Cannes 2016 : "Sieranevada", un huis clos roumain étouffant et passionnant

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/05/2016 à 08H57, publié le 12/05/2016 à 23H29
Une image "Sieranevada" 

Une image "Sieranevada" 

© Wild Bunch Distribution

La compétition officielle du festival de Cannes 2016 s'est ouverte avec un très long film roumain de Christi Puiu "Sieranevada". Pendant trois heures, le cadre ne quitte quasiment pas les quelques pièces d'un petit appartement roumain où une famille très nombreuse vient commémorer la mort du père. Une catharsis très bavarde à la fois passionnante et trop longue.

La note Culturebox

3
3/5
Il y a du Cassavetes de "Faces" ou de "Shadows" dans ce "Sieranevada" que propose Cristi Puiu. Comme le maître américain, il nous intéresse à l'intimité d'un groupe humain, ici une famille plutôt nombreuse réunie pour fêter, comme le veut la religion orthodoxe, le 40e jour après la mort du père de famille, Emil. Comme chez Cassavetes, l'image n'est pas fixe, elle vogue, se permettant des allers et retours, des mouvements liés à ceux des personnages. Pendant plusieurs dizaines de minutes, la caméra ne quitte pas l'étroit couloir où débouchent toutes les pièces d'un très modeste appartement. Il s'en suit un sentiment étrange d'aquarium où les personnages, comme des poissons tournant en rond, passent et repassent selon une logique parfois incompréhensible.

Extrait de "Sieranevada"

Comme un membre de la famille

Le spectateur assiste, comme un membre supplémentaire de la famille, à des règlements de comptes, des discussions à n'en plus finir sur la théorie du complot autour du 11 septembre 2001, à du lavage de linge très sale en famille, au différend qui oppose la grand mère restée farouchement pro Ceaucescu à sa petite-fille qui lui rappelle les prisons et les assassinats politiques (tout en évoquant "Marx, Trotszky et les autres youpins notoires"). Le plongeon dans cette famille est assez rude. Le spectateur commence par être un peu perdu, ne connaissant pas les liens précis, qui est le frère de qui, la mère de qui, la fille de qui... Mais peu à peu, comme une brume se lève, la situation se clarifie, mais pas les embrouilles. L'action se déroule quasiment en temps réel, et le film durant presque trois heures, la célébration de la mort du père, juste après le noël orthodoxe devient le prétexte à une veritable catharsis familiale. 

Sieranevada

Sieranevada

© Wild Bunch Distribution

 

Des longueurs

Si le film est très réussi, cette plongée en apnée au coeur d'une famille inconnue, dans un pays mal connu et dont la langue nous échappe mériterait pourtant d'être raccourcie de trois bons quarts d'heure. Il ne gagnerait sans doute pas en clarté, mais éviterait quelques moments tirant en longueur. Quant à savoir pourquoi son titre est "Sieranevada", sauf à avoir manqué une réplique, impossible de dissiper le mystère !

Synopsis : A Bucarest, trois jours après l'attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary, docteur en médecine de 40 ans, va passer son samedi au sein de la famille réunie à l'occasion de la commémoration du défunt.  Dans le petit appartement, les débats sont vifs, les avis divergent. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu'il occupe à l'intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

 

L'affiche de "Sieranevada" © Wild Bunch Distribution

Sieranevada
Film roumain, français, croate, macédonien de Cristi Puiu
Avec Mimi Branescu, Dana Dogaru, Bogdan Dumitrache...
2h53
Sortie française à une date encore inconnue