en devient incrédible, tant elle se fait baguenauder à hue et à dia, sans réagir, s’enfonçant à chaque étape un peu plus.

"Une femme douce" de Sergei Loznitsa

"Une femme douce" de Sergei Loznitsa

© Sergei Loznitsa - Slot Machine

Rien ne nous est épargné du mépris des fonctionnaires bornés, des vautours se délectant d’avoir trouvé une proie : proxénètes, trafiquants, policiers sont tous mis à la même enseigne d’un système corrompu jusqu’à la moelle. Andrei Zvyaggintsev allait dans le même sens dans son sublime "Léviathan“ en 2014 (Prix du scénario à Cannes), mais avec beaucoup plus de finesse. Dans "Une femme douce" tout est excessif, de la durée des plans, interminables, à une séquence onirique que l’on identifierait à du Fellini de bas étage, jusqu’à une scène de viol pour couronné le tout comme cerise sur le gâteau. Bon appétit. 

Vasilina Makovtseva dans "Une femme douce" de Sergei Loznitsa

Vasilina Makovtseva dans "Une femme douce" de Sergei Loznitsa

© Haut et Court

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Sergei Loznitsa
Pays : Ukraine, France, Pays-Bas, Allemagne, Russie, Lituanie
Acteurs : Vasilina Makovtseva, Lia Akhedzhakova, Valeriu Andriuta
Durée : 2h22 

Synopsis : Une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelques temps plus tôt à son mari incarcéré pour un crime qu’il n’a pas commis. Inquiète et profondément désemparée elle décide de lui rendre visite. Ainsi commence l’histoire d’un voyage, l'histoire d’une bataille absurde contre une forteresse impénétrable.