Deauville: l'Amérique en prend pour son grade avec Todd Solondz et Michael Moore

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/09/2016 à 14H49, publié le 05/09/2016 à 09H30
Danny De Vito dans "Wiener-Dog" ("Le Teckel") de Todd Solondz

Danny De Vito dans "Wiener-Dog" ("Le Teckel") de Todd Solondz

© PROKINO Filmverleih GmbH

La critique du système américain s'est poursuivie dimanche au festival du cinéma américain de Deauville avec le film en compétition "Wiener-Dog" ("Le teckel") et l'hommage rendu, malgré son absence, à Michael Moore, avec la projection de son nouveau documentaire "Where To Invade Next ?"

Après les coups de boutoir assénés à l'American way of life samedi par le  film de Matt Ross "Captain Fantastic", le travail de sape a continué au festival de Deauville avec l'humour grinçant de "Wiener-Dog" ("Le teckel", sortie en France le 19 octobre), le nouveau film, également en compétition, de Todd Solondz, 56 ans, déjà prix du jury à Deauville en 1995 pour "Bienvenue dans l'âge ingrat".
 
"Le teckel" est une chienne innocente et courte sur pattes qui va passer, bien malgré elle, de famille en famille. Elles sont toutes très différentes, mais ont le point commun de ne pas lui accorder le coussin douillet qu'elle mériterait.
"Wiener-Dog" de Todd Solondz, la bande-annonce


"Wiener-Dog", une "comédie très triste"

Elle va connaître sa première expérience traumatisante dans une famille  riche qui ira la chercher au refuge pour tenir compagnie à un petit garçon.
 
Mais si l'enfant est son complice, les parents ne vont pas supporter longtemps le peu d'aptitude au dressage et les occasionnels problèmes  intestinaux de l'animal qui fera plusieurs visites chez le vétérinaire, notamment pour une stérilisation puis pour une euthanasie. Heureusement la chienne va être sauvée par une employée et poursuivre son périple de foyer en foyer.
 
Todd Solondz, qui a sept longs métrages à son actif, dont "Happiness" en 1998,  prix de la critique à Cannes, avait prévenu - en français - avant la projection de sa dernière réalisation : "Tous mes films sont des comédies très tristes, si vous voulez rire c'est ok, sinon, c'est ok aussi."
"Where to Invade Next" de Michael Moore, la bande-annonce

Le sujet central : nous sommes tous mortels

En fait, on rit beaucoup devant les portraits caricaturaux de ces Américains, égoïstes, qui ont un moment la charge d'un animal, banal objet de consommation dont on finit par se débarrasser quand il commence à trop gêner.
 
Au milieu du film, le réalisateur a placé un interlude dans lequel, à l'aide de trucages, il fait traverser les États-Unis au teckel. En fond sonore, une chanson de musique country, selon laquelle "les pionniers sont arrivés en quête d'une vie meilleure, cherchant un foyer pour se reposer", sous-entendant  qu'ils n'ont pas tous réussi.
 
"Il y a une dimension politique dans ce film mais ce n'était pas mon intention première, le sujet central étant que nous sommes tous mortels, comme le montre la fragilité de ce chien", a-t-il expliqué au cours d'une conférence  de presse.
 
Si, comme Matt Ross dans "Captain Fantastic", Todd Solondz critique l'Amérique de façon détournée, tel n'est pas le cas de Michael Moore qui avec ses documentaires coups de poing, attaque de façon frontale. En dépit de son absence, pour raisons familiales, une rétrospective de ses films a eu lieu en soirée puis la projection de son nouveau film "Where To Invade Next".

Dans "Where To Invade Next", Michael Moore fait un tour d'Europe

"Un de ses grands talents est d'aller droit au but pour vous aider à comprendre les choses en profondeur" a déclaré Luc Jacquet, oscar du meilleur documentaire en 2006 pour "la marche de l'Empereur".

 Reportage : S.Gorny / G.Inol / P.Grandouiller / S.Ripaud



Dès 1989, caméra au poing, Michael Moore a attaqué le système avec "Roger et moi" dans lequel il dénonce des mesures de restructuration du Pdg de General Motors, Roger B. Smith. Suivront "The Big One", "Bowling for Columbine", pour lequel il obtient un oscar, "Fahrenheit 9/11", qui lui vaut la palme d'or à Cannes en 2004, Sicko et "Capitalism, a Love Story".
 
Son dernier film (sortie le 14 septembre) est un petit tour dans des pays européens dans lequel il vient planter le drapeau américain, prétendant avec humour les envahir pour récupérer leurs idées et pratiques. Il s'émerveille ainsi devant les conceptions sociales de patrons italiens, la qualité de la nourriture dans les cantines scolaires françaises, la pratique du devoir de mémoire en Allemagne, le confort des prisons norvégiennes, la place des femmes en Islande, la dépénalisation de la drogue au Portugal ... Il  rend aussi hommage à la jeune démocratie tunisienne.
 
Le festival de Deauville, qui présente 37 films, dont 14 en compétition, se  poursuit jusqu'au 11 septembre.