"Salafistes" interdit au moins de 18 ans : un recours en justice

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/02/2016 à 16H38, publié le 12/02/2016 à 16H32
Lemine Ould Salem et François Margolin, les réalisateurs du documentaire "Salafistes", aux 21e Prix Lumières, le 8 février 2016 à Paris

Lemine Ould Salem et François Margolin, les réalisateurs du documentaire "Salafistes", aux 21e Prix Lumières, le 8 février 2016 à Paris

© François Mori / AP / SIPA

La société éditrice du documentaire "Salafistes" a déposé deux requêtes auprès du Tribunal administratif de Paris contre la décision du ministère de la Culture d'interdire le film aux mineurs de moins de 18 ans, selon un communiqué de ses avocats vendredi.

La société Margo Cinéma, dirigée par François Margolin, co-réalisateur du film, a déposé une requête en référé suspension et l'autre en annulation. L'audience de référé (en urgence) est fixée au 17 février.
 
"Salafistes", film controversé sur l'islam radical de François Margolin et du journaliste mauritanien Lemine Ould Salem, a été interdit aux mineurs le 27 janvier par la ministre de la Culture Fleur Pellerin en raison de l'"extrême  violence" de certaines scènes diffusées sans commentaires.

"Un acte de censure inédit", plaident les avocats       

"Cette interdiction a eu pour conséquences d'une part de rendre impossible la diffusion de ce film à la télévision, et notamment par les deux chaînes qui l'avaient financé, et d'autre part, a contraint à l'annulation de l'ensemble des projections organisées par des enseignants, des municipalités, des associations qui souhaitaient, à partir de ce film, sensibiliser les plus  jeunes aux thèmes qui y sont abordés", indiquent les avocats Patrick Klugman et Ivan Terel.
              
"En cela, l'interdiction aux mineurs de moins de 18 ans du film (...) constitue un acte de censure inédit, puisque appliqué pour la première fois depuis la Guerre d'Algérie à un long-métrage documentaire, dans le contexte d'un état d'urgence toujours en vigueur", plaident les avocats.

Montrer les jihadistes "tels qu'ils sont"           

L'interdiction constitue selon eux "une atteinte manifestement disproportionnée à la liberté d'expression et au droit d'information inhérents à toute société démocratique".
              
Le film, qui entendait montrer les jihadistes "tels qu'ils sont", donne la parole à des responsables d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et à des autorités religieuses salafistes. Il est entrecoupé d'images de propagande et de vidéos jihadistes, sans voix off, ni commentaires. Tourné au Mali, en Irak, en Algérie, en Tunisie et en Mauritanie, il montre de façon très crue l'application de la charia au quotidien.
              
Il est extrêmement rare que l'interdiction aux moins de 18 ans, réservée habituellement aux films jugés trop violents ou trop pornographiques, touche un documentaire.