Abbas Kiarostami : "Une oeuvre qui fera date" pour Jean-Claude Carrière

Par @Culturebox
Mis à jour le 05/07/2016 à 15H10, publié le 05/07/2016 à 14H58
Abbas Kiarostami en 2002

Abbas Kiarostami en 2002

© Paul Cooper / Shutterstock / SIPA

L'oeuvre du réalisateur iranien Abbas Kiarostami, décédé lundi, "fera date" pour son ami le scénariste, dramaturge et écrivain Jean-Claude Carrière, pour qui l'auteur du film "Le Goût de la cerise" "a produit un cinéma à la fois personnel et nouveau", "très suivi" par les réalisateurs en Iran.

Quel a été le principal apport d'Abbas Kiarostami au cinéma ?

Les premiers films qui ont attiré notre attention sont "Le Pain' et la rue" (1970), "Où est la maison de mon ami ?" (1987) et "Close Up" (1990).  J'ai vu ces trois films presque en même temps avec quelques amis, dont Jean-Luc  Godard. Nous étions tous très surpris par ce cinéaste qui arrivait d'Iran et qui parvenait à nous révéler des choses sur le cinéma qui n'avaient jamais été dites auparavant. C'est comme si un cinéma d'auteur nouveau apparaissait. Il a par la suite été très suivi en Iran qui est devenu un grand pays de cinéma.
 
Parmi ses films les plus importants, il y a bien sûr "Le Goût de la cerise", "Au travers des oliviers", mais il faudrait tous les citer. Quand ses  films sont apparus dans les années 1980, nous avons été nombreux à nous dire : "Voilà un auteur de films qui vient à notre secours", comme s'il était venu  nous dire que le cinéma d'auteur n'était pas mort. Il arrivait avec une oeuvre qui fera date dans l'histoire du cinéma. 

Quelle est la singularité de son oeuvre, un mariage entre réel et poésie ?

Il y a dans ses films une dimension très personnelle, un regard sur son pays, sur les pays où il a tourné et aussi sur le monde.
 
Ce n'est pas un documentariste, toutes ses histoires sont inventées, mais  il a toujours tourné en décors naturels. Il nous a, en particulier, beaucoup  appris sur la façon de tourner dans une voiture, comme dans "Le Goût de la cerise".
 
En Iran, prendre le volant d'une voiture et partir était une image de liberté. C'était presque s'enfermer dans une voiture pour avoir la sensation d'être libre, il a beaucoup parlé de cela dans ses films.
 
Je me souviens de son arrivée à Cannes en 1997 quand il s'est présenté seul pour monter les marches et qu'il a remporté la Palme, c'était un très beau  geste. Il était loin de ce qu'on appelle "le cinoche". Il est parvenu avec peu  de moyens, des techniciens qui étaient toujours les mêmes, à produire un cinéma  à la fois personnel et nouveau." 

Au-delà du cinéma, c'était un artiste total ?

Oui. Il ne faut pas oublier aussi que c'était un remarquable  photographe, un bon poète. Avec mon épouse Nahal Tajadod, qui est Iranienne, nous avons traduit certains de ses textes. C'était un artiste complet mais qui  ne se définissait pas comme un artiste. Il avait une très grande dignité, un regard à la fois chaleureux et très intérieur sur les choses.
 
J'aimais beaucoup chez lui son attitude ferme, intangible en ce qui concerne ses convictions politiques et en même temps son amour profond pour son pays.
 
Ce qui était formidable avec lui, c'était sa volonté de ne pas quitter l'Iran alors que ses films n'y sont plus projetés depuis vingt ans.
 
Il a dû tourner à l'étranger, en Italie, au Japon, pour réaliser des films tels qu'il les souhaitait, mais il s'est toujours considéré comme Iranien. Malgré beaucoup de propositions, il n'a jamais voulu vivre à l'étranger.