Cité du cinéma: la Cour des comptes évoque un éventuel détournement de fonds publics

Par @Culturebox
Mis à jour le 16/11/2013 à 17H27, publié le 16/11/2013 à 16H44
La Cité européenne du cinéma a été inaugurée en septembre 2012

La Cité européenne du cinéma a été inaugurée en septembre 2012

© BERTRAND GUAY / AFP

La Cour des comptes critique, dans une "note confidentielle" transmise "à la justice", le financement de la Cité du cinéma créée à Saint-Denis par le réalisateur et producteur Luc Besson, évoquant des soupçons de "détournement de fonds publics", rapporte samedi Le Parisien. Europacorp, le groupe de Luc Besson s'est déclaré surpris et indigné des informations publiées samedi.

Le quotidien écrit que ce rapport a été transmis "à la justice" et se trouve sur le bureau de la garde des Sceaux, Christiane Taubira. La Cour des comptes et le ministère de la Justice, interrogés par l'AFP, n'ont pas souhaité faire de commentaire. Aucune confirmation de l'existence de ce signalement n'avait non plus pu être obtenue samedi auprès des parquets de Bobigny (le siège social d'EuropaCorp se trouvant en Seine-Saint-Denis) et de Paris, compétent en matière de délits financiers.

Selon Le Parisien, les juges financiers affirment, dans cette "note d'alerte", que "le financement public de la Cité du cinéma, décidé par quelques hauts responsables publics (...) a été effectué pour permettre l'aboutissement du projet qu'une société privée portait pour son bénéfice, le caractère général du projet restant à démontrer".

EuropaCorp visée

La société EuropaCorp de Luc Besson, à l'origine du projet achevé en 2012, est visée. Elle n'avait pas réagi samedi en début d'après-midi. Dans cette note citée par Le Parisien, la Cour des comptes insiste sur le "souhait de la présidence de la République", pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, de voir le projet "aboutir".

"La proximité de M. Besson et de certains de ses collaborateurs avec les plus hautes autorités de l'Etat a pu favoriser une intervention concertée des acteurs publics", ajoute-t-elle, soulignant que le directeur général d'EuropaCorp Christophe Lambert avait "travaillé auprès de Nicolas Sarkozy pendant la campagne de 2007".

"Les conditions de montage et de financement de l'opération (...) sont susceptibles de caractériser le délit de détournement de fonds publics et de recel de ce délit", affirment les auteurs de cette note, selon le quotidien.

"EuropaCorp n'a eu aucune connaissance d'un éventuel rapport de la Cour des comptes

 Elle n'a d'ailleurs été interrogée par personne", selon un communiqué du groupe. "EuropaCorp est donc très surprise d'apprendre qu'une " note confidentielle " serait sur le bureau de Madame Taubira et s'indigne de cette mise en cause indue", ajoute l'entreprise.

"Il est à rappeler Europacorp n'a bénéficié d'aucune aide financière publique d'aucune sorte pour sa réalisation", souligne le groupe. Europacorp a rappelé que la Cité du cinéma, inaugurée en 2012 à La Plaine Saint-Denis "a été financée par un partenariat public-privé (La Caisse des Dépôts et le Groupe Vinci) et c'est ce modèle de financement qui a permis sa réalisation - sans l'intervention financière de la Seine-Saint-Denis".

Enfin "EuropaCorp déplore que cette magnifique réalisation soit prise en otage pour des règlements de comptes politiques", selon le groupe "qui ne saurait tolérer que de telles mises en cause soient proférées sans qu'il y soit donné les réponses judiciaires appropriées".

Hollywood à la française

Installée dans une ancienne centrale thermique à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), la Cité du cinéma avait été inaugurée en septembre 2012 en l'absence remarquée de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, critiquée à l'époque pour avoir "séché" la réception. Ses concepteurs affichaient l'ambition de faire de la cité un "Hollywood à la française", le complexe permettant la sortie en France de films de A à Z.

Autour d'une nef centrale, s'articulent toutes les autres structures : neuf plateaux de tournage (de 600 à 2.100 m2) à l'acoustique ultra-moderne, des ateliers de peinture, menuiserie, serrurerie, les locaux de École nationale supérieure Louis Lumière ainsi que l'école créée par Luc Besson qui accueille une soixantaine d'élèves, sans conditions de ressources ni de diplômes.

Inauguration sans la ministre Aurélie Filippetti

"Aurélie Filippetti avait été vivement critiquée l'an dernier pour ne pas être allée à l'inauguration, aujourd'hui l'histoire semble lui donner raison", selon une source proche du dossier qui évoque "des soupçons pendant la campagne électorale d'intervention du cabinet de Sarkozy au plus haut niveau, du fait qu'il ait tordu le bras des services de la Caisse des dépôts et des consignations".

Le montage financier de la Cité du cinéma avait été bouclé en 2008: 170 millions d'euros, dont 140 millions pour l'achat du foncier, détenu à 100% par la société Nef-Lumière (75% pour la Caisse des dépôts, 25% pour le groupe Vinci) et 30 millions pour la construction des plateaux de tournage via différentes société de Luc Besson (Front line, EuropaCorp, Euro Média group) et Quinta communications, le groupe du producteur de cinéma et homme d'affaires tunisien Tarak Ben Ammar.