Magistrale Diane Kruger dans "In the fade", thriller très réussi de Fatih Akin

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/05/2017 à 19H37, publié le 26/05/2017 à 20H03
Diane Kruger dans "In the fade" de Fatih Akin.

Diane Kruger dans "In the fade" de Fatih Akin.

© bombero int./ Warner Bros. Ent. / Gordon Timpen, SMPSP

Un attentat à la bombe raciste anéantit la vie de Katja à qui on arrache un mari et un fils : « In the fade », de l’Allemand Fatih Akin, est un film dans lequel se télescopent les codes du drame, du film de procès et du thriller pour une poignante histoire humaine. Du très beau cinéma, porté notamment par Diane Kruger, remarquable.

La note Culturebox

4
4/5
Katja, une jeune femme allemande de Hambourg, voit sa vie anéantie le jour où elle découvre que son fils, Rocco, et son mari Nuri ont été tués dans un attentat à la bombe qui les visait directement. Une atrocité qui lui tombe dessus, « d’un coup », et de « nulle part », pour reprendre les mots qui traduisent au mieux le titre allemand, « Aus dem nichts » (en anglais « In the fade »). Peu de temps après, les présumés coupables sont identifiés comme étant des néonazis qui ont pris pour cible, avec Nuri et Rocco, deux membres de la communauté turque. Commence alors un procès durant lequel Katja, aidée de son avocat Danilo Fava (lui aussi d’origine étrangère), doit non seulement vivre avec le deuil, mais aussi affronter la violence d’un discours qui devient presque accusateur à son encontre. La découverte de stupéfiants lors d’une perquisition à son domicile n’arrange rien.
Diane Kruger et Fatih Akin à la conférence de presse à Cannes le 26 mai.

Diane Kruger et Fatih Akin à la conférence de presse à Cannes le 26 mai.

© Lorenzo Ciavarini Azzi /Culturebox

Le film de Fatih Akin (« De l’autre côté », « Soul Kitchen », « The cut »), projeté ce vendredi 26 mai en compétition, dans la sélection officielle du Festival de Cannes est la peinture d’un drame humain, la description intime et bouleversante de l’horreur qui survient. Peu à peu il prend la forme et les codes du film de procès puis du thriller, mais sans jamais se départir de cette épaisseur humaine. Au coeur, portant pleinement le film, est la femme, normale, forte et fragile à la fois, tout simplement abattue. Mue, ensuite, par un désir de justice, de vengeance aussi sans doute.

Diane Kruger habite pleinement son rôle de Katja

Diane Kruger est cette femme, pleinement. Dans son premier rôle en allemand (sa langue maternelle). C’est elle, la comédienne d’« Unglorius Bastard », qui a exprimé, il y a quelques années, le souhait de travailler avec le réalisateur allemand d’origine turque. Lui l’a choisie ensuite quand il cherchait une femme blonde, « aryenne aux yeux bleus », dit-il à la conférence de presse. Et elle : « Fatih m’a demandé de sauter dans le vide les yeux fermés. On s’est trouvés ! J’ai vécu avec Katja bien avant le début du tournage », dit-elle d’un air grave. Pendant un mois et demi, la star d’Hollywood a vécu, comme son personnage, à Hambourg, fréquentant les lieux qu’elle pourrait fréquenter. 

Et notamment les quartiers turcs de la ville. Car Katja - et c’est l’autre particularité de ce rôle – est au centre d’un environnement familial multiculturel (germano-turc) qu’elle a créé sans même s’en rendre compte. Elle est étonnée lorsque l’inspecteur, tout de suite après le drame, lui demande : votre mari était-il musulman pratiquant ? Kurde ? Fatih Akin brosse avec précision la coexistence de deux familles, de deux mondes qui, au moment des obsèques, par exemple, révèle des incompréhensions. C’est d’ailleurs ce multiculturalisme qui a été visé par les néonazis.

Film haletant de bout en bout

Enfin, Katja/Diane Kruger incarne le rôle de femme/mère de première importance dans le cinéma de Fatih Akin : « Dans le village au bord de la mer où nous nous rendions dans mon enfance, la mère était le symbole de l’attente du pêcheur et de l’angoisse de la mort. Depuis, pour moi, la mère a à la fois un côté poétique qui console et aussi l’image de la mort », explique le réalisateur.

« In the fade » possède une narration, elle, vivante, dynamique, et haletante. Son rythme s’accélère à mesure que l’enquête et le procès avancent, puis inexorablement s’emballe dans une progression non dénuée de suspense. Akin, on le sait, maîtrise ses mises en scène et celle-ci est sobre, presque classique mais d’une redoutable efficacité. D’autant que la photographie est belle, très soignée. Quelques plans attirent l’attention du spectateur pour dire la tension du récit, comme cette plongée au ralenti au moment où Katja est appelée à la barre pour témoigner. On est presque dérouté : c’est comme une suspension.

« In the fade » est-il un film politique ?

L’attentat de Manchester d’il y a quelques jours donne inévitablement une résonance particulière à un film qui traite d’un attentat à la bombe raciste. « Ce pourrait être aussi un attentat de Daech », admet Fatih Akin à la conférence de presse. Pendant la préparation du projet, l’Europe vivait les drames du Bataclan, de Nice et d’Istamboul, « Nous vivons un temps de guerre mondialisé », ajoute-t-il. Mais lui s’est inspiré des meurtres commis en Allemagne, entre 2000 et 2007 contre des personnes d’origine turque par de membres du groupuscule néo-nazi NSU (Clandestinité Nationale-Socialiste). « L’enquête a fait scandale », explique-t-il. « Non à cause du fait que neuf personnes aient été tuées. Mais parce que la police a d’abord soupçonné les victimes elles-mêmes, forcément liées à des mafieux turcs, au trafic. C’est ce qui m’a fait écrire le film. C’est un film sur le chagrin. Ce qui m’a poussé à l’écrire est politique, mais j’ai mis ensuite de côté cette dimension pour rester dans le drame humain ».

La mer est présente dans ce film de Fatih Akin comme dans tant d’autres. « Dans mes films, la surface de l’eau reflète ce qui se passe à l’intérieur », dit-il. « Je suis pris par la colère. Et ça pénètre mon travail ». Diane Kruger le rejoint : « Je partage ce propos. Je suis une citoyenne et combien de fois je n’ai pas réussi à dormir à cause de ces actes de terrorisme. Voilà pourquoi je joue ce rôle ».

LA FICHE

Genre : Thriller, fiction, drame
Réalisateur : Fatih Akin
Pays : France, Allemagne
Acteurs : Diane Kruger, Denis Moschitto, Numan Acar, Ulrich Brandhoff, Siir Eloglu, Jessica McIntyre
Durée : 1h40 

Synopsis : La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.