Coup de projecteur sur les frères Lumière au Grand Palais

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 06/04/2015 à 17H05, publié le 28/03/2015 à 11H14
Les frères Lumière au travail

Les frères Lumière au travail

© Kobal / The Picture Desk

À l'occasion du 120e anniversaire du tournage du premier film par Louis Lumière le 19 mars 1895, "Sortie de l’usine Lumière à Lyon", le Grand Palais organise, dans son salon d’honneur, une exposition consacrée aux frères Auguste et Louis Lumière, inventeurs du cinéma, du 27 mars au 14 juin 2015. Une merveille, tant l'invention du cinéma, par de multiples aspects, est sensible en France.

Reportage : P. Deschamps / F. Le Moal / P . Pinzelli / J. Pires
Les usines Lumière

Avant d’être les inventeurs du cinéma, Louis et Auguste Lumière sont issus d’une grande famille industrielle. Leur père, Antoine, né à Ormoy (Haute-Saône) était peintre et photographe, puis est devenu homme d’affaires. Après être passé par Paris, puis Lyon, il s’installe à Besançon, où naissent ses deux fils, Auguste en 1862, puis Louis en 1864. Il possède un atelier de photographe portraitiste, la photographie ne pouvant à l’époque être pratiquée que par des professionnels, en raison de la complexité du procédé. C’est un succès et il décide de revenir à Lyon avec sa famille, où son atelier est plébiscité par les Lyonnais qui pourront bientôt s’y procurer des plaques photographiques.

Pendant ce temps, Auguste et Louis suivent de brillantes études, pour chacun couronnées par un diplôme d’ingénieur. Antoine et ses fils se passionnent pour les améliorations à apporter au procédé photographique, afin d’en démocratiser la pratique. En 1881, Louis, à 17 ans, met au point un système de plaques dites "sèches", qui vont vite devenir "instantanées", permettant à tout un chacun de photographier. C’est une révolution et la réponse publique est immense. Antoine décide alors d’abandonner son atelier de portraitiste pour créer une fabrique artisanale de produits photographiques, dans le quartier Monplaisir de Lyon.

La rue du premier film

Les plaques instantanées, dites "étiquette bleues" en raison de leur boîte d’emballage, sont à l’origine de la fortune industrielle de la famille Lumière, dont les usines prennent de plus en plus d’ampleur. L’entreprise devient alors la première industrie photographique d’Europe, et la deuxième au monde, derrière l’américain Kodak. La société Lumière prospère jusqu’en 1982, quand elle devient Ilford France.

Antoine fait construire plusieurs villas, dont une à côté des usines. Elle abrite aujourd’hui le musée Lumière de Lyon. Il ne subsiste aujourd’hui du site industriel qu’un hangar, que l’on devine en arrière-plan dans le premier film réalisé par Louis en 1895, "Sortie de l’usine Lumière, à Lyon ". Le lieu est devenu depuis l’Institut Lumière, où se trouve une salle de cinéma et où se déroule un festival annuel dédié au cinéma patrimonial, où viennent les plus grands (Eastwood, Scorsese, Tarantino, Cimino… tous très émus et refilmant la "Sortie de l’usine Lumière, à Lyon" avec des personnalités du cinéma et des quidams). La rue y menant se nomme désormais rue du Premier film. Un endroit unique et incontournable pour les cinéphiles.

3000 figurants ont souhaité rejouer la "sortie de l'usine" tournée en 1895 par Louis Lumière à Lyon 

3000 figurants ont souhaité rejouer la "sortie de l'usine" tournée en 1895 par Louis Lumière à Lyon 

© France 3 / Culturebox

La première salle de l’exposition est consacrée à ce contexte industriel, avec une projection du premier film, au rythme d’images fixes qui, comme par magie, s’animent (comme lors des premières projections). La magnifique muséographie comprend de nombreux documents - photographies, brevets, lettres, tableaux, sculptures… et notamment une superbe maquette du site. Plus loin a été recréé le salon indien du Grand café, lieu de la première projection publique du cinématographe, le 28 décembre 1895. Tout l’environnement invite au rêve, jusqu’aux plafonds.

Inventeurs

L’image fixe et animée passionnent tant le père que ses deux fils. Surtout Louis, qui se spécialise dans l’optique, Auguste se penchant plus sur la chimie. En photographie les deux domaines sont complémentaires. Lors d’un voyage à Paris en 1894, Antoine Lumière découvre le Kinétoscope mis au point par l’Américain Thomas Edison. L’appareil permet de visionner individuellement des images animées filmées sur pellicule – inventée par Kodak. Enthousiaste, Antoine, de retour à Lyon, pousse ses fils à trouver le moyen de pouvoir projeter sur écran ces vues animées, pour un spectacle collectif et non individuel.

