Cannes 2017 : "Mise à mort du cerf sacré", film alambiqué et tordu

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 01/06/2017 à 11H17, publié le 23/05/2017 à 10H07
"la Mise à mort du cerf sacré" : l'affiche (détail)

"la Mise à mort du cerf sacré" : l'affiche (détail)

© Haut et Court

Après "The Lobster", Prix du jury à Cannes en 2015, Yorgos Lanthimos retrouve Colin Farrell pour "Mise à mort du cerf sacré". Un casting de choix le rejoint avec Nicole Kidman et Alicia Silverstone. Ajouté à "Canine", récompensé par le prix Un certain regard en 2009, le réalisateur grec est présent pour la troisième fois à Cannes. Très sophistiqué, ce nouvel opus est loin de susciter l’adhésion.

La note Culturebox

2
2/5

Symbolique

Yorgos Lanthimos a un truc avec les animaux. Après ses célibataires changés en bestioles dans "The Lobster" (le homard), voilà-t-y pas qu’il nous sert la "Mise à mort du cerf sacré". S’il y a bien mise à mort dans le film, point de cerf, mais du sacré, pas qu’un peu. Le cerf est un symbole primordial de l’animisme et des rituels chamaniques. Il est identifié au renouvellement de la nature en raison de la régénérescence de ses bois. Universel, il a été christianisé dans le mythe de Saint-Hubert qui, voyant un cerf auréolé d’une croix au centre de ses bois, l’épargna de sa chasse, se convertit, devenant du même coup le patron des chasseurs. Un comble !
"la Mise à mort du cerf sacré" : le tapis rouge à Cannes (2017)
Il est bien question de régénérescence dans "Mise à mort du cerf sacré", puisqu’un chirurgien ayant provoqué la mort de son patient par négligence, se voit acculé par un sort à sacrifier son fils pour sauvegarder le reste de sa famille : sa fille et son épouse. Beau sujet, belle rhétorique, mais scénario bancal, construction alambiquée, sophistication excessive, alors que le film n’a pas assez de bois à fendre. 

Cache misère

De la belle image, Yorgos Lanthimos sait faire. Même son ouverture, peu ragoutante, sur une opération à cœur ouvert en gros plan, boum boum – boum boum à la clé, viscères suintant de sucs organiques et chairs écartelées en sus, relèvent d’un parti pris esthétique qui se défend. Le héros est chirurgien cardiologue et c’est la vie de son fils qui est au cœur du film (Ah Ah…). D’accord. Le procédé n’en demeure pas moins superfétatoire, sinon esthétisant, ce que confirmera la suite. Nicole Kidman entourée de fleurs rouges sang dans son jardin nocturne, Oh la la ! quant aux travellings avant et arrière à la Kubrick de "Shining", ça va une fois, mais dix, on a compris. L’utilisation de la musique est par ailleurs plaquée sur la même référence, très angoissante, atonale, dissonante, et demeure l’atout majeur du film.
Colin Farrell dans "Mise à mort du cerf sacré" de Yorgos Lanthimos

Colin Farrell dans "Mise à mort du cerf sacré" de Yorgos Lanthimos

© Haut et Court
Mais c’est dans la construction narrative que le bât blesse. Aï ! Il n’est pas mauvais que le sortilège jeté par le fils du défunt (Barry Keoghan, inquiétant à souhait) reste mystérieux. Il n’empêche que l’ellipse est de taille et diluée dans une sous intrigue de cache-misère. A vouloir trop en faire sans trop en dire, Yorgos Lanthimos s’emmêle les pinceaux en perdant l’essentiel de son propos. Il devient impératif de le rattraper vite, parce qu’il faut bien conclure en revenant au fondamental : la rédemption d’un chirurgien culpabilisé pour avoir raté une opération parce que bourré. Et on peut bien le dire, c’est son fils qui va trinquer, on le sait depuis le début, aucun suspense. Tout ça pour ça ? On est peu de chose.
"Mise à mort du cerf sacré" : l'affiche

"Mise à mort du cerf sacré" : l'affiche

© DR

LA FICHE

Genre : Thriller fantastique
Réalisateur : Yorgos Lanthimos
Pays : Royaume-Uni
Acteurs : Colin Farrell, Nicole Kidman, Alicia Silverstone, Raffey Cassidy, Barry Keoghan
Durée : 1h49

Synopsis : Un brillant chirurgien prend sous son aile un jeune adolescent. Dans un premier temps, ce dernier s’immisce au sein de cette famille et en perturbe progressivement le quotidien. Il devient de plus en plus inquiétant, menaçant. Une seule issue possible : un impensable sacrifice.