Trois chefs-d’œuvre de Coppola inédits enfin en DVD/Blu-Ray

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 18/11/2013 à 18H11
Francis Ford Coppola en 1969

Francis Ford Coppola en 1969

© Kobal / The Picture Desk

Dans l’ordre de nos préférences : « Coup de cœur » (1982), « Conversation secrète » (1974) et « Outsiders » (1983) sortent en DVD/Blu-Ray. A savoir : un film musical révolutionnaire, un récit d’espionnage atypique, Palme d’or à Cannes, et un nouveau traitement de l’adolescence au cinéma. Trois films jusqu’ici introuvables, enfin dans les bacs.

Coup de cœur
Rarement film n’aura aussi bien porté son titre. « Coup de cœur » est un chef-d’œuvre. Qualificatif dur à assumer, mais totalement justifié à plus d’un titre. Quand il réalise « Coup de cœur », Coppola sort de l’expérience éreintante d’« Apocalypse Now » : quatre ans de tournage en extérieur aux Philippines dans des conditions extrêmes avec à la clé la mise en hypothèque de sa maison pour boucler le budget. Il s’oriente alors vers un sujet plus léger, mis en scène dans ses nouveaux studios Zoetrope d’Hollywood. Demeure toutefois une même ambition. Cette fois, celle de réaliser un film musical sur une histoire simple, mais avec les moyens les plus sophistiqués. Comme « Apocalypse Now », le tournage va être suivi avec obsession par la presse, les retards s’accumulent et les folles rumeurs circulent. « Coup de cœur » sera finalement descendu par la critique qui passe totalement à côté des objectifs du metteur en scène, sorti ruiné de l’expérience.
"Coup de coeur" : la bande-annonce
Le « pitch » ? Un homme et une femme se séparent, vivent une aventure extra-conjugale, et se retrouvent.  La différence avec un mélo lambda émane en premier lieu de la musique signée par son ami Tom Waits, à tomber,  formidablement écrite, orchestrée et interprétée en duo avec Christal Gayle. Alors que l’action est dialoguée, ce sont les chansons qui racontent l’histoire, un parti pris inédit dans le film musical. Le génie, lui, vient de la mise en scène. Coppola fixe son action à Las Vegas et reconstitue la capitale du jeu en studio. Un défi relevé avec une beauté visuelle à l’écran, spectaculaire et sensible qui renoue avec les classiques d’Hollywood : « Chantons sous la pluie » ou « Un Américain à Paris ». Le processus de réalisation est inédit : assisté par ordinateur, avec pour la première fois un cinéaste derrière un moniteur pour corriger en direct sa mise en scène, sans à avoir attendre le développement des rushes. Une technique aujourd’hui commune, mais révolutionnaire en 1982.
"Coup de coeur" : jaquette du DVD

"Coup de coeur" : jaquette du DVD

© Pathé Vidéo
Les plus de 2h20 de bonus reviennent pour beaucoup sur ces innovations et complètent ce film d’une exceptionnelle émotion, avec un casting rare : Frederic Forrest, Terri Gar (craquante comme jamais), Nastassja Kinski (qui sortait tout juste de « Tess ») et Raul Julia. Une conversation entre Coppola et les étudiants de la Fémis est également de la partie (elle se retrouve dans les bonus de « Conversation secrète » et « Outsiders »). Film de mise en scène, d’une rare maestria, « Coup de cœur » est un des plus beaux films de son auteur. Très ancré dans l’esthétique des années 80, « Coup de cœur », malencontreusement qualifié par la critique de « méga-clip », est intemporel, une pure merveille.

Coup de coeur (One from the Heart)
de Francis Ford Coppola (Etats-Unis), avec : Frederic Forrest, Teri Garr, Raul Julia, Nastassja Kinski - 1h50 - 1982 
Ed. : Pathé Vidéo

