"Terre battue" : Olivier Gourmet monte au filet

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Publié le 16/12/2014 à 17H41
Charles Merienne et Olivier Gourmet dans "Terre battue" de Stéphane Demoustier

Charles Merienne et Olivier Gourmet dans "Terre battue" de Stéphane Demoustier

© Les Films Velvet

Premier long métrage de Stéphane Demoustier, "Terre Battue" est coproduit par les frères Jean-Pierre et Luc Dardenne. Sur un sujet et un script original de son réalisateur, le film recoupe la thématique à dominante sociale du duo belge et donne le rôle principal à Olivier Gourmet, un de leurs acteurs fétiches. Là s'arrête les comparaisons, "Terre battue" ayant sa propre identité, forte.

La note Culturebox
4 / 5                  ★★★★☆

De Stéphane Demoustier (France/Belgique), avec : Olivier Gourmet, Valeria Bruni Tedeschi, Charles Mérienne, Vimala Pons - 1h35 - Sortie : 17 décembre 2014

Synopsis : Résolu à ne plus travailler pour d’autres, Jérôme  cherche à monter sa société coûte que coûte, et ce malgré les réticences de Laura, sa femme. Ugo, leur fils de 11 ans, joue au tennis et veut devenir champion. Pour cela, il lui faut intégrer le centre national d’entraînement, à Roland Garros. Comme son père, il est prêt à tout pour arriver à ses fins. Ensemble, Ugo et Jérôme vont apprendre qu’on ne peut pas contourner toutes les règles pour réussir.
"Terre battue" : la bande-annonce

Un casting au cordeau
Voir Olivier Gourmet à l'écran est un bonheur renouvelé. Ses rôles, souvent identifiés à une profession, sont fouillés, à forte personnalité, tout en restant ancrés dans un quotidien prégnant. En gros, le comédien incarne une "normalité" à laquelle il est aisé de s'identifier. Même constat pour Valérie Bruni Tedeschi, qui interprète son épouse bousculée par le délitement de son couple. Enfin, coup de chapeau au jeune Charles Mérienne, Ugo, leur fils unique, passionné de tennis, obnubilé par l'idée de rejoindre l'école national de la discipline, lui-même champion régional de ce sport.

La dimension sociale s'incarne dans le licenciement dont est victime Jérôme, directeur commercial d'une chaîne de magasins, métier qu'il adore, mais perdu en raison de la personnification d'une vieille école obsolète qui lui colle à la peau. Sa tirade sur son amour des supermarchés reste mémorable. Il est aussi ce père totalement investi envers son fils sur lequel il déverse plein d'amour, et une grande complicité, mais avec lequel il peut entrer en conflit. Gourmet s'identifie pleinement à son personnage pétri d'émotion, tant envers son fils que son épouse qui commence à prendre la tangente.

Valeria Bruni Tedeschi et Charles Varienne dans "Terre battue" de Stéphane Demoustier

Valeria Bruni Tedeschi et Charles Varienne dans "Terre battue" de Stéphane Demoustier

© Les Films Verlet

Une dramaturgie minutée
Le coup de théâtre qui fait basculer le film dans sa toute dernière partie constitue une trouvaille dramatique bien amenée. L'émotion ressentie par Jérôme est la même que celle ressentie par le spectateur. Ancré dans le quotidien d'une famille de classe moyenne, le film est habité d'authenticité, sans tomber dans le naturalisme. Sa dramaturgie bien écrite et rythmée est servie par des dialogues qui sonnent justes, portés par une interprétation impeccable.

La mise en scène de Stéphane Demoustier colle au réalisme global du film. Elle suit la chronologie du drame en préparation. L'enthousiasme d'Ugo puisé dans la reconnaissance de son talent à jouer au tennis, celui de Jérôme dans l'élaboration de son projet de magasin, la déception face à son échec, à son couple qui ne tient qu'à un fil, et sa réaction au regard du drame final, transpirent du film. Un récit des mieux menés, sensible et fort.