Après plusieurs mois de recherches, Louis et Auguste mettent au point un appareil permettant à la fois de filmer, de tirer des copies et de les projeter : le cinématographe est né. La première projection, confidentielle, à lieu le 22 mars 1895 à Paris, puis une représentation publique, payante, est organisée le 28 décembre 1895 dans le salon indien du Grand café, dans le 9e arrondissement de Paris, devant 33 spectateurs. Le triomphe est immédiat et des milliers de personnes défileront dans la petite salle. La suite n’est qu’histoire.
Le Cinématographe-Type Lumière équipé pour la prise de vue, vers 1896

Le Cinématographe-Type Lumière équipé pour la prise de vue, vers 1896

© DR

Malgré ce formidable succès, le cinéma n’intéresse pas plus que cela, selon leurs dires, les Lumière. À leurs yeux, il se résume à une performance technologique. Ce pourquoi ils se passionnent, c’est la photographie en couleurs sur laquelle Louis et Auguste travaillaient quand leur père leur demanda de travailler sur les images animées. Leurs recherches aboutiront en 1903, avec les autochromes, des clichés sur verre aux teintes merveilleuses, dont le procédé est fondé sur une réaction chimique à base de fécule de pomme de terre. Ils créent par ailleurs le Photorama, d’immenses paysages photographique à 360° qui englobent le regard du spectateur.
Fin d’après-midi en famille en 1910 à La Ciotat (avec Louis Lumière) - Plaque  Autochrome Lumière

Fin d’après-midi en famille en 1910 à La Ciotat (avec Louis Lumière) - Plaque  Autochrome Lumière

© DR

Les deux génies mettront au point, dans un autre domaine, un pansement contre les brûlures, le "tulle gras", inventé durant la Première Guerre mondiale et qui sauvera des milliers de soldats. Toujours dans le domaine médical, Auguste réalise les premières radiographies à Lyon en 1898. Louis et Auguste  déposeront des centaines de brevets d’inventions. Mais ils deviennent estampillés "inventeur du cinéma" lors de l’exposition universelle 1900 à Paris, où ils projettent sur un écran de 21 mètres de large et 16 de haut leurs films, visibles des deux côtés de la toile, accueillant jusqu’à 25 000 personnes par séance.

Le pré-cinéma

Le cinématographe est loin d’être une invention spontanée. Une deuxième salle de l’exposition est consacrée aux recherches qui ont conduit à son aboutissement. Elles débutent au XVIIe siècle avec la lanterne magique, un projecteur permettant de visualiser collectivement des images fixes peintes sur verre, grâce à une source lumineuse et une lentille.
Une lanterne magique jouet, fin XIXe siècle

Une lanterne magique jouet, fin XIXe siècle

© Jacky Bornet
Le procédé ne cessera d’évoluer jusqu’au XXe siècle, avec des techniques et modes narratifs divers : commentaires écrits et parlés, musique, bruitages, animation sommaire, jusqu’à la fantasmagorie, dont Robertson est le chantre au lendemain de 1789. Il mêlait lanterne magique et projection d’acteurs sur écran de fumée via des miroirs sans teint, pour faire apparaître des spectres. Les figures sur les toiles depuis 1895 ne sont-elles pas assimilables à des fantômes ? De nature transparente sur la pellicule, elles sont lumineuses une fois projetées. De plus, combien de défunts ainsi maintenus en vie ?
Spiritisme à la Robertson au Théâtre Robert Houdin

Spiritisme à la Robertson au Théâtre Robert Houdin

© Emile Tourtain

Mais le mouvement ? Celui-ci est déduit de la persistance rétinienne, découverte par Léonard de Vinci à la Renaissance. Elle comble le vide entre deux images fixes dans le cerveau de façons diverses. Le plus rudimentaire des systèmes est le Thaumatrope (1823) constitué d’un disque imprimé sur les deux faces de deux images qui s’animent une fois mises en mouvement grâce à deux cordelettes. Jouet optique, bien d’autres viendront, de plus en plus sophistiqués : le Phénakistiscope (1832) le Zootrope (1834)… Le Praxinoscope d’Emile Reynaud en 1877 aboutira au théâtre optique pour lequel il invente l’ancêtre de la pellicule avec projection de dessins peints sur le support transparent, et animés par un système de manivelles. Il créé ainsi ses Pantomimes lumineuses qui rencontreront un succès considérable au Musée Grévin, à Paris.

