Le duo John Williams-Steven Spielberg en concert au Grand Rex

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 30/04/2016 à 11H22, publié le 28/04/2016 à 10H39
Le compositeur John Williams et le réalisateur Steven Spielberg à New York en 2006

Le compositeur John Williams et le réalisateur Steven Spielberg à New York en 2006

© STEPHEN CHERNIN/AP/SIPA

John Williams est sans doute le compositeur de musiques de films le plus connu. Si sa contribution à la saga "Star Wars" constitue ses compositions les plus populaires, sa collaboration avec Steven Spielberg est continuelle à partir de "Sugerland Express" (1974), depuis 40 ans, avec notamment "Indiana Jones" et "Jurassic Park". Le Grand Rex les fête le 30 avril lors de deux concerts exceptionnels.

Ouverture

Né en 1932 à New York, fils d’un percussionniste, John Williams suit des cours de piano dès l’âge 7 ans, puis passe à la trompette et au tuba pour former un groupe de jazz dès ses 15 ans. Il suit des études à l’UCLA et au Los Angeles City College où le compositeur de musiques de films Robert van Eps de la MGM l’initie à l’orchestration.
John Williams conduit le Los Angeles Philharmonic Orchestra en 2014

John Williams conduit le Los Angeles Philharmonic Orchestra en 2014

© \Craig T. Mathew/AP/SIPA
Sa carrière à Hollywood commence comme pianiste pour des séries télévisées, dont "Peter Gunn". Il rencontre les géants de la musique pour le cinéma que sont Bernard Hermann , puis Alfred Newman, Lionel Newman, Dimitri Tiomkin et Franz Waxman pour lesquels il œuvre comme arrangeur à la Columbia et la 20th Century Fox. Un boulevard comme compositeur de musiques de films s’ouvre à lui, tout en travaillant pour la télévision. Il participe aux séries "Lost in space" ou "Land of the Giants", mais surtout aux téléfilms "Heidi" (1968) et "Jane Eyre" (1970) qui lui valent deux Emmy Awards.

Sa première composition pour un film date de 1958 quand il signe la partition de "Daddy-O" de Lou Place, une série B qui cantonne un temps Williams dans la comédie. Il doit un coup de projecteur à William Wyler qui lui confie en 1966 "Comment voler un million de dollars" (avec Katherine Hepburn et Peter O’Toole). Il remporte son premier Oscar en 1971 pour l’adaptation, d’après l’œuvre de Jerry Bock, de "Un violon sur le toit" (1970) signé Norman Jewison.
Un violon sur le toit : la BO du films avec extraits
Parallèlement, John Williams compose des partitions classiques sous l’impulsion d’André Prévin et de Bernard Hermann. Mais c’est la vogue des films catastrophes dans les années 70 qui va le propulser. Il signe ainsi successivement les musiques de "’L'Aventure du Poséidon" (Ronald Neame – 1972), "Tremblement de terre" (Mark Robson, 1974) et "La Tour infernale" (John Guillermin, 1974).

Rencontre avec Steven Spielberg

Le futur réalisateur des "Dents de la mer" est ébloui par les partitions de John Williams pour "Les Reivers" (Mark Rydel et Thomas Stanford, 1969), comédie dramatique avec Steve McQueen, et "Images" (1972), thriller fantastique de Robert Altman avec Susannah York. Steven Spielberg décide de faire appel à lui en1974 pour la musique de son premier film de cinéma "Sugarland Express" ("Duel" -1971 - a été réalisé pour la télévision, bien que sorti en salles en Europe).

Spielberg et Williams ne se quitteront plus, pour le meilleur et jamais le pire. A commencer par "Les Dents de la mer" (1975), film considéré comme le premier blockbuster de l’histoire du cinéma suite à son succès mondial foudroyant. Le staccato de cordes évoquant l’approche des mâchoires ("Jaws" en anglais, titre original du film) du requin, relevé de cor rappelant une corne de brume, reste dans toutes les mémoires. Le film vaut un deuxième Oscar à Williams en 1976, propulsé star mondial de la musique pour l’écran.
John Williams dirige le "Main Title" de "Jaws" avec le Boston Pops
Les années qui suivent sont marquées par de grandes partitions qui ont laissé des traces : "La Guerre des étoiles" (George Lucas, 1977), "Superman" (Richard Donner, 1978), "Furie" (Brian De Palma, 1978), "Rencontres du 3e type" (Steven Spielberg, 1978), "Les Aventuriers de l’Arche perdu" (Steven Spielberg, 1981), "E. T. l’extraterrestre" (Steven Spielberg, 1982), les trois premiers films de la saga "Harry Potter" (2001-2004)… "Dracula" (John Badam, 1979) lui tient particulièrement à cœur, désirant de longue date écrire sur le mythe, pour lequel il composa une musique aux thèmes romantiques et épiques de toute beauté.
John Williams dirige plusieurs extraits de "Rencontres du 3e type" avec le Boston Pops
A ces titres, l’on voit combien l’association Williams-Spielberg est omniprésente et oh combien fructueuse. C’est d’ailleurs le cinéaste qui suggérera à George Lucas de faire appel à John Williams pour "Star Wars", alors qu’il pensait recourir à des partitions du répertoire classique pour son film. On sait ce qu’il en adviendra : la musique de film la plus vendue au monde.

