Cannes s'ouvre mercredi sur une constellation de stars et Netflix en trublion

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/05/2017 à 20H17, publié le 15/05/2017 à 11H56
L'affiche de Cannes, accrochée sur la façade du Palais des festivals (15 mai 2017)

L'affiche de Cannes, accrochée sur la façade du Palais des festivals (15 mai 2017)

© Valery Hache / AFP

Le rideau se lève sur le Festival de Cannes mercredi pour une 70e édition riche en stars, de Nicole Kidman à Dustin Hoffman en passant par Julianne Moore ou Vincent Lindon, mais le géant Netflix joue les trouble-fêtes en bousculant ce rendez-vous mondial du cinéma.

Américains et Français sont présents en force à Cannes avec quatre films chacun dans la course à la Palme d'or qui sera décernée le 28 mai. Une palme exceptionnellement constellée de diamants.
 
Le générique de cette édition, qu'ouvrira mercredi soir par Monica Bellucci en maîtresse de cérémonie avant la projection du dernier Desplechin ("Les Fantômes d'Ismaël"), est riche en étoiles. Nicole Kidman viendra sur la Croisette pour une série et trois films, dont deux en compétition : "Les Proies" de Sofia Coppola et "Mise à mort du cerf sacré" du Grec Yorgos Lanthimos.
 
La Française Isabelle Huppert, auréolée du récent succès d'"Elle", montera les marches, aux côtés de Jean-Louis Trintignant, pour le nouveau long métrage de Michael Haneke ("Happy End"). Avec, qui sait, une troisième Palme d'or pour le réalisateur autrichien.


Deux films Netflix déclenchent la polémique

Une autre rousse, Julianne Moore, foulera le tapis rouge pour "Wonderstruck" de l'Américain Todd Haynes, tout comme Dustin Hoffman qui parie sur l'étoile montante du cinéma indépendant new-yorkais, Noah Baumbach ("The Meyerowitz Stories").
 
Le dernier opus du réalisateur de "Frances Ha" est d'ailleurs, avec celui du Sud-Coréen Bong Joon-ho ("Okja"), le détonateur de la polémique qui a éclaté avant même le lever de rideau : Netflix, le leader américain du streaming aux 100 millions d'abonnés, qui a acquis les droits du film de l'Américain et produit celui du Sud-Coréen, a annoncé que ces deux oeuvres ne sortiraient pas en salles, après l'échec de discussions avec le Festival.
 
Les organisateurs ont été contraints, sous la pression notamment des exploitants de salles, de revoir le règlement pour 2018 : tout film en compétition devra désormais s'engager à être distribué dans les cinémas français.
"Les Proies" de Sofia Coppola, la bande annonce

Personne ne veut céder

"Les polémiques font partie du grand barnum de Cannes. Mais cette fois, c'est un sujet brûlant qui touche à l'identité même du cinéma. Dans ce bras de fer, personne ne veut céder. Pour les exploitants, il n'est pas question de donner une Palme à un film qui ne sortirait pas en salles. Ils ont sauvé la face", estime Laurent Creton, professeur en économie du cinéma à l'Université de la Sorbonne.
 
"Quant à Netflix, il défend un autre modèle fondé sur la diffusion à ses abonnés. Mais il a d'ores et déjà réussi son coup en faisant le buzz. L'important pour Netflix est d'être sélectionné, même hors compétition", ajoute cet expert.
 
La polémique devrait en tout cas réactiver la réflexion sur "la chronologie des médias", cette réglementation française qui impose un délai de trois ans entre une sortie en salles et la diffusion via une plateforme sur abonnement. Encore récemment, des discussions entre professionnels pour raccourcir ce délai ont échoué.
"Le Redoutable" de Michel Hazanavicius, la bande-annonce


Godard héros du "Redoutable", de Michel Hazanavicius

Le fait qu'un film de Cannes pourrait être privé de projection publique pourrait intéresser celui qui a révolutionné l'écriture cinématographique : reclus en Suisse, Jean-Luc Godard ne fera pas le voyage sur la Croisette mais il y sera présent avec "Le Redoutable", le film que lui consacre Michel Hazanavicius ("The Artist"), situé pendant mai 1968. Le scénario est inspiré du roman de son ex-épouse, Anne Wiazemsky ("Un an après").
 
Autres adaptations : celles du réalisateur franco-polonais Roman Polanski, "D'après une histoire vraie" (hors compétition), tiré du livre de Delphine de Vigan, du Français François Ozon dont "L'Amant double" doit son intrigue à l'Américaine Joyce Carol Oates ou encore de l'Ukrainien Sergei Loznitsa qui est allé chercher "Une femme douce" chez Dostoïevski.
 
Outre les 19 films en compétition, les festivaliers pourront découvrir la saison 2 de "Top of the Lake" de Jane Campion et deux épisodes de la troisième saison du cultissime "Twin Peaks" de David Lynch. Ces séries figurent en sélection officielle (hors compétition), une consécration pour un format qui emprunte déjà au 7e art ses acteurs et ses réalisateurs.