Cannes 2017 : l’humour new-yorkais des "Meyerowitz Stories" gagne la Croisette

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/05/2017 à 18H11, publié le 22/05/2017 à 03H26
"The Meyerowitz Stories" de Noah Baumbach.

"The Meyerowitz Stories" de Noah Baumbach.

© Netflix

Signant le grand retour de Dustin Hoffman à Cannes (qu’il a fréquenté dès "Macadam Cowboy" en 1969), Noah Baumbach propose avec "The Meyerowitz Stories" un film rythmé, émouvant et drôle sur le thème des retrouvailles familiales. Au casting également, la britannique Emma Thompson, Adam Sandler à contre-emploi et l’excellent Ben Stiller. Ce film de la compétition sera diffusé sur Netflix.

La note Culturebox

3
3/5
Voilà un film attendu au Festival, de ceux que suivent de près les festivaliers, presse et professionnels au premier chef : Dustin Hoffman fait son grand retour à Cannes dans un rôle de taille, flanqué d’une distribution cinq étoiles.
Dustin Hoffman à la conférence de presse du film "The Meyerowitz Stories".

Dustin Hoffman à la conférence de presse du film "The Meyerowitz Stories".

© Lorenzo Ciavarini Azzi / Culturebox

Autour de la "légende", comme tous (collègues comédiens et journalistes) ont surnommé Hoffman à la conférence de presse : Ben Stiller, Emma Thompson ou Adam Sandler, excusez du peu.

Réconciliation familiale

Et autant le dire d’emblée : le film a été applaudi lors de la projection du matin, près de deux heures de pélicule ponctuées d’éclats de rire. Sans doute également son thème, celui de la réconciliation familiale entre ses membres disloqués – ici autour du pater familias - est-il particulièrement fédérateur ? Cette recomposition de la cellule familiale est d’ailleurs un des thèmes fréquents du cinéma américain. Rien de neuf donc. Ne serait-ce qu’à New York où se déroule une partie importante du récit des "Meyerowitz Stories", les comédies (et les drames) de Woody Allen servent, à cet égard, de référence. D’ailleurs, "Meyerowitz" fait partie de cette famille, résolument.

Dans son ambition thématique donc, ce film ne se distingue pas des autres, surtout par son traitement dynamique entre comédie et drame. Et pourtant "The Meyerowitz Stories (new and selected)" trouve amplement sa place, à part. Parce qu’il parvient à nous toucher par la subtilité de son écriture, par son rythme et l’incroyable jeu de comédiens, dont certains sont issus de la comédie américaine, assez loin du cinéma d’auteur (Ben Stiller en partie, et surtout Adam Sandler).

Comment définir la réussite ?

"The Meyerowitz Stories" est le récit des retrouvailles de trois frères et sœurs quadragénaires, autour de leur père, Harold Meyerowitz, un sculpteur incompris (mais un professeur d’académie respecté), auquel ses enfants veulent consacrer une exposition rétrospective. Eloignés les uns des autres, les trois se sont un peu perdus de vue. Eloignement géographique, mais pas seulement. Père comblé d’une brillante étudiante en cinéma, Danny Meyerowitz est lui, un musicien inaccompli et aigri. Adam Sandler campe à merveille ce garçon au bon fond, mais nerveux et frustré. Comme lui, sa sœur, Jean, est une éternelle insatisfaite. Seul leur demi-frère, Matthiew (magistral Ben Stiller), a réussi, mais dans les affaires, loin de l’environnement artistique familial. Mais a-t-il réellement réussi ? Comment définir l’accomplissement ? Harold, cet artiste bougon et orgueilleux, jaloux de son ami JL Saphiro, artiste "populaire" exposé au MoMA est-il moins méritant que lui ? Dustin Hoffman est parfait en cet acariâtre égoïste sachant par politesse mesurer ses propos.
Dustin Hoffman fait son grand retour au cinéma avec "The Meyerowitz Stories" et partage l'écran avec, entre autres, Ben Stiller (à gauche) et Adam Sandler (à droite).

Dustin Hoffman fait son grand retour au cinéma avec "The Meyerowitz Stories" et partage l'écran avec, entre autres, Ben Stiller (à gauche) et Adam Sandler (à droite).

© Alberto Pizzoli / AFP
Le réalisateur Noah Baumbach pose ces questions avec force dans un récit empreint de sensibilité et d’humour. D’ailleurs la force de son film repose moins sur l’histoire elle-même (souvent attendue et sans suspense) que sur l’écriture brillante, logorrhéique, particulièrement juteuse. Une langue drôle et tendue qui raconte New-York et ses "cultureux", les matchs de football américain qui interfèrent dans une discussion sur l’art, et la référence aux coups de gueule de McEnroe qui sert d’excuse pour autoriser n’importe quelle mauvaise foi.

Dialogues de sourds

Une écriture qui raconte également, et surtout, la difficulté de se parler en famille : des dialogues de sourds où entre deux incompréhensions, malgré tout, des bribes de communication finissent toujours par poindre. Car tout n’est pas figé dans le monde des Meyerowitz. S’il montre avec subtilité le casse-tête des relations de filiation et de fraternité, Baumbach prévoit aussi leur évolution vers une réconciliation libératrice. Quitte à ce que cela passe par des cadavres déterrés, des pardons difficiles et quelques petites frayeurs de santé. C’est le prix à payer pour un essentiel, profond, travail sur soi-même.

LA FICHE

Genre : Comédie
Réalisateur : Noah Baumbach
Pays : Etats-Unis
Acteurs : Dustin Hoffman, Adam Sandler, Ben Stiller, Emma Thompson, Elizabeth Marvel, Candice Bergen, Jared Sandler, Danny Flaherty, Rebecca Miller
Durée : 1h50

Synopsis : Le récit intergénérationnel d’une famille new-yorkaise qui se réunit en vue de la rétrospective du patriarche de la famille : l'artiste Harold.