Spielberg, toujours Spielberg

Par l’ampleur de ses orchestrations, des cuivres particulièrement, John Williams est à l’origine de compositions grandioses qui lui ont parfois valu d’être qualifié de Richard Wagner de la musique de film. Il est néanmoins l’auteur de partitions plus intimistes, comme "La Liste de Schindler" de Steven Spielberg en 1994, compte tenue de la gravité du sujet, la Shoah. Pour d’autres réalisateurs il restera dans la même veine, comme par exemple "Ma meilleure ennemie" (1999), de Chris Columbus - proche de Spielberg -, orchestré de cordes mélancoliques, de piano, de guitare sèche et de célesta.
John Williams dirige le thème de "La Liste de Shindler", avec le soliste au violon Itzhak Perlman
La collaboration entre John Williams et Steven Spielberg ne compte pas moins de 28 films, si l’on y inclut "Le B. C. G – Le Bon gros géant", attendu sur les écrans le 20 juillet 2016 et projeté à Cannes. Le réalisateur a dû se passer de lui en 2015 pour "Le Pont des espions", en raison de problèmes de santé, qualifiés de "bénins". Il est remplacé par le prolifique Thomas Newman ("007 Spectre", 2015 ; "Skyfall", 2012 ; "Wall E", 2008…)

Parmi les partitions les plus emblématiques de Williams pour Spielberg, citons "Rencontres du 3e type", aux inhabituelles dissonances pour le compositeur, plus coutumières à un Jerry Goldsmith ("Alien", 1979 ; "Basic Instinct", 1982) ; "Poltergeist", 1982…) "E. T." revient à des compositions plus harmonieuses avec des envolées lyriques qui font frissonner, en phase avec l’émotion du film. "La Marche des aventuriers" pour la série des Indiana Jones demeure le thème phare de la franchise, reprise dans chacun des films, et sans doute dans le cinquième opus, en préparation.
Le thème des "Aventuriers de l'Arche perdu" de John Williams par l'Ensemble Instrumental de Corse, sous la direction de Baudime Jam
"Jurassic Park" constitue également un moment majeur, installant le thème pour les trois films suivants, dont un signé Spielberg ("Le Monde perdu", 1997), "Jurassic World" étant composé par Michael Giacchino ("Zootopie", 2016 ; "La Planète des singes : l’affrontement", 2014 ; "Super 8", 2011…) "La Guerre des monde" (2005) ne pouvait revenir qu’à Williams pour sa dimension épique et émotionnelle, avec un excellent thème à la clé.
Une biographie de John Williams (en anglais)

Complicité

Détenteur de cinq Oscars, où il a été nommé 50 fois, et de quatre Golden Globes, John Williams remplit un palmarès exceptionnel dans le cercle fermé des compositeurs de musiques de films. Il a très largement contribué au renouveau de la veine symphonique dans les années 70, qui se tournaient vers l’électronique ou la compilation de variétés et de rock. Sa collaboration continue avec Steven Spielberg est à l’égal de celle d’un Bernard Hermann avec Alfred Hitchcock, d’un Nino Rota avec Federico Fellini, ou d’un Jacques Demy avec Michel Legrand. C’est pourquoi les deux concerts du 30 avril au Grand Rex, avec le Sinfonia Pop Orchestra dirigé par Constantin Rouits, risquent d’être de grands et beaux moments, en présence de l’acteur Jonathan Ke Quan (Demi-Lune, dans "Indiana Jones et le temple maudit").

A noter que les 17 et 18 septembre prochains, la tétralogie des aventures d’Indiana Jones fera l’objet de deux ciné-concerts, où seront projetés les quatre opus de la saga avec un orchestre symphonique. Une exposition d’objets du film, des master class et autres surprises sont au programme. John Williams reviendra également le 18 février 2017 au Grand Rex, pour un concert consacré à un panel plus large de sa filmographie. Williamsment vôtre. 

La filmographie Williams-Spielberg

2016 Le BGG – Le Bon Gros Géant
2012 Lincoln
2011 Cheval de guerre
2011 Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne
2008 Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal
2005 La Guerre des Mondes
2005 Munich
2004 Le Terminal
2002 Arrête-moi si tu peux
2002 Minority Report
2001 A.I. Intelligence artificielle
2001 Jurassic Park III
1998 Il faut sauver le soldat Ryan
1997 Amistad
1997 Le Monde Perdu : Jurassic Park
1993 Jurassic Park
1993 La Liste de Schindler
1991 Hook ou la revanche du Capitaine Crochet
1989 Always
1989 Indiana Jones et la Dernière Croisade
1987 L'Empire du soleil
1984 Indiana Jones et le Temple maudit
1982 E.T. l'extra-terrestre
1981 Les Aventuriers de l'Arche perdue
1979 1941
1977 Rencontres du 3e type
1975 Les Dents de la Mer
1974 Sugarland express