Un pas de géant est effectué avec Emile-Jules Marey et sa Chronophotographie, à la fin du XIXe siècle. Médecin passionné par l’analyse du mouvement, il s’inspire des travaux du photographe Anglais Aedwaerd Muybridge. Marey met alors au point son fusil photographique en 1882 qui permet d’enregistrer douze images en une seconde. Marey perce ainsi le mystère du vol des oiseaux, celui du galop du cheval, de la physiologie du mouvement en général, invisible à l’œil nu, afin d’en comprendre les différentes étapes. L’appareil de Marey, dont une reproduction est exposée au Grand Palais, donnera les bases du mécanisme de la caméra future. Son "Homme qui marche" orne aujourd’hui l’entrée de la Cinémathèque française.

Enfin, l’étape décisive vient de l’Américain Thomas Edison, le Kinétoscope, en 1891. C’est d’ailleurs la rencontre entre Marey et l’inventeur étasunien qui va orienter ses recherches sur la Chronophotographie sur pellicule souple. Son système suppose un appareil d’enregistrement des images, le Kinétographe, et une visionneuse, le Kinétoscope, destiné à un spectateur unique. Le succès est considérable et les machines pullulent aux États-Unis. Il suffit au spectateur d’insérer un nickel (plus petite unité de monnaie en Amérique) dans la machine pour voir combats de boxe, danses indiennes, toutes sortes de vues de quelques secondes, d’où le surnom donné à ces machines : "Nickelodéon". L’exposition offre bien sûr le loisir d’en faire l’expérience. Voyage dans le temps.

Les Lumière vont faire la synthèse de toutes ces étapes pour en déduire le cinématographe. À partir de 1895, le Kinétoscope devient obsolète et disparaît progressivement. Edison enrage et mettra des bâtons dans les roues aux frères Lumière pour exploiter leur invention, leur interdisant ainsi d’envoyer des preneurs de vues aux États-Unis. La compétition est rude car les enjeux financiers sont énormes. Nombre d’Américains considèrent encore aujourd’hui que l’invention du cinéma revient à Edison. Il n’en reste pas moins qu’on lui doit l’usage de la pellicule souple au format 35 mm, qui perdurera pendant des années, étant devenu universel par convention lors d’un congrès international des cinéastes présidé par Georges Méliès en 1903. Relevons toutefois qu’Edison n’en est pas l’inventeur, puisqu’elle revient aux laboratoires Kodak.
Naissance du spectacle cinématographique

Pour les Lumière, l’intérêt du cinéma réside dans son caractère scientifique, technologique. Ils vont pourtant rapidement constituer des équipes de preneurs de vues (dès janvier 1896), ancêtres de nos reporters d’images contemporains, envoyés aux quatre coins du monde pour, comme le dira plus tard Bertrand Tavernier, "offrir le monde au monde". Parmi quelques géants fondateurs : Constant Girel, Marius Chapuis, Félix Mesguich, ou Gabriel Veyre. Ils rapportent des images exotiques du Japon, de Russie, d’Indonésie (alors colonie française), d’Afrique (également largement colonisée par la France), des États-Unis…
Le directeur de prises de vues Gabriel Veyre : autoportrait à Casablanca en 1908 – Plaque Autochrome Lumière

Le directeur de prises de vues Gabriel Veyre : autoportrait à Casablanca en 1908 – Plaque Autochrome Lumière

© Collection Jacquier-Veyre

Mais si l’aspect documentaire prime dans les productions Lumière, très vite intervient la fiction. Ainsi "L’Arroseur arrosé (1895) constitue la première comédie jamais réalisée, par Louis Lumière. D’autres viendront.
"L'Arroseur arrosé" (1895) des frères Lumière
Autre aspect moins connu, l’intérêt des inventeurs, sous l’influence de leur père, pour la peinture impressionniste qui a un grand impact sur leurs réalisations. Ainsi les sujets rattachés aux bords de mer et rochers renvoient à Monet, les scènes de famille et d’enfants, font écho à Auguste Renoir ; dans les différentes "Parties de cartes", la composition du plan, la disposition des personnages font explicitement référence au célèbre tableau de Paul Cézanne. D’ailleurs, des témoignages de spectateurs de l’époque insistent plus sur le spectacle reconstitué du mouvement et du reflet solaire des feuilles dans les arbres, qu’à l’action elle-même.
La Partie de cartes, Louis Lumière, 1896

