Cannes 2014 : "Pride" la dignité croisée des mineurs et des gays face à Thatcher

Par @Culturebox
Mis à jour le 28/05/2014 à 11H12, publié le 23/05/2014 à 18H02
"Pride" de Matthew Warchus

"Pride" de Matthew Warchus

© Nicola Dove

Film de clôture de la Quinzaine des Réalisateurs, "Pride" en est aussi l'évènement. En 1984 alors que la grève des mineurs se heurte à l'intransigeante Margaret Thatcher, un groupe d'homosexuels londoniens décide de récolter de l'argent pour les soutenir. La rencontre entre gays, lesbiennes et mineurs gallois débouchera sur un respect mutuel et une véritable amitié. Adapté d'une histoire vraie.

La note Culturebox
5 / 5                  ★★★★★

"Pride" film britannique de Matthew Warchus. Avec Bill Nighy, Imelda Staunton, Dominic West, Paddy Considine, George MacKay, Joseph Gilgun... Scénario Stephen Beresford 1h58. Sortie française le 1er octobre 2014.

Il a fallu attendre le dernier jour de la Quinzaine des Réalisateurs pour en découvrir le meilleur film. "Pride", du Britannique Matthew Warchus, raconte un épisode réel et méconnu de l'histoire des années 80 en Grande-Bretagne. En mars 1984, les mineurs entamaient une grève qui allait durer une année. L'Union Nationale des Mineurs refusait le projet de la Commission Nationale des Charbons de fermer vingt mines qui ne rapportaient plus assez. Plusieurs dizaines de milliers d'emplois et la survie économique de régions entières, comme le Yorkshire ou le Pays de Galles étaient alors en jeu.

"Pride" premier extrait

Dans tout le Royaume-Uni mais aussi dans d'autres pays d'Europe, des collectes furent organisées pour soutenir les mineurs en grève et leurs familles. 1984, c'est aussi la fin de la parenthèse enchantée, cette période d'insouciance entre la libération sexuelle et l'apparition du Sida. A Londres, un groupe mixte de jeunes gays et lesbiennes fait le parallèle entre le harcèlement, le mépris et les mensonges dont est victime le mouvement des mineurs et leur propre situation. Ils fondent alors le groupe "Lesbians and Gays Support the Miners" et entreprennent à leur tour de collecter des fonds. Cette aide refusée par les syndicats, le LGSM décide de s'adresser directement à une collectivité de mineurs et choisit arbitrairement une petite ville de Galles du Sud, Onllwyn, dans la vallée de la Dulais.
Inutile de dire qu'à part un tout petit nombre de citoyens, les mineurs du genre plutôt viril et macho ne voient pas d'un bon oeil l'arrivée dans leur petite communauté de ces homos londoniens.

"Pride" deuxième extrait

Le rôle des femmes
Avec beaucoup d'adresse Matthew Warchus a su éviter le piège des poncifs. Le film ne fait jamais dans le larmoyant ou le sentimentalisme. Il ne fait pas non plus dans l'exagération. Certes, les mineurs ont des idées préconçues sur les homosexuels, mais l'inverse est vrai aussi. Pour que la jonction entre ceux qui veulent aider, et ceux qui hésitent à recevoir puisse s'opérer, il faudra que des liens d'amitié se nouent. Le rôle des femmes du village gallois sera à cet égard déterminant. L'une de ces mères de famille, particulièrement investie dans les liens entre le village et le "LGSM", est aujourd'hui élue au parlement britannique.

Image tirée de "Pride"

Image tirée de "Pride"

© DR

La fin d'un espoir et le début d'une tragédie
Entre mars 1984 et mars 1985, du début de la grève à l'échec des mineurs économiquement vaincus par l'intransigeance de Margaret Thatcher, le Royaume-Uni a changé. Ce film illustre avec beaucoup d'élégance, mais aussi beaucoup d'humour, la fin d'un espoir, celui des mineurs, et le début d'une tragédie, la pandémie du Sida. De rencontre en rencontre, une amitié indéfectible unira les membres du "Lesbians and Gays Support the Miners" et les mineurs d'Onllwyn. Ce sera au point que lors de la Gaypride londonnienne de 1985, les mineurs gallois défileront en tête de la manifestation.

Le groupe "Lesbians and Gays Support the Miners" à la Gay Pride de 1985

Le groupe "Lesbians and Gays Support the Miners" à la Gay Pride de 1985

© DR

Comédie
"Pride" est une comédie, et pourtant cette fable qui évite l'écueil du sentimentalisme paraît presque trop belle pour être vraie. On y rit franchement, et tout aussi franchement les larmes montent aux yeux. Le film touche aux sentiments essentiels de l'humanité : l'amour et la tolérance bien sûr, mais aussi l'identité et le questionnement de soi. Si aucun homosexuel n'est devenu mineur, l'inverse n'est peut-être pas vrai. 


Une longue ovation unanime
Le public cannois de la Quinzaine des Réalisateurs a été profondément ému par cette comédie sociale finalement tout en retenue. Dés la fin de la projection, il s'est levé et a offert à l'équipe du film une très longue ovation. Le défi était grand. Vue sous un autre angle et réalisée avec moins de finesse cette histoire dont l'enjeu reste la Dignité aurait pu tourner à la farce ou pire encore, au "film engagé" sérieux et sans empathie. L'écueil a été évité et le public en a remercié le réalisateur.

Témoignage
Au quatrième rang, juste avant la projection de "Pride", un homme a murmuré en anglais à son voisin :" Je vais sûrement pleurer, ce qu'on va voir, c'est une partie de ma vie". A l'issue de la rencontre avec l'équipe du film, nous l'avons retrouvé. Il n'avait effectivement pas pu retenir le flot d'émotion et n'était pas intervenu lors de l'échange avec le public. Il s'appelle Brian Robinson.