Roman Polanski renonce à présider les César, les féministes satisfaites

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/01/2017 à 18H14, publié le 24/01/2017 à 09H20
Roman Polanski le 18 janvier 2017.

Roman Polanski le 18 janvier 2017.

© Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Le réalisateur franco-polonais Roman Polanski, qui devait présider la 42e cérémonie des César le 24 février, a décidé d'y renoncer, d'après son avocat, face à la polémique suscitée et qu'il juge "injustifiée", déclenchée par des associations féministes, contre sa nomination. L'homme est poursuivi depuis 40 ans par la justice américaine pour le viol présumé d'une mineure en 1977.

La nouvelle du choix de Roman Polanski pour succéder à Claude Lelouch pour présider les César, annoncée le 18 janvier, avait créé aussitôt une grande polémique, le réalisateur de "Rosemary's Baby" étant poursuivi depuis 40 ans par la justice américaine pour le viol présumé d'une mineure en 1977. 

"Des informations tout à fait erronées", selon l'avocat de Roman Polanski

Les associations féministes avaient lancé une pétition pour sa destitution avec plus de 61.000 signatures recueillies à ce jour et un appel au boycott de la cérémonie. La tension était montée d'un cran lundi 23 janvier avec un appel à manifester devant le restaurant Le Fouquet's où doivent être annoncées les 25 nominations. Cette polémique a "profondément attristé Roman Polanski et atteint sa famille" et le réalisateur "a décidé de ne pas donner suite à l'invitation" des organisateurs, ajoute le communiqué de son avocat.

La polémique est "alimentée par des informations tout à fait erronées", souligne l'avocat. "Rappelons que Samantha Geimer (l'adolescente, ndlr) a elle-même depuis très longtemps soutenu les démarches judiciaires entreprises par Roman Polanski pour régulariser sa situation vis-à-vis des États-Unis, et réclamé à ses côtés l'abandon définitif des poursuites", précise-t-il. "La justice suisse puis la justice polonaise ont refusé de faire droit aux demandes d'extradition des États-Unis. Ces décisions ont établi qu'il avait  bien exécuté la peine qui avait fait l'objet d'un accord entre toutes les parties à l'époque, procureur et avocat de Samantha Geimer inclus. C'est donc d'une manière totalement injustifiée que cette polémique a surgi", ajoute-t-il.

Débat au sein même du gouvernement

Le 20 janvier, la ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol, a jugé "surprenant et choquant que l'histoire d'un viol dans la vie d'un homme ne pèse pas", sur France Culture. "C'est un choix qui témoigne, de la part de ceux qui ont décidé de le nommer président des César, d'une indifférence à l'égard des faits qui lui sont reprochés", a-t-elle estimé. "La culture sans la culture du viol, c'est mieux", avait tweeté en outre la ministre des Droits des Femmes.


Contrairement à sa collègue, la ministre de la Culture Audrey Azoulay, s'est abstenue de critiquer le choix de Roman Polanski. "L'académie des César est parfaitement indépendante du ministère et son choix lui appartient. Les faits en cause sont particulièrement graves. Mais ils sont aussi très anciens", a-t-elle déclaré. "La victime elle-même a demandé à ce que l'affaire ne soit plus l'objet de débat public et que la procédure, dont la justice avait été saisie, soit close. Cette affaire poursuivra Roman Polanski toute sa vie. Il demeure néanmoins un cinéaste de très grand talent qui a depuis été honoré de multiples César : c'est cela qui est en jeu dans le choix fait par l'académie", a-t-elle dit également..

"Une bonne nouvelle", pour les féministes

Des féministes ont salué ce retrait comme "une bonne nouvelle". "Si notre société pouvait enfin sortir du déni vis-à-vis des violences sexuelles, ça serait top !", a réagi Caroline de Haas, militante féministe et politicienne. "C'est une très bonne nouvelle. Mais on aimerait qu'elle soit synonyme de prise de conscience plus générale des professionnels du cinéma envers les droits des femmes et les problématiques sexistes", a commenté Alice Coffin, membre du groupe La Barbe.

"Nous sommes très contentes que Polanski ne préside pas les César, même si nous aurions préféré qu'il ne soit jamais invité à le faire", a déclaré à l'AFP Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d'Osez le féminisme. Fatima Benomar, présidente de l'association Les Effronté-e-s, a salué "une victoire symbolique". Enfin, pour Ernestine Ronai, coprésidente de la commission violences du Haut Conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE), "c'est une décision sage".

L'affaire refait surface depuis 40 ans

Si Samantha Geimer a assuré avoir pardonné à Roman Polanski, ça n'a jamais été le cas de la justice américaine qui avait déclenché en Californie en 1977 des poursuites contre le réalisateur de "Rosemary's Baby" pour le viol de l'adolescente, âgée de 13 ans à l'époque. Libéré sous caution après 42 jours de prison, le cinéaste, alors âgé de 43 ans, qui avait plaidé coupable de "rapports sexuels illégaux" avec une mineure mais nié le viol, s'était enfui des États-Unis avant le verdict, craignant d'être lourdement condamné.

Considéré depuis comme un "fugitif" par les États-Unis, il court toujours le risque d'y être extradé lors de ses déplacements hors de France. Depuis 40 ans, cette affaire refait régulièrement surface. Elle avait encore été évoquée implicitement lors de la cérémonie d'ouverture du dernier Festival de Cannes, suscitant la colère d'Emmanuelle Seigner, l'épouse du cinéaste.

En août 1969, la première femme du réalisateur, Sharon Tate, avait été assassinée dans leur villa de Los Angeles par des adeptes de Charles Manson, alors qu'elle était enceinte de leur enfant.

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