Le catalogue des films Lumière, composé de 1422 films au total, est aujourd’hui entièrement disponible et précieusement conservé. 150 d’entre eux viennent d’être restaurés en numérique et seront disponibles sous peu en DVD et Blu-Ray. L’exposition comporte à ce titre un impressionnant et magnifique mur où sont projetés simultanément sous forme de vignettes tous les films Lumière : une performance. Superbe.
Affiche pour le cinématographe Lumière par Brispot (1896)

Affiche pour le cinématographe Lumière par Brispot (1896)

© DR
Les héritiers directs

Suite au succès immédiat et à l’émerveillement que suscite le cinématographe en 1895, des contemporains se faufilent dans la brèche. Le premier d’entre eux : Georges Méliès, prestidigitateur et lanterniste (projeteur de lanterne magique), le magicien est fasciné par le cinématographe. Son bureau se trouve à l’étage au-dessus de celui de la famille Lumière à Paris, boulevard des Italiens. Ils se connaissent et lors d’une rencontre dans les escaliers de l’immeuble, Louis lui glisse dans l’oreille de se rendre au Grand café le 28 décembre, où il verra "sûrement quelque chose qui l’intéressera". Méliès assiste à la deuxième projection du jour et en sort retourné. Il voit dans le cinéma la possibilité de répéter à loisir ses tours, avec le même émerveillement. Harcelant les Lumière de lui vendre leur caméra, ils lui répondent, selon la légende, que leur invention n’a aucun avenir. Le magicien s’embarque alors pour l’Angleterre où le photographe Robert William Paul travaille sur une caméra. Il lui achète et de retour à Paris l’améliore, déposant même un brevet.

On connaît la suite : l’invention des trucages de cinéma, les centaines de chefs-d’œuvre du catalogue Méliès, dont beaucoup sont perdus, le pillage de son inventivité par ses contemporains, sa ruine en 1914 et sa réhabilitation dans les années 30. Si Méliès est considéré par ailleurs comme l’inventeur de la mise en scène au cinéma, c’est en raison de l’extrême sophistication qu’il lui apporte, alors que l’embryon en existe déjà chez les Lumière. Pialat dira d’ailleurs des films Lumières, que ce qui l’émerveille, c’est leur caractère "fantastique", lui, et eux, si investis dans le réalisme. Paradoxe justifié par une recréation, l’illusion, les fantômes de l’écran.

D’autres s’engouffrent dans la nouvelle manne. Le premier est Léon Gaumont, dont on fête également cette année les 120 ans de la firme à son nom, lors d’une prochaine exposition au Centquatre à Paris. Plus intéressé par la technique que la réalisation, il se trouve sous la pression des acheteurs de ses appareils. Ils lui demandent des films. Il confie alors la mise en scène des premières bandes Gaumont à Alice Guy, "Mademoiselle Alice" qui devient du même coup la première réalisatrice de films. 200 comédies, mélodrames et autres saynètes s’enquillent, jusqu’au tournage en 1906 de "La Vie du Christ" qui comporte 25 décors et fait intervenir 300 figurants. Ambitieux. Léon Gaumont sera d’autre part à l’origine du Gaumont Palace, place Clichy à Paris, en 1911, pendant longtemps le plus grand cinéma du monde (4670 places) et détruit en 1973. Mythique.
"La Vie du Christ" (1906), Alice Guy : extrait

Autre acteur déterminant de ce cinéma dit "primitif" : Charles Pathé. Après avoir présenté dans les fêtes foraines le Phonographe d’Edison, il importe en France le Kinétoscope de l’inventeur. Il le fait améliorer pour permettre à quatre spectateurs, et non plus un seul, d’observer les vues, mais met au point également un appareil permettant d’enregistrer et de projeter des images animées. En 1886, Pathé met en vente des Kinétographes Pathé et passe en trois ans d’exploitant forain à industriel sous le nom de Pathé frères. La production de films commence en 1899, avec des bandes signées par son employé Ferdinand Zecca qui réalisera notamment "Histoire d’un crime", grand succès, et de nombreux remakes de films de Méliès.
"Histoire d'un crime" de Ferdinand Zecca (1906)
Charles Pathé n’aura d’ailleurs jamais de cesse d’attirer l’inventeur des trucages dans ses studios. Mais ce dernier n’acceptera jamais, trop jaloux de son indépendance, jusqu’à sa ruine. En 1905, Pathé ouvre un studio à Vincennes et prend notamment un autre suiveur de Méliès à ses services, Gaston Velle.

