Décès du grand réalisateur iranien Abbas Kiarostami

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/07/2016 à 10H41, publié le 04/07/2016 à 23H31
Abbas Kiarostami en 2012

Abbas Kiarostami en 2012

© Zdenek Nemec/AP/SIPA

Le cinéaste Abbas Kiarostami, qui a révélé au monde entier la puissance du cinéma iranien, est mort lundi à Paris des suites d'un cancer, rapportent les médias iraniens. Il avait 76 ans. A l'annonce de son décès, il était salué comme un des plus grands réalisateurs mondiaux.

Abbas Kiarostami avait quitté Téhéran la semaine dernière pour subir un traitement en France, a indiqué l'agence de presse iranienne Isna.

Membre de la nouvelle vague du cinéma iranien apparue dans les années 1960, connu pour ses histoires réalistes mettant en scène les vies de gens ordinaires, il était l'un des rares réalisateurs à être demeuré et à avoir eu du succès en Iran après la Révolution islamique de 1979.

En dépit de thèmes très propres à l'Iran, ses films ont marqué les spectateurs du monde entier et Kiarostami a décroché la Palme d'Or au festival de Cannes 1997 pour "Le Goût de la Cerise", qui raconte l'histoire d'un homme qui veut se suicider et cherche quelqu'un pour l'inhumer quand il sera mort. Martin Scorsese, entre autres cinéastes qui l'admiraient, disait de lui qu'il représentait "le plus haut degré de l'art dans le cinéma".

Il avait choisi de rester à Téhéran

Né à Téhéran en 1940, Kiarostami étudie aux Beaux-Arts de Téhéran et commence par réaliser des publicités pour la télévision iranienne et des génériques de films. Il sort sa première oeuvre, un court  métrage, "Le pain et la rue", en 1971, et il s'affirme très vite, avec "Le passager" (1974), comme un pionnier du cinéma réaliste. Et son premier grand film, "Le Rapport" (1977), a pour thème le suicide.

Après la Révolution de 1979, il choisit de rester dans son pays quand de nombreux autres artistes ou écrivains préfèrent l'exil.

Ses films, souvent centrés autour de figures enfantines ou de pauvres Iraniens des campagnes, ne sont pas jugés ouvertement politiques mais certains des scénarios qu'il écrit pour son protégé Jafar Panahi le sont.

Pendant les années 90, Kiarostami s'imposera comme un cinéaste mondialement connu avec sa trilogie "Koker", surtout le premier ("Et la vie continue") qui traite, sous différents  aspects, du tremblement de terre qui a endeuillé le nord-ouest de l'Iran en 1990.
"Le vent nous emportera" d'Abbas Kiarostami, la bande-annonce (en VO sous-titrée en anglais)


Faire participer les gens du peuple

Dans son "réalisme noir", le cinéaste est amoureux du détail, toujours pudique, avec la volonté de faire participer au maximum les gens du peuple. Ses films, dont il veut faire des instruments de réflexion, tournés presque toujours dans les lieux réels et non en studio, associent la fable, le document et la beauté plastique.

Il a son style, travailleur et indocile, et une apparence très particulière avec ses lunettes à verre fumé.

Les récompenses arrivent avec la Palme d'or à Cannes en 1997 pour "Le goût de la cerise", sur le désir de vivre et la fragilité d'un homme de 50 ans, qui lui causera la fureur des conservateurs iraniens parce que Catherine Deneuve lui a fait une bise en lui remettant le prix.

Il a eu des prix dans les plus grands festivals mondiaux. En 1999, avec "Le vent nous emportera", sur la dignité dans le travail et l'égalité hommes-femmes, il remporte le Lion d'argent à la Mostra de Venise.

"Sang et Or" de Jafar Panahi, dont il avait écrit le scénario, interdit en Iran

Dans les  années 2000, Kiarostami, moins prolixe, réalise -en 2001- "ABC Africa", sur les  enfants ougandais.

"Sang et Or", film de Panahi sorti en 2003, est le portrait tragicomique d'un livreur de pizza humilié par sa position de déclassé à Téhéran. Considéré comme trop critique, le film a été interdit de diffusion en Iran.

Dans l'une de ses dernières oeuvres, sortie en 2012, "Like someone in love", un film "sans début ni fin", selon ses termes, il capture l'instantané de la vie de trois Tokyoïtes, une étudiante-prostituée, son vieux client et son amoureux jaloux.

Dans son film précédent, "Copie conforme" (2010), qui avait valu à la Française Juliette Binoche le prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes, l'Iranien s'était offert une incursion italienne.

 Abbas Kiarostami est père de deux fils, Ahmad et Bahman.