"Love" de Gaspar Noé sous la menace d'une interdiction pour les moins de 18 ans

Par @Culturebox
Publié le 26/06/2015 à 18H16
Karl Glusman dans "Love" de Gaspar Noé

Karl Glusman dans "Love" de Gaspar Noé

© Wild Bunch Distribution

Les scènes crues du film "Love" de Gaspar Noé avaient interpellé la commission de classification qui avait recommandé d'interdire son accès aux moins de 16 ans. Finalement, le long-métrage pourrait être frappé d'une interdiction aux moins de 18 ans à la demande de la ministre de la Culture, a indiqué vendredi le distributeur du film.

"Alors que la commission de classification des oeuvres cinématographiques du CNC avait recommandé, la semaine dernière, une interdiction aux moins de 16 ans pour le film +Love+ de Gaspar Noé, nous apprenons, avec consternation, que la ministre de la Culture et de la Communication a demandé à ce que le film repasse en commission, avec l'espoir d'une classification plus sévère", a indiqué Wild Bunch, coproducteur et distributeur du film, dans un communiqué transmis par l'AFP.

"Love" : la bande-annonce


Le coproducteur et distributeur tacle Fleur Pellerin

"Nous ne pouvons que nous étonner d'une démarche jusqu'alors réservée à une association d'un conservatisme extrême", ajoute Wild Bunch, qui avait également produit le sulfureux "Welcome to New York" sur l'affaire DSK.

"La politique culturelle de Fleur Pellerin c'est +Turf+ plutôt que Pasolini, Bunuel ou Fassbinder", a ironisé vendredi sur Twitter Vincent Maraval, cofondateur de Wild Bunch. "Nos ados sont donc condamnés à découvrir le sexe sur internet à travers des athlètes bodybuildés, tatoués et rasés qui se croient aux JO."

Une association de cinéastes "extrêmement surprise"

Les cinéastes de l'Arp (Association des auteurs-réalisateurs-producteurs) se disent également "extrêmement surpris" d'apprendre que la ministre avait "pris l'initiative d'un deuxième visionnage". Ils s'interrogent dans un communiqué : "Cela appelle d'importantes questions, d'ordre institutionnel bien sûr, mais aussi sociétal. Quelle légitimité reste-t-il à la Commission de classification lorsque ses avis sont dorénavant systématiquement remis en causes et régulièrement renversés par les juges ?"

"Notre société n'aura rien à gagner à être le terrain de jeu exclusif du conservatisme et du puritanisme", poursuivent-ils, demandant "l'ouverture d'une profonde réflexion sur le fonctionnement" de la commission. "Les cinéastes de L'ARP restent convaincus que la poésie, toute sexuelle soit-elle, d'un cinéaste, en l'occurrence Gaspar Noé, restera une meilleure source éducative que les débauches de pornographie disponibles en permanence sur internet."

"Love", un "mélodrame contemporain"

Présenté hors compétition à Cannes, "Love", qui se veut un "mélodrame contemporain" en 3D incluant de multiples scènes de sexe, n'avait pas créé le scandale attendu sur la Croisette. Gaspar Noé n'en est pas à sa première controverse. Il avait suscité la polémique en 2002 avec son film "Irréversible", qui montre notamment une longue scène de viol.