Mostra : Lion d'or pour la carrière au documentariste Frederick Wiseman

Par @Culturebox
Publié le 30/08/2014 à 15H09
Frederick Wiseman montre aux photographes son Lion d'or pour la carrière, reçu le 29 août, à la 71e "Mostra" de Venise.

Frederick Wiseman montre aux photographes son Lion d'or pour la carrière, reçu le 29 août, à la 71e "Mostra" de Venise.

© Andrew Medichini/AP/SIPA

Un Lion d'or pour l'ensemble de sa carrière a été remis le 29 août, à Frederick Wiseman, lors de la 71e Mostra de Venise. Le célèbre documentariste américain, âgé de 84 ans, est l'auteur d'une quarantaine de films dans lesquels il a dressé un portrait critique de la société américaine.

Le Lion d'or attribué à Frederick Wiseman hier récompense 50 ans de carrière, plus d'une quarantaine de films et surtout une certaine manière de faire du documentaire et de porter son regard sur la société américaine.

"Titicut Follies", oeuvre fondatrice
Professeur de droit dans plusieurs universités, dont la prestigieuse faculté de Harvard, Frederick Wiseman arrive sur le tard au documentaire (à presque 37 ans comme réalisateur), après un premier passage par la production d'un film très réaliste sur les jeunes délinquants de Harlem. En 1967 il réalise son premier documentaire, "Titicut Follies", qui montre l’insoutenable quotidien des détenus de l’hôpital psychiatrique de Bridgewater dans le Massachusetts  Ce film, qui sera interdit par la censure jusqu’en 1991, donne à voir parfaitement la signature de Wiseman : pas de commentaire en voix off, pas d'interviews et pas de musique ajoutée ; la caméra se fait oublier grâce à une grosse préparation avant le tournage ; la réalisation privilégie le plan séquence et le montage la longueur.

Les institutions publiques, la violence, la mode

Avec cette approche, Frederick Wiseman va poursuivre son travail de documentaire s'intéressant avant tout aux grandes institutions, dans les domaines de l'éducation ("High School"), des forces de l'ordre ("Law and order"), de la santé et de l'aide sociale ("Hospital", "Welfare") de la justice ("Juvenile Court"), portant un regard sévère sur ces structures créées, en principe, dans le but d'aider. Mais Wiseman aborde tant d'autres thèmes comme l'influence de la société de communication ("Model", "The store") ou encore la violence ("Domestic Violence"). 
Parmi d'autres films connus figurent, "Near Death" (1989), réalisé dans un service de soins intensifs de l'hôpital Beth Israel de Boston, "Public Housing" (1997), sur les habitants d'un ghetto noir de Chicago ou encore "Boxing Gym", sur le quotidien d'un club de boxe amateur, Lord's Gym, et ses adhérents, de tout âge et de tout milieu. 

En France

En France, Frederick Wiseman a tourné "La  Comédie-Française ou l'amour joué" (1996), consacré aux coulisses du fameux théâtre parisien, puis "La Danse, le ballet de l'Opéra d Paris" (2009), longue intrusion dans le quotidien du ballet de l'Opéra, ou encore "Crazy Horse" (2011) présentant les coulisses cette fois du cabaret parisien à l'heure de l'arrivée de Philippe Découflé. 
Au delà du documentaire

Outre ses documentaires, objets d'études de la part de sociologues et d'universitaires, Frederick Wiseman a réalisé deux oeuvres de fiction,  "Seraphita's Diary" (1982) et "La dernière lettre" (2002), adaptation du roman  de Vassili Grossman, "Vie et destin". 

Le cinéaste a également travaillé pour le théâtre, notamment à Paris, où il a dirigé "La belle d'Amherst", pièce de William Luce d'après la vie d'Emily  Dickinson. Il a aussi mis en scène "Oh les beaux jours", de Samuel Beckett, à  la Comédie-Française.