Conversation secrète
« Conversation secrète » suit de deux ans « Le Parrain » (1972) qui a révélé Francis Ford Coppola au public. Si le film de 1974 remportait la Palme d’or la même année, le public était moins au rendez-vous. « Conversation secrète » s’inscrit dans une lignée de films tels que « Les Hommes du présidents » (Alan J. Pakula, 1976) ou « Les Trois jours du Condor » (Sydney Pollack, 1975). Avec un sujet sur l’espionnage basé sur les écoutes secrètes, le film dérive immédiatement du scandale du Water Gate qui obligera Richard Nixon à démissionner de son deuxième mandat. A la même époque, Ingmar Bergman sort « L’Œuf du serpent » sur le filmage secret au quotidien d’un couple allemand par les nazis, et précède de 32 ans « La Vie des autres » (Florian Henckel von Donnersmark, 2007) sur l’espionnage d’un couple d’intellectuels par la Stasi en Allemagne de l’Est en 1980. 
"Conversation secrète" : la bande-annonce
« Conversation secrète » ne suit pas l’histoire du Water Gate, mais le parcours d’un « plombier », comme on appelait les espions spécialistes des enregistrements sonores auprès de personnes lambda ou politiques. Les écoutes visent ici la première catégorie. La capture d’une conversation à priori banale entre deux amants, va s’avérer lourde de conséquence. Coppola nous entraîne dans l’analyse de son espion (Gene Hackman), obsédé par la technologie, comme Coppola peut l’être par ailleurs, qui ne s’intéresse pas au contenu, mais à la qualité technique de ses enregistrements. Il sera pris à son propre piège, après moult fausses pistes, et un épilogue terrible qui donne toute la portée du film. Une curiosité : la présence de Harrison Ford dans un de ses tout premiers rôles. Une enquête obsessionnelle qui s’ouvre sur la paranoïa, véritable enjeux du film : implacable.
"Conversation secrète" : jaquette DVD

"Conversation secrète" : jaquette DVD

© Pathé vidéo
Les nombreux suppléments, sur 1h40, de « Conversation secrète » sont principalement consacrés à des scènes alternatives, ou coupées au montage. On y trouve également des Interviews de David Shire (compositeur), et de Gene Hackman. Des essais pour le casting, notamment de Harrison Ford, sont de bonnes surprises, ainsi qu'une évocation de San Francisco, lieu de l'action. Coppola lit également le scénario, entre-autres des scènes non tournées. Une fin alternative, assez longue et inédite, constitue une cerise sur le gâteau non négligeable. 

Conversation secrète (The Conversation)
De Francis Ford Coppola (Etats-Unis), avec : Gene Hackman, John Cazale, Allen Garfield, Harrison Ford, terri Gar, Robert Duvall - 1h53 - 1974
Ed. : Pathé Vidéo

Outsiders
« Outsiders » suit en 1983 l’échec cuisant de « Coup de cœur » qui a coûté à Coppola son studio Zoetrope, obligé de se délocaliser de Hollywood à San Francisco.  Comme il le disait du temps de « Apocalypse Now », le réalisateur a envie de revenir à des productions plus modestes, voire expérimentales. Il choisit cependant un sujet fédérateur en lien avec la majorité des spectateurs allant au cinéma aux USA : la catégorie des 15-25 ans. Pour ce faire, il renoue avec la naissance du film de teenagers, signé Nicolas Ray : « La Fureur de vivre » (1956).
"Outsiders" : la bande-annonce
Au bout  du compte une démarche qui renouvelle le pari de « Coup de cœur » dans son optique de relier l’ancien à la modernité. D’autant que le sujet reposant sur le conflit entre deux bandes, renvoie à « West Side Story », autre film musical. Mais la référence majeure de « Outsiders » demeure « La Nuit du chasseur » (Charles Laughton, 1955), lors de la fuite des deux adolescents dans la campagne et leur refuge dans une église désaffectée, avec sa mise en images tout en référence aux contes, aux ambiances nocturnes en contre-jour et figurations animales. Les couchers de soleil flamboyants évoquent également pour beaucoup « Autant en emporte le vent ». Singulièrement pessimiste et paradoxalement plein d’espoir, « Outsiders » permit à Coppola de sortir d’une mauvaise passe, enchaînant sur un autre film autour de la jeunesse américaine, « Rusty James ».
Outsiders : jaquette DVD

Outsiders : jaquette DVD

© Pathé Vidéo
Comme pour « Conversation secrète » les bonus du film donne place aux scènes alternatives et coupées au montage. La composition du casting tient la première place, avec des acteurs comme Matt Dillon, Tom Cruise, Diane Lane, ou Patrick Swayze à leurs tout débuts. La partie de foot avec les acteurs est un peu longue, mais voir Dillon et Cruise taper dans le ballon contre une équipe féminine ne laisse pas indifférent. 

Outsiders (The Outsiders)
De Francis Ford Coppola (Etats-Unis), avec : Matt Dillon, Patrick Swayze, C. Thomas Howell, Rob Lowe, Emilio Estevez, Tom Cruise, Diane Lane - 1h31 - 1983
Ed. Pathé Vidéo

Les trois film sont également édités en coffret.