Cannes 2016 : Ken Loach, un cinéaste engagé qui ne raccroche jamais

Par @Culturebox
Mis à jour le 22/05/2016 à 21H07, publié le 13/05/2016 à 19H29
Ken Loach Cannes 2016 © AFP

A 79 ans, le réalisateur britannique vient de décrocher la Palme d'or pour son "Moi, Daniel Blake" une chronique sociale engagée, sa marque de fabrique. Lors de la conférence de presse, comme lors de la remise de son prix ce dimance, Ken Loach a parlé politique et s'est inquiété d'une possible sortie de la Grande-Bretagne de l'Union Européenne.

Ken Loach avait dit qu'il arrêtait le cinéma lors de son dernier passage au Festival de Cannes en 2014 pour présenter "Jimmy's Hall". Mais force est de constater que le réalisateur de presque 80 ans a encore des choses à dire sur le monde qui l'entoure. Son "Moi, Daniel Blake", vient d'ailleurs de remporter la Palme d'or.

L'histoire d'un homme qui se retrouve submergé dans les méandres du système d'aides sociales britanniques. Le monde social, le monde du travail et comment des hommes ordinaires arrivent à survivre au quotidien, voilà les thèmes principaux du cinéaste qui ne manque pas une occasion à travers ses films, mais aussi en dehors, de donner son point de vue.

Lors de la conférence de presse de son dernier film vendredi, Ken Loach avait prédit que la Grande-Bretagne aurait "un gouvernement d'extrême droite" si elle sortait de l'Union européenne à l'occasion du référendum qui doit avoir lieu le 23 juin outre-Manche. Mais dans le même souffle, le réalisateur a également critiqué l'UE : "C'est un projet néolibéral qui pousse aux privatisations, à la dérèglementation et la protection sociale des travailleurs est sans cesse remise cause", a-t-il dénoncé.

Le cinéaste des laissés pour compte

Invité vendredi dernier de l'émission culturelle d'Augustin Trapenard sur France Inter, Ken Loach a parfaitement résumé son cinéma : "C'est la célébration des personnes, de la beauté de la vie humaine, mais je montre aussi la cruauté à laquelle les humains sont confrontés constamment ".

Dans les années 90, Ken Loach se fait remarquer avec "Riff-Raff", présenté à la Quinzaine des réalisateurs, dans lequel un ex-taulard essaye de se réintégrer dans la société alors qu'il travaille au noir sur un chantier de construction. En 1993, il remporte le prix du jury du Festival de Cannes, avec son film "Raining stones" dépeignant le quotidien précaire d'une famille durant les années Thatcher.

Pour offrir un maximum d'authenticité à ses films, Ken Loach tente de s'approcher au plus près de la réalité. Pour "Bread and Roses", sorti en 2000, il choisit deux acteurs principaux issus de l'immigration qui ont eu une expérience dans l'organisation d'un syndicat. Adrien Brody et Pilar Padilla partagent donc l'affiche de ce film qui traite de la lutte de travailleurs immigrés pour de meilleures conditions de travail.

Une filmographie politique

C'est avec ses films à portée politique que Ken Loach décroche ses principaux prix. "Secret Defense" reçoit en 1990 le Prix du jury au Festival de Cannes. Le film revient sur le scandale médiatique entre l'Irlande et la Grande-Bretagne, dans les années 80, lorsqu'une enquête avait révélé l'existence d'une politique visant à "tirer pour tuer" les suspects militants à l'IRA de la part de la police royale irlandaise.

En 1995, le réalisateur s'attaque à la révolution sociale espagnole de 1936. Dans "Land and Freedom", une petite-fille enterre son grand-père à Liverpool et découvre en rangeant ses affaires son passé militant en Espagne.

La consécration avec "Le vent se lève"

Pour sa huitième compétition officielle au Festival de Cannes, Ken Loach remporte la sacro-sainte Palme d'or pour "Le vent se lève" en 2006. Le film revient sur la guerre d'indépendance irlandaise et la guerre civile qui a suivi entre 1919 et 1923. Le réalisateur veut prouver à travers ce long-métrage que la révolution irlandaise est une révolution sociale et non nationaliste. "Le vent se lève" fait un carton en Irlande. Il asseoit une nouvelle fois la puissance du cinéma de Ken Loach toujours au service des opprimés, des laissés pour compte du capitalisme et qui tentent le tout pour le tour pour vivre un semblant de vie normal.