Faye Dunaway sublime dans “Portrait d’une enfant déchue”

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 22/02/2012 à 14H27
Faye Dunaway dans "Portrait d'une enfant déchue" de Jerry Schatzberg

Faye Dunaway dans "Portrait d'une enfant déchue" de Jerry Schatzberg

© Carlotta Films

Jerry Schatzberg, photographe, a notamment œuvré pour « Vogue ». Il réalise en 1970 son premier long métrage, "Portrait d’une enfant déchue" sur la déchéance d’un ancien mannequin vedette qu’interprète Fay Dunaway dans son premier grand rôle après "Bonnie and Clyde". Artisan du renouveau américain au tournant des années 60/70, Schatzberg devait remporter la Palme d’or à Cannes en 1973 avec "L’Epouvantail". L’affiche du dernier Festival de Cannes, où fut présentée la version restaurée de "Portrait" est une photo de Dunaway par Schatzberg. Comme l'affiche, le film est sublime.

L'histoire : Ancienne célébrité de mannequinat, Lou Andreas Sand s’est isolée dans une maison au bord de l’océan où elle tente de vivre autrement, en se consacrant à la poésie et à la sculpture. Abîmée par la dépression et les excès, elle reçoit la visite de son ami photographe Aaron Reinhardt. Il tente avec elle de faire le point sur sa vie...
 

Le film : Portrait d’une enfant déchue évoque avec merveille cette nouvelle émergence d’un cinéma américain qui prend le large par rapport aux conventions hollywoodiennes, tant dans ses sujets que la mise en scène. Construit tel un puzzle, le film ne suit aucune chronologie, mais des instants de vie émergeant au fil d’une conversation enregistrée entre le mannequin et un ami qui l’interviewe sur son passé et les raisons de son passage à vide, jusqu’à devenir une « has been », oubliée de ceux qui l’on autrefois adulée.

Jerry Schatzberg ne s’est jamais caché de s’être inspiré du destin du célèbre top model Ann Saint Marie qui, mis sur le bord de la touche, sombra dans une grave dépression. C’est ce passage du temps sur un être qui domine le film, non dans le creusement des rides sur un visage toujours lisse, mais dans le détachement par rapport à un modèle, un canon, qui d’un seul coup d’un seul passe à l’as, en laissant sur le bord du chemin, non sans mépris, ceux qui l’ont incarné.

Fay Dunaway dans "Portrait d'une enfant déchue" de Jerry Schatzberg

Fay Dunaway dans "Portrait d'une enfant déchue" de Jerry Schatzberg

© Carlotta Films

Difficile et âpre leçon de vie que traduit Portrait d’une enfant déchue, dans sa lumière solaire captée dans la maison sur la plage, lieu de la confession, et la froideur des studios de photo où le modèle traité comme un objet est modelé, trituré, dépersonnalisé, pour mieux le jeter, une fois consommé.

Bonus : Où l’on apprend que le film revient de loin, après sa découverte en 1970 et la ténacité de Pierre Rissien, qui aboutit à sa réhabilitation aujourd’hui, dans une interview de 13mn. Suivie d’un entretien de Jerry Schatzberg avec Michel Ciment sur la naissance du projet, l’élaboration, le tournage, le sens du film et l’époque (51 mn).


Portrait d’une enfant déchue
De Jerry Schatzberg (USA, 1970), avec : Faye Dunaway, Barry Primus, John Heffernan, Barry Morse, Roy Scheider - 1h44
Ed. : Carlotta films 

DVD (14,99 euros) et Blu-Ray (19,99 euros)