Avec "L'homme qui rit" Jean-Pierre Améris signe un conte baroque et dramatique

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/12/2012 à 14H29, publié le 27/12/2012 à 09H52
Déa et Gwynplaine, l'amour avec un grand A

Déa et Gwynplaine, l'amour avec un grand A

© Thierry Valletoux / Incognita / Europacorp

Après le succès de sa comédie "Les Emotifs Anonymes", Jean-Pierre Améris revient avec "L'homme qui rit", un drame inspiré du roman éponyme de Victor Hugo. Dans ce film il plonge ses personnages dans un univers où, comme dans le roman de Victor Hugo, la misère côtoie l'opulence, la beauté la laideur, physique tout autant que morale. Jean-Pierre Améris offre un très beau rôle à Depardieu

De Jean-Pierre Améris (France) d'après un roman de Victor Hugo avec Gérard depardieu, Marc-André Grondin, Christa Théret, Emmanuelle Seignier - 1h33 - Sortie le 26 décembre 2012

Synospis : Gwynplaine est un jeune garçon marqué au visage par une cicatrice qui lui donne en permanence une sorte de rire. Déa est une fillette aveugle. Ces deux orphelins perdus dans la tempête sont recueillis par Ursus, un saltimbanque au caractère entier et généreux. Avec les années, ce drôle de trio va devenir une troupe qui sillonne les routes et les villes avec un spectacle dont Gwynplaine est la vedette. Il fait rire autant qu'il émeut. Ce succès va bouleverser la vie du jeune homme qui vivait alors dans l'amour pur de Déa et la bienveillance d'Ursus. Sa rencontre avec une séduisante Duchesse va lui amener gloire et richesse tout en l'éloignant de ceux qui l'aime vraiment.

 

 

 

 

Il fallait oser adapter "L'homme qui rit", roman "monstre" que Victor Hugo écrivit durant son exil politique dans les îles Anglo-normandes entre 1866 et 1869. Un ouvrage de plus de 800 pages, chargés de descriptions et de digressions en tout genre. L'œuvre a déjà été portée trois fois à l'écran, en 1928 (adaptation en film muet, considérée comme la plus "mémorable"), en 1966 puis dans une série télévisée en 1971. C'est avec elle que Jean-Pierre Améris a découvert le roman de Victor Hugo. Il l'a lu quelques années plus tard. Et l'histoire de cet enfant "monstrueux" a résonné chez ce grand gaillard de deux mètres, complexé par son physique. Devenu cinéaste, il n'a pas abandonné le projet. 

 

 

 

 

"Mais adapter un livre, explique Jean-Pierre Améris, "ce n'est pas l'illustrer. Il faut avoir un parti pris fort". Et c'est ce qui est intéressant dans ce film. Le réalisateur a créé de toutes pièces un univers qui soit à la hauteur des sentiments qui habitent ses personnages. Champ de foire, château-fort, bord de fleuve, village : oui c'est du carton pâte ! Et le réalisateur l'assume. Et c’est beau car on a l'impression de rentrer pleinement dans un conte avec tout ce qu'il peut avoir de magique et d'effrayant. Il faut saluer le travail des décorateurs, costumiers, maquilleurs qui ont su rendre l'univers baroque, parfois grotesque imaginé par Victor Hugo dans son roman, tout en lui apportant une ceryaine modernité, notamment dans le "look" de Gwynplaine.

 

 

Le champ de foire, un décor recréé de toutes pièces dans studio de Prague

Le champ de foire, un décor recréé de toutes pièces dans studio de Prague

© Thierry Valletoux / Incognita / Europacorp

 

La première partie du film est très bien enlevée ; elle raconte de façon simple les quinze premières années de la vie de Gwynplaine et de Déa aux côtés d'Ursus. La seconde partie qui suit l'ascension de "L'Homme qui rit", la découverte de ses origines nobles puis sa chute est un peu plus laborieuse. Difficile de dire pourquoi car les acteurs sont tous à la hauteur (Emmanuelle Seignier notamment, parfaite dans son rôle de Duchesse dont la beauté n'a d'égale que la laideur des cicatrices de Gwynplaine).

 

 

Gwynplaine (Marc-André Grondin) face à la Duchesse (Emmanuelle Seignier)

Gwynplaine (Marc-André Grondin) face à la Duchesse (Emmanuelle Seignier)

© Thierry Valletoux / Incognita / Europacorp

 

En terme de réalisation, Jean-Pierre Améris montre bien (peut-être trop ?) le décalage entre roulotte modeste mais chaleureuse d'Ursus et les pièces grandioses mais sans âme du château où va vivre Gwynplaine. Les monstres de fête foraine ont leur miroir dans cette cour fardée outrageusement qui fait des révérences à L'homme qui rit tout en se moquant de lui par derrière. On pourrait dire que tout cela est très manichéen mais au final Améris pose bien la question de savoir où est la vraie beauté, où est la bassesse, qu'est ce qui nous en protège ? A en croire Hugo et Améris, c'est l'amour avec un grand A. Celui qui unit Déa et Gwynplaine. Un amour lumineux mais tragique. Le réalisateur a d'ailleurs choisi de respecter un dénouement très loin du happy end. Un respect louable mais cette fin se révèle un peu trop grandiloquente. Mais au moins Améris a t-il eu ce choix, chose que n'avait pas pu faire Paul Leni en 1928, Hollywood lui ayant imposé de trouver une fin heureuse. 

 

 

 

 

On saluera aussi son choix d'offrir le personnage d'Ursus à Gérard Depardieu. L'acteur campe avec beaucoup de force cet être généreux, lucide, courageux. Sa stature et sa voix sont à la hauteur et nous ramène à l'émotion qu'il nous avait procuré lorsqu'il avait endossé le rôle de  Cyrano de Bergerac.

 

 

Gérard Depardieu, Ursus protecteur et lucide

Gérard Depardieu, Ursus protecteur et lucide

© Thierry Valletoux / Incognita / Europacorp