DVD : "Putty Hill", hymne à la vie dans l'adversité

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 11/04/2012 à 17H41
"Putty Hill" de Matt Porterfield

"Putty Hill" de Matt Porterfield

© Ed Distribution

Jeune cinéaste américain, Matthew Porterfield signe son deuxième long métrage avec Putty Hill dont le titre se réfère à un quartier banlieusard de Baltimore, où il a grandi comme son aîné John Waters qui se réclame également de la cité du Maryland.

L'histoire : Cory meurt d'une overdose d'héroïne dans une maison abandonnée de Baltimore. La veille de ses funérailles, sa famille et ses amis se réunissent pour partager leurs souvenirs. Dans leurs récits apparaît en filigrane le portrait d'une ville rongée par la pauvreté, les conflits générationnels et le désir partagé par tous de vivre, malgré tout, le rêve américain...

Le film : Etonnant de constater combien la ville natale de nombre de réalisateurs est à la source même de leur inspiration : Fellini avec Rome, Scorsese avec New York, Cronenberg avec Toronto, ou Guy Maddin avec Winnipeg. Docu-fiction, Putty Hill s’avère un curieux mélange où s’imbrique message social et poésie.

Organisé autour des funérailles en préparation d’un jeune garçon de la cité décédé d’overdose, Putty Hill ne traite pas des méfaits de la drogue sur une jeunesse désœuvrée, mais prend comme prétexte le drame pour brosser le portait d’une population confrontée à un désastre social contre lequel s’organise une solidarité presque à son insu, comme par instinct naturel. Aucune compassion n’est à l’ordre du jour, mais comme un constat qui passe vite au second plan : le sujet est ailleurs.

On le trouve dans cette galerie d’habitants d’une même communauté qui doit « faire avec », ou plutôt « sans », livrés à l’oubli et qui doit trouver sa ressource dans des alternatives de toutes sortes qui au final les rapprochent dans l’adversité et leur donnent en quelque sorte une identité qui se fait jour d’elle-même, une fierté.

"Putty Hill" de Matt Porterfield

"Putty Hill" de Matt Porterfield

© Ed Distribution

La compassion fait place à un respect profond, dont Matthew Porterfield se fait le porte-parole avec un tact dénué de tout voyeurisme ou atermoiement. Cela ne serait pas sans une mise en images dont la teneur naturaliste s’imprègne d’élégie ; dont l’apparence âpre se teint d’une suavité toute relative,  suspendue à une réalité contraignante surpassée. La photo de Jeremy Saulnier y est pour beaucoup quand il capte les rugosités d’un mur, l’ombre dans l’enchâssement d’une porte, d’une fenêtre, ou la création d’un tatouage.

Pour beaucoup improvisé dans ses dialogues et ses « faux interviews », Putty Hill respire une liberté de ton qui témoigne et recoupe celle de ses protagonistes, de leur affranchissement par rapport à une conjoncture inclinant à la vacuité, comblée par une force de vivre entretenue comme un travail à temps plein.

Jaquette de "Putty Hill" de Matt Porterfield

Jaquette de "Putty Hill" de Matt Porterfield

© Ed Distribution

Bonus : Un documentaire de 22 minutes dévoile la méthode de tournage très particulière de Matt Porterfield pour mettre en oeuvre un docu-fiction, genre très peu usité au cinéma. Comment le film est né de l'avortement d'un autre, lors du test avec la jeune actrice Sky Ferrara. La direction très feutré du cinéaste dans la conduite de ses faux interviews et l'implication de l'improvisation dans le tournage. Deux scènes coupées au montage complètent ce bonus.

Putty Hill
De Matthew Porterfield (Etats-Unis),
avec : Sky Ferreira, Cody Ray, Dustin Ray, James Siebor Jr. - 1h27
ED. : Ed Distribution
14,28 euros