Cannes 2015 : La France qui rit, l'Italie qui pleure

Par @Culturebox
Publié le 26/05/2015 à 12H34
Jacques Audiard, entouré des acteurs de "Dheepan", Palme d'or  du 68ème festival de Cannes

Jacques Audiard, entouré des acteurs de "Dheepan", Palme d'or  du 68ème festival de Cannes

© Euan Cherry / Nurphoto

Une Palme qui déjoue les pronostics, des Français qui se taillent la part du lion, un cinéma social et engagé récompensé, des Italiens repartis bredouilles, une sélection inégale, des marques très (trop ?) présentes sur la Croisette. C'était le 68ème festival de Cannes.

Reportage : J.C. Batteria / A. Ibrahimaj / J. Denoyelle


Une Palme inattendue 

La Palme d'or de "Dheepan" de Jacques Audiard a créé la surprise. Si le français a été plusieurs fois récompensé à Cannes, personne n'attendait ce film sur le parcours en France de réfugiés sri-lankais sur la plus haute marche du podium. Beaucoup considéraient qu'il ne s'agissait pas forcément d'un grand Audiard.

Le triomphe des Français 

La France s'est contre toute attente taillé la part du lion, en remportant trois prix majeurs, alors que ses cinq films en compétition avaient globalement déçu.Outre la Palme d'Or, les Français ont raflé le prix d'interprétation masculine, remporté par Vincent Lindon pour son rôle de chômeur humilié dans "La loi du marché" de Stéphane Brizé. Ils ont aussi reçu le prix d'interprétation féminine, attribué à Emmanuelle Bercot pour son rôle de femme amoureuse dans "Mon roi" de Maïwenn.

La déroute italienne

France 3 - Italie 0. Si la France a presque fait carton plein, l'Italie est repartie bredouille. Pour la première fois depuis vingt ans, l'Italie arrivait avec trois films en lice - "Mia Madre", de Nanni Moretti, "Le Conte des Contes", de Matteo Garrone et "Youth" de Paolo Sorrentino. Deux, le Moretti et le Sorrentino, étaient plébiscités par une partie de la critique. L'explication, laconique, est venue d'Ethan Cohen, coprésident du jury avec son
frère Joel. "Nous n'avions pas de prix pour tout le monde".

 Trop "bling-bling"?

Les marques prennent-elles de plus en plus de place dans le festival, au détriment du cinéma? Cannes est jugé "bling-bling" par huit Français sur dix et ne fait plus rêver, selon un sondage Odoxa pour le quotidien Le Parisien/Aujourd'hui publié dimanche. Une très forte majorité l'estime inaccessible (78%) et élitiste (73%). Cet événement,
le plus couvert par la presse après les jeux Olympiques, ne fait pas rêver (76%). La présentation par le président du festival Pierre Lescure du nouveau sponsor - le groupe de luxe Kering (ex-PPR, marques Gucci, Yves Saint Laurent, Balenciaga, dirigé par François-Henri Pinault, époux de l'actrice Salma Hayek) - a étonné lors de la conférence de presse d'annonce de la sélection. D'autant qu'il a été longuement présenté avant même la liste des films en compétition. Entre autres marques, Kering a été présent quotidiennement sur la Croisette, avec des débats sur la place des femmes dans le cinéma.