Ettore Scola, l'un des maîtres du cinéma italien, est mort à 84 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/01/2016 à 18H29, publié le 19/01/2016 à 23H18
Le réalisateur italien Ettore Scola lors du dernier festival de Rome en octobre 2015

Le réalisateur italien Ettore Scola lors du dernier festival de Rome en octobre 2015

© TIZIANA FABI / AFP

Le cinéaste italien Ettore Scola, réalisateur notamment d'"Une journée particulière" ou de "Nous nous sommes tant aimés", est mort mardi à la polyclinique de Rome. Il avait 84 ans. Jeudi, un hommage public lui sera rendu à Rome.

Selon les médias italiens citant des sources hospitalières, le "maestro" avait été admis au service de chirurgie cardiaque de la polyclinique de Rome, l'un des plus grands hôpitaux de la capitale italienne, où il était dans le coma depuis dimanche.

Le chef du gouvernement italien Matteo Renzi a aussitôt fait part de sa tristesse après la mort de ce "maître dans l'art d'observer avec acuité l'Italie, sa société et ses changements".

Récit : N. Lemarignier, A. Uzan, J. Mimouni, E. Delagneau, A. Locascio et G. Liaboeuf


Ettore Scola, né le 10 mai 1931, était considéré comme l'un des derniers grands maîtres du cinéma italien, réalisateur de chefs-d'œuvre mettant en scène Marcello Mastroianni, Sophia Loren, Vittorio Gassman ou Nino Manfredi, chroniqueur affûté et passionné de la société italienne, des années sombres du fascisme à la crise d'identité du début du XXIe siècle .

Sophia Loren et Marcello Mastroianni dans "Une journée particulière", l'immense chef d'oeuvre d'Ettore Scola

Sophia Loren et Marcello Mastroianni dans "Une journée particulière", l'immense chef d'oeuvre d'Ettore Scola

© ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12

Né le 10 mai 1931, Ettore Scola a grandi à Rome. Il commence à écrire des scénarios dans les années cinquante avant de passer de l'autre côté de la caméra en 1964 avec son premier film "Si vous permettez, parlons de femmes". Il met alors en scène les plus grands acteurs de l'époque, Gassman, Mastroianni et Manfredi, qu'il dirigera dans plusieurs autres chefs-d'oeuvre.

L'un des ses films les plus importants viendra dix ans plus tard, en 1974, avec "Nous nous sommes tant aimés", qui met en scène Manfredi, Gassman et Stefano Satta Flores, tous amoureux de la sublime Stefania Sandrelli.

Trois ans plus tard, en 1977, viendra "Une journée particulière", film plus politique et d'une extraodinaire sensibilité où l'on suit Marcello Mastroianni et Sophia Loren se découvrant l'un l'autre dans un amour naissant mais impossible, sur fond de fascisme triomphant. On se souvient d'une scène d'anthologie sur une terrasse, entre des draps qui sèchent. Le film recevra le César du meilleur film étranger.

Un précédent film de Scola, "Drame de la jalousie" (1970) avait déjà valu à Marcello Mastroiani de remporter la palme du meilleur acteur au festival de Cannes.

Un maître de la comédie très "politique"

Ettore Scola était le plus "politique" des maîtres de la comédie italienne, a commenté mardi soir le critique de cinéma du quotidien Corriere della Sera, Paolo Mereghetti, sur la chaîne de télévision Sky TG24.

Ettore Scola avait rejoint le Parti communiste italien (PCI) d'Enrico Berlinguer et deviendra même ministre de la Culture d'un cabinet fantôme formé en 1989 par les dirigeants communistes italiens. "Il comprenait où allait l'Italie et peu de cinéastes ont eu cette lucidité", a ajouté Paolo Mereghetti. Plus récemment, il s'était rapproché du Parti démocrate.

Une filmographie d'exception

Parmi les films inoubliables du réalisateur italien : "Nous nous sommes tant aimés" (1974), "Affreux, sales et méchants" (1976), "Une journée particulière" (1977, César du meilleur film étranger), "Les Nouveaux Monstres" (1978), "La Terrasse" (1980), "'La Nuit de Varenne" (1982) ou "Le Bal" (1983, César du meilleur réalisateur, du meilleur film, de la meilleure musique)

En 1974, Scola avait réuni à l'écran Nino Manfredi et Vittorio Gassman dans "Nous nous sommes tant aimés".

L'hommage de sa ville

Rome et tous ses cinéphiles s'apprêtent à rendre hommage au réalisateur italien Ettore Scola à la Maison du cinéma  où le corps du "maestro", mort mardi soir à 84 ans, sera exposé jeudi et vendredi. "Il ne s'agit pas d'un enterrement, mais d'une fête,", a expliqué le président de cette institution, créée en 2004 et dont Ettore Scola était  l'un des piliers.
 
Il y avait d'ailleurs fêté ses 80 ans, et comptait bien y retourner pour ses 85 ans en mai prochain. "C'est pour cela qu'il faut parler de fête", selon Giorgio Gosetti, qui connaissait bien le réalisateur. L'hommage public débutera jeudi en milieu de matinée et prendra fin vendredi avec les témoignages de ses amis du cinéma  italien et d'ailleurs, a-t-il encore expliqué.

Nombreuses réactions

- "Ciao Ettore, nous t'avons tant aimé", a lancé sur Twitter l'acteur Alessandro Gassman, fils de Vittorio avec qui Scola a tourné plusieurs de ses chefs-d'oeuvre.

- Fleur Pellerin, ministre de la Culture, a salué mercredi dans un communiqué "un immense réalisateur" et "un ami de la France". "C'est l'une des plus grandes figures du cinéma italien des cinquante dernières années qui disparaît." Son œuvre est "aussi diverse" que "cohérente", souligne-t-elle. C'était "l'un des maîtres de la comédie à l'italienne", mais aussi un "cinéaste engagé" qui a "filmé le peuple italien, les soubresauts de l'Histoire et de la politique comme nul autre, et porté un regard d'une rare lucidité sur la société italienne de son époque".

- Dario Franceschini, ministre italien de la Culture, a salué sur Twitter un "grand maître, un homme extraordinaire, resté jeune jusqu'au dernier jour de sa vie".


- L'actrice Stefania Sandrelli, qui joue dans le film "Nous nous sommes tant aimés", a fait part de son immense tristesse. "Si je devais choisir un mot entre tous, ce serait +nous+. Il m'a transmis la magie de faire les choses ensemble et quelles choses nous avons fait ensemble, quels films !"

Revoir "Le Bal" sur Pluzz