Cannes 2014 : "Party Girl", le biopic hyperréaliste d'une hôtesse de bar

Par @Culturebox
Publié le 15/05/2014 à 17H45
Angélique Litzenburger est elle-même dans "Party Girl"

Angélique Litzenburger est elle-même dans "Party Girl"

© DR

Un certain regard 2014 s'ouvrait avec "Party Girl", de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Sorte de documentaire-fiction, le film raconte la tentative désespérée d'une hôtesse de bar sexagénaire, Angélique, pour quitter le monde de la nuit. Angélique Litzenburger tient son propre rôle ainsi que la plupart des principaux personnages.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

Un film de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis (France). Avec Angélique Litzenburger, Joseph Bour. 1h35

On évoque souvent telle fiction qui dépasserait la réalité. Avec "Party Girl", l'impression est proche mais encore plus fascinante : on a le sentiment à regarder ce film que la fiction rejoint la réalté, y colle au millimètre près. Les réalisateurs ont choisi de suivre Angélique. A la fois l'interprète et son personnage, cette femme de 60 ans est hôtesse de bar. Une de ces femmes qui ont pour mission de faire consommer les clients des cabarets en leur faisant miroiter des ébats illusoires. Sexagénaire, Angélique a perdu bien des attraits et elle finit par accepter la proposition de mariage d'un client régulier, amoureux d'elle depuis longtemps.

Le mariage et sa préparation sont l'occasion pour Angélique de réunir ses enfants, deux garçons et deux filles dont une adolescente de 16 ans que les services sociaux ont confiée à une famille d'accueil dix ans plus tôt.

Filmé au plus près, "Party Girl" appartient à la famille naturaliste d'un cinéma qui compterait parmi ses membres un Ken Loach ou un Abdellatif Kechiche. Les trois réalisateurs de "Party Girl" réussisent à ne pas placer le spectateur en situation de voyeurisme. Il s'attache à ce personnage comme il s'intéresserait, dans des émissions comme "Strip-tease" par exemple, à la petite tranche d'humanité qui lui est proposée. Il y a du pathétique dans ce personnage d'Angélique, mais il y a aussi de l'héroïque dans sa quête de dignité, de bonheur et d'avenir. Des efforts reconnus par les siens. 
Angélique Litzenburger "Party Girl" © DR
L'un des trois réalisateurs, Samuel Theis, est aussi l'interprète du personnage qui porte son nom. Il est dans le film, comme dans la vie, le fils d'Angélique. Comme les trois autres frères et soeurs sont les véritables enfants de l'héroïne. Tous ces comédiens amateurs jouent plus juste que nombre de professionnels aperçu dans de récents biopics. Cette histoire de famille ne tourne jamais au psychodrame, ni au règlement de compte. Les enfants ne portent pas de jugement sur leur mère, ils l'aident quand il en est besoin et lui déclarent leur amour au moment juste opportun. Et il est bien difficile de faire la part du film et de la réalité.
L'équipe de "Party Girl", film présenté ce jeudi en ouverture de la sélection "Un certain regard"

L'équipe de "Party Girl", film présenté ce jeudi en ouverture de la sélection "Un certain regard"

© BERTRAND LANGLOIS / AFP
Reste une interrogation : quid du mariage d'Angélique ? Est-ce un épisode fantasmé, est-ce le récit (avec un autre homme dans le rôle du mari) d'une véritable tentative pour quitter le monde des nuits de la frontière franco-allemande, quelque part du côté de Forbach ? Est-il important de le savoir ? En tout cas, la conclusion à tirer de ce film, s'il en fallait une, reste qu'à trop jouer l'amoureuse avec n'importe qui, cette femme a sans doute perdu le chemin du veritable sentiment amoureux. La liberté est un prix trop cher à payer, même si c'est là une drôle de liberté. Party girl une nuit, party girl toujours. Et tant pis pour la rime.