Berlinale : l'Ours d'or pour le documentaire sur les réfugiés "Fuocoammare" de Gianfranco Rosi

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/02/2016 à 09H42, publié le 21/02/2016 à 09H36
Gianfranco Rosi reçoit l'ours d'or 2016 à la Berlinale, février 2016

Gianfranco Rosi reçoit l'ours d'or 2016 à la Berlinale, février 2016

© JENS KALAENE / DPA

Le Festival de cinéma de Berlin a décerné samedi son Ours d'or à un documentaire sur les réfugiés à Lampedusa, "Fuocoammare", envoyant un message politique au moment où l'Europe cherche coûte que coûte à réduire l'afflux des migrants. La Berlinale est un festival de cinéma traditionnellement immergé dans l'actualité politique et la défense des droits de l'Homme

Ce documentaire italien ("Feu en mer", en français) relate le sort des réfugiés qui débarquent en provenance des côtes d'Afrique du Nord sur l'île italienne de Lampedusa. Brut, sans voix off ni commentaires, "Fuocoammare" raconte en parallèle le quotidien des habitants -en particulier celui d'un jeune garçon, Samuele- et celui de ces milliers de migrants qui y arrivent en bateau dans des conditions catastrophiques et dont beaucoup perdent la vie.

"En ce moment, toutes mes pensées vont à tous les gens qui ne sont jamais arrivés à Lampedusa pendant ce voyage de l'espoir" qu'ils avaient entamé, a déclaré le réalisateur, Gianfranco Rosi, après avoir reçu son prix, qu'il a dédié aux "gens de Lampedusa". Il s'en est pris aux politiques suivies par des gouvernements européens visant à réduire l'entrée des migrants. "Les murs et les clôtures ne marchent jamais, elles ne résistent jamais", a-t-il mis en garde. "J'espère apporter une prise de conscience, il n'est pas normal que des gens meurent en traversant la mer pour échapper à des tragédies", a estimé Gianfranco Rosi, qui, pour "Fuocoammare" ("Fire at sea"), a passé près d'un an à Lampedusa, petit morceau de terre de 20 km2 situé entre Malte et la Tunisie.
"Fuocoammare" de Gianfranco Rosi, la bande-annonce
La présidente du jury de la Berlinale l'actrice américaine Meryl Streep a dit que les jurés avaient été "bouleversés" par un documentaire qui "allie la critique à l'art et la nuance". Ce film "va au coeur de ce qu'est la Berlinale", a-t-elle poursuivi, soulignant que le film réussissait parfaitement un mélange "hybride" entre des scènes prises sur le vif et des histoires racontées. 

Cinéaste bourlingueur formé aux Etats-Unis, Gianfranco Rosi a assuré s'être "immergé" dans la vie de Lampedusa. Il a accompagné des garde-côtes secourant des bateaux en détresse, après avoir reçu des appels à l'aide par radio, montre les opérations au cours desquelles des hommes masqués et en combinaison blanche évacuent un à un les réfugiés et les cadavres de bateaux bondés. Il donne à voir l'arrivée de ces migrants, accueillis dans des centres et assistés médicalement. Gianfranco Rosi avait déjà reçu le Lion d'or à Venise en 2013 pour le  documentaire "Sacro GRA" consacré aux personnes vivant près du périphérique romain.

La Berlinale est un festival de cinéma traditionnellement immergé dans l'actualité politique et la défense des droits de l'Homme. En 2015, l'Ours d'or était revenu à "Taxi Téhéran" du cinéaste dissident iranien Jafar Panahi, tourné clandestinement en Iran.
L'acteur Tunisien Majd Mastoura reçoit l'ours d'argent pour le film Hédi

L'acteur Tunisien Majd Mastoura reçoit l'ours d'argent pour le film Hédi

© TOBIAS SCHWARZ / AFP
L'Ours d'argent du meilleur réalisateur a été décerné à la cinéaste française Mia Hansen-Love, 35 ans, pour "L'Avenir", son cinquième long-métrage, qui narre l'histoire d'une enseignante de philosophie, interprétée par la Française Isabelle Huppert, confrontée à une liberté nouvelle lorsque son mari la quitte. 

L'Ours d'argent saluant le meilleur interprète masculin est allé au  Tunisien Majd Mastoura pour son interprétation dans "Hédi" de Mohamed Ben Attia, première production arabe en compétition à la Berlinale en 20 ans, une histoire d'amour et d'émancipation au lendemain la révolution de 2010-2011. Majd Mastoura a rendu hommage au "peuple tunisien" et aux "martyrs de la révolution" en Tunisie en recevant son prix.
Trine Dyrholm reçoit l'ours d'argent de la meilleure actrice pour son interprétation dans 'Kolektivet" de Thomas  Vinterberg, sur l'histoire d'une communauté dans les années 70. 

Trine Dyrholm reçoit l'ours d'argent de la meilleure actrice pour son interprétation dans 'Kolektivet" de Thomas  Vinterberg, sur l'histoire d'une communauté dans les années 70. 

© KAY NIETFELD / DPA
L'Ours d'argent récompensant la meilleure actrice est allée à la Danoise Trine Dyrholm pour son rôle dans "Kollektivet" ("The Commune") de Thomas Vinterberg, sur l'histoire d'une communauté dans les années 70. L'actrice, âgée de 43 ans, de "Festen" et de "Royal Affair" y interprète une femme trompée au bord du gouffre.

Le jury a mis à l'honneur le cinéma asiatique. Le prix Alfred-Bauer, récompensant "un film qui ouvre de nouvelles perspectives dans l'art cinématographique", est revenu à "Hele Sa Hiwagang Hapis" ("Une berceuse au mystère douloureux") du cinéaste philippin Lav Diaz, oeuvre ambitieuse en noir et blanc de plus de huit heures sur l'histoire des Philippines à la fin du XIXe siècle.

Le palmarès de la 66e Berlinale

- Ours d'or du meilleur film : "Fuocoammare", de Gianfranco Rosi (Italie),
- Grand prix du jury, Ours d'argent : "Smrt u Sarajevu/Mort à Sarajevo", de Danis Tanovic (Bosnie-Herzégovine),
- Ours d'argent du meilleur réalisateur : Mia Hansen-Love pour "L'avenir" (France),
- Ours d'argent de la meilleure actrice : Trine Dyrholm pour "Kollektivet" ("The Commune", "La Communauté") de Thomas vinterberg (Danemark),
- Ours d'argent du meilleur acteur : Majd Mastoura pour "Hedi", de Mohamed Ben Attia (Tunisie),
- Ours d'argent de la meilleure contribution artistique : le caméraman Mark Lee Ping-Bing pour "Chang Jiang Tu" ("Courant contraire"), de Yang Chao (Chine),
- Ours d'argent du meilleur scénario : "Zjednoczone Stany Milosci" ("Les Etats-Unis de l'amour"), de Tomasz Wasilewski (Pologne),
- Prix Alfred Bauer, en mémoire du fondateur du festival pour un film qui ouvre de nouvelles perspectives : "A Lullaby to the sorrowful mystery" ("Une berceuse pour le triste mystère"), de Lav Diaz (Philippines),
- Prix du Meilleur premier film : "Hédi", de Mohamed Ben Attia (Tunisie),
- Ours d'or du meilleur court métrage : "Balada de um Batráquio" (La balade d'un batracien" de Leonor Teles (Portugal),
- Ours d'argent du court métrage : "A man returned" ("Un homme revient"), de Mahdi Fleifel (Grande-Bretagne).