Naomi Kawase au Festival de Cannes : "Vers la lumière" et vers les hommes

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/05/2017 à 16H31, publié le 23/05/2017 à 20H45
"Vers la lumière" : photo du film avec Masatoshi Nagase et Ayame Misaki

"Vers la lumière" : photo du film avec Masatoshi Nagase et Ayame Misaki

© Haut et Court

La cinéaste japonaise Naomi Kawase, réalisatrice de "La forêt de Mogari" de "Still the water" et des "Délices de Tokyo" revient à Cannes pour la cinquième fois en compétition, avec un poignant "Vers la lumière", ascèse irrésistible vers le soleil. Une fresque humaniste et poétique profondément enracinée dans la nature nippone. Avec Ayame Misake et Masatoshi Nagase.

La note Culturebox

3
3/5
Lorsque Misako se promène dans la rue, dans sa ville ou à la campagne quand elle rend visite à sa mère, la jeune japonaise ne peut s’empêcher de tout observer autour d’elle et de le décrire mentalement avec précision : des enfants se disputent dans la rue, un grand bus traverse le carrefour, un vent chaud se dirige vers l’ouest. Ce n’est pas un toc, ni l’expression d’une forme d’autisme. Simplement de la déformation professionnelle : Misako est audio-descriptrice de films à l’attention des malvoyants.

Comment rendre compte en quelques mots d’une émotion artistique ?

Avec son dernier film « Vers la lumière », la réalisatrice Naomi Kawase ("La forêt de Mogari", "Still the water", "Les délices de Tokyo") nous invite à découvrir cet univers étonnant et quelque peu mystérieux, où tout est question de perception et de capacité à retraduire des situations et des sentiments en paroles. Ce n’est pas rien. Ce qui nous paraissait éminemment sectoriel jusqu’ici, Naomi Kawase nous le rend universel. La responsable de l’agence ne cesse de le rappeler : les non-voyants, on les aide, c’est une façon pour eux de se connecter. Et pour Misako, ce métier, c’est sa vie.
"Vers la lumière" : affiche

"Vers la lumière" : affiche

Pourtant, le travail qu’elle est en train de réaliser sur un film, ne fait pas l’unanimité auprès des conseillers malvoyants appelés à intervenir auprès de l’agence. L’un d’eux, Masaye Nakamori, est plus virulent que les autres. Faut-il mettre autant de poésie dans les commentaires ? Ne devrait-on pas se limiter à une simple description ? Le débat dépasse l’outil technique, il en devient philosophique : comment rendre compte en quelques mots, d’une intention artistique, d’une émotion ? Peut-on intervenir dans l’art ? Pour Nakamori, la jeune Misako est "intrusive".

Quête de lumière

Entre ces deux-là, une histoire se noue. Entre l’homme d’âge moyen, handicapé, grave et bougon, et la très jeune professionnelle, fière mais bienveillante et d’une beauté renversante… Ce qui les unit, c’est la lumière, l’autre grand sujet du film – et leitmotiv dans l’œuvre de Kawase. Celle dont sera privé désormais Nakamori, photographe reconnu devenu aveugle. Celle que recherche également Misako, lumière apaisante, souvenir d’une enfance heureuse avec ses parents. Naomi Kawase tisse avec une précision d’orfèvre les contours d’une relation lente à venir mais inévitable, jusqu’à rendre éminemment érotique la caresse du visage de la jeune femme par l’homme non-voyant. 

"Vers la lumière" est un film d’ascèse vers la source lumineuse première, jamais aussi bouleversante que quand le soleil est couchant. C’est également une exaltation de la nature – fil rouge du cinéma de la Japonaise – attention au détail du sifflement du vent, à l’épaississement de l’air, à la couleur des feuilles ou à la courbe des arbres emportés par la brise.

LA FICHE

Genre : Drame
Réalisateur : Naomi Kawase
Pays : Japon
Acteurs : Masatoshi Nagase, Ayame Misaki, Tatsua Fuji, Mantarô Koichi
Durée : 1h41

Synopsis : Misako aime décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescriptrice de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.