Cannes 2014 : "Queen and Country" à 81 ans John Boorman retrouve ses 18 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/05/2014 à 17H10, publié le 21/05/2014 à 09H15
Le personnage principal et sa soeur dans "Queen and Country"

Le personnage principal et sa soeur dans "Queen and Country"

© DR

En compétition à la Quinzaine des Réalisateurs, "Queen and Country" du réalisateur vétéran John Boorman revient sur ses deux années passées à l'armée à partir de 1952. Chronique tendre, humoristique mais profonde, elle est aussi l'histoire de son amitié avec un autre jeune conscrit particulièrement rebelle. C'est aussi pour lui le moment de la découverte de l'amour.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

"Queen and Country" de John Boorman. Coproduction française, britannique, irlandaise et roumaine. Avec Callum Turner, Caleb Landry Jones, David Thewlis, Richard E. Grant, Pat Shortt, Tamsin Egerton.

Et si les Frères Lumière, sans le vouloir, avaient inventé la fontaine de Jouvence? A 81 ans, le Britannique John Boorman a retrouvé ses 18 ans, son copain d'alors, la fille inaccessible dont il tomba amoureux, sa famille depuis longtemps disparue, et il a passé en revue les souvenirs de ses deux ans d'armée. 

Boorman n'est pas Fellini et "Queen and Country" n'est pas Amarcord. Après avoir réalisé en 1987 un film inspiré de son enfance pendant le blitz londonien ("Hope and Glory", "La guerre à sept ans"), il a eu envie de relater cette période transitoire et déterminante que furent ses deux années de service militaire. Nous sommes en 1952 et l'armée de sa très gracieuse majesté le roi George VI combat aux côtés des forces US engagées dans la guerre de Corée. Une armée qui va très bientôt devenir celle de sa très gracieuse majesté la reine Elisabeth II, après le décès de son père en février de cette année-là.

Les souvenirs sont toujours un petit arrangement avec la réalité. Et nous sommes dans ce film au plus près de ce que la mémoire de Boorman lui dicte. Etait-elle aussi belle la jeune femme dont il tomba éperdument amoureux et qui se refusa à lui ? L'amitié avec son compagnon d'armes avait-elle cette intensité fraternelle ? Les officiers dont ils dépendaient tous les deux étaient-ils aussi obtus, et leur résistance à la discipline aussi imaginative ? L'important reste que le cinéaste partage cet épisode avec un public heureux de regarder un sujet sérieux traité sur le ton léger de la comédie et sans une trop lourde connotation sociale. Cette section du festival de Cannes présente en effet de nombreuses oeuvres à l'ambiance très lourde ou aux forts enjeux sociétaux.


Le rôle principal est tenu par Callum Turner, un jeune acteur qui fait ici ses débuts au cinéma. Débuts prometteurs puisqu'il prouve sans contestation qu'il a les épaules pour soutenir un film ambitieux signé d'un cinéaste à la renommée mondiale.

A 81 ans, John Boorman signe avec "Queen and Country" son dix-septième film. Parmi ses plus célèbres, citons "Délivrance" (1972), "Duel dans le Pacifique" (1968), "Zardoz", (1974), "Excalibur" (1981) et "Rangoon" (1995).