Ce cinéma "primitif" est uniquement exploité sur les fêtes foraines, les exploitants itinérants achetant les films au mètre. La première salle de cinéma, en dur, au monde, uniquement destinée à la projection de films est encore une initiative des Lumière, inaugurée à Lyon le 25 janvier 1896. Puis c’en est une autre à Paris, boulevard Saint-Denis, et à La Ciotat, lieu de villégiature de la famille Lumière, sous le nom L’Eden, qui vient d’être restaurée. 

Le cinéma en mouvement perpétuel

Depuis le pré-cinéma jusqu’à aujourd’hui, le 7e art n’a jamais cessé d’évoluer. Qualité des émulsions, colorisation (à la main – 1901), ajout du son (1927), de la couleur (1935), du format scope (1953), des images de synthèse (1982), du support numérique (2000) avec ses améliorations (2K, 4K), ou le procédé d’enregistrement et de sonorisation des salles, d’abord en Dolby dans les années 80, puis en Dolby Atmos en 2012. Le format IMAX est également à souligner, apportant un progrès dans la définition de l’image très grand format et du son. Sans oublier la projection semi-sphérique du type Géode.

Le relief a été assurément une des premières préoccupations des cinéastes. Les frères Lumière ont mis au point un procédé avec lunettes dès 1935. Ils tournent à cette occasion un remake du célèbre "Entrée en gare d’un train en gare de la Ciotat" (1896) avec leur dernière invention. D’autres ingénieurs français se pencheront sur la question, sans vraiment de résultats probants. Il faut attendre les années 50 à Hollywood pour voir fleurir des films en relief, les studios voulant avant tout concurrencer la télévision. Il s’agit la plupart du temps de films de série B, fantastiques ou de science-fiction, le plus célèbre étant "L'Etrange créature du lac noir" (1954) de Jack Arnold. Sa récente restauration a démontré l’efficacité bluffante du procédé.
"l'Etrange créature du lac noir": la bande-annonce

En 2009, "Avatar" de James Cameron révolutionne la 3D au cinéma en devenant le plus grand succès du cinéma mondial. Le film provoque une généralisation des productions 3D. Pas seulement pour les films d’animation ou les blockbusters, très friands du procédé, celui-ci étant adopté par Wim Wenders pour "Pina" (2011), documentaire sur la chorégraphe Pina Baush, ou Jean-Luc Godard dans son ésotérique "Adieu au langage" (2014).
La bande-annonce d'"Avatar" (2009)

Il s’agit toutefois très souvent de faux relief. Le coût de réalisation réclame en effet deux caméras et des temps de filmage élevés. Les films sont alors réalisés en 2D, puis "gonflés" par procédé numérique. Même chose pour des films datant d'avant 2009, tels "Star Wars épisode 1 : la menace fantôme" dont la 3D est à peine perceptible, ou "L’Étrange Noël de Monsieur Jack". Rares sont les films tournés en vrai relief, ou alors seules quelques scènes relèvent du cru.

Les recherches portent aujourd’hui sur un système de cinéma en 3D sans lunettes. Une entreprise française, Alioscopy, est à la pointe dans ce domaine, très fortement concurrencée par James Cameron, passionné par le relief aux États-Unis. Le film en relief de 1935 des frères Lumière revisité par Alioscopy est visible dans la dernière salle de l’exposition, qui évoque le numérique, et où sont également exposées les caméras de Claude Lelouch qu’il a toutes conservées, ou des photographies de William Klein en phase avec le cinéma.
"L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat" (1896) des frères Lumière

Le tournage et la projection en numérique, par ailleurs indispensables pour la 3D, est l’avancée technologique majeure de ces dernières années. En résulte une dématérialisation du support : plus de bobines de films, mais une carte numérique lue par un ordinateur, voire via la connexion à un serveur. Plus d’un réalisateur reste cependant attaché à la pellicule 35 mm argentique (Quentin Tarantino), pour sa définition, son grain, sa texture. Mais comme le dit Thierry Frémaux, l’un des deux commissaires de l’exposition avec Jacques Gerber, "Si la technique a changé, l'esprit reste le même". La lumière des Lumière est au Grand Palais.
Expo "Lumière le cinéma inventé" : le teaser

Lumière ! Le cinéma inventé
du 27 mars eu 14 juin 2015
Grand Palais, Salon d’honneur
Square Jean Perrin, Paris 8e  -  M° Franklin D. Roosevelt ou Champs-Élysées Clémenceau
Dimanche et lundi : de 10h00 à 20h00
Mercredi, jeudi, vendredi, samedi : de 10h00 à 22h00
Fermé le mardi