"Lumière ! L'Aventure commence" : 108 films des frères Lumière indispensables

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 24/01/2017 à 15H14, publié le 23/01/2017 à 10H37
"L'Arroseur arrosé" de Louis Lumière ("Lumière, l'Aventure commence")

"L'Arroseur arrosé" de Louis Lumière ("Lumière, l'Aventure commence")

© Ad Vitam

Cent-huit films ? Au tout début du cinéma (1895), la durée des "vues animées" était soumise à l’impératif d’une pellicule de 17 mètres, correspondant à 50 seconde de visionnage. Donc 1h26 (la durée de "Lumière ! L'Aventure commence") / 50 s. = 108 (+ générique de début et de fin). Qui d'autre que Thierry Frémaux, directeur de l’Institut Lumière de Lyon, pouvait concevoir un tel programme. Encore !

La note Culturebox

5
5/5

Rencontre de l’art pariétal et d’une machine à coudre

"Un commencement est un moment d’une extrême délicatesse" ("Dune", Franck Herbert). Les débuts du cinéma sont comme un moment d’allégresse. L’ultime manifestation de ce que la Révolution industrielle (1860-1914) a eu de meilleur : la recréation du mouvement de la vie, dont les origines remontent à l’art pariétal (il y a 32.000 ans), en passant par la "camera obscura" de la Renaissance, les recherches sur l’optique du XVIIe siècle, la photographie (1827), puis la généralisation de la mécanisation au XIXe siècle. En effet, les frères Lumière eurent l’idée de leur géniale invention à partir de la machine à coudre familiale. Comme eux son inventeur, en 1830, est Lyonnais : Barthélémy Thimonier.
"Lumière ! L'Aventure commence" : la bande annonce

Aucune forme d’art n’est aussi soumise aux techniques que le cinéma. La magnifique exposition de la cinémathèque "De Méliès à la 3D : la machine cinéma", jusqu’au 29 janvier (courez-y), en est le plus pur témoignage. L’étonnant dans cette histoire, c’est que le père de Louis et Auguste Lumière, Antoine, était non seulement industriel, mais aussi photographe et peintre. C’est lui qui poussa ses deux fils, ingénieurs, à diriger leurs recherches vers la reconstitution du mouvement à l’image, après avoir vu à New York le Kinétoscope d’Edison qui permettait à une seule personne de voir des images animées. Antoine prédit à ses fils que concevoir un appareil qui permettrait une projection collective de telles images serait l’aboutissement de recherches séculaires. D’emblée art et industrie était dans le fruit.

"Arrivée d'un train en gare" ("Lumière ! L'Aventure commence")

"Arrivée d'un train en gare" ("Lumière ! L'Aventure commence")

© Ad Vitam

Art et technique

Une autre exposition, "Impressionnisme et naissance du cinématographe", en 2005 au Musée des Beaux-Arts de Lyon, démontrait les correspondances fructueuses entre le mouvement picturale des années 1860 et les premiers films Lumière. Antoine Lumière était peintre, impressionniste ; il connaissait Auguste Renoir. Des sujets et traitements filmiques renvoient explicitement aux peintres de la seconde moitié du XIXe siècle : "Le Déjeuner de Bébé", "Fillette jouant avec un chat", alors que la "Partie de carte", où apparaît Antoine Lumière avec des proches, est calqué sur la célèbre toile de Cézanne. Ce qui frappe à la vision du florilège concocté par Thierry Frémaux, c’est le constant regard entre la technique, dans la performante reconstitution visuelle du mouvement, et l’art, dans la composition de l’image et de la lumière.

On a souvent identifié les films Lumière à la tendance documentaire du cinéma, et ceux de Méliès à la fiction, l’invention de la mise en scène. C’est trop facile. Le tout premier film "Sortie des ouvriers de l’usine Lumière" démontre qu’il était le produit d’une mise en scène. Le fait qu’il en existe trois versions est déjà un indice. Celui qu’aucun des figurants ne regarde la caméra en est un autre : Louis (auteur du premier film) n’a pu que leur indiquer de ne pas diriger leurs yeux dans sa direction, pour le réalisme de la scène : la première direction d’acteurs. La cohérence du mouvement de foule, l’exubérance de certains caméos, l’intervention d’animaux… indiquent une mise en scène filmique originelle.

"L'Arrivée des photographes au Congrès de photographie" ("Lumière ! L'Aventure commence" de Thierry Frémaux)

"L'Arrivée des photographes au Congrès de photographie" ("Lumière ! L'Aventure commence" de Thierry Frémaux)

© Ad Vitam"

Chaque film de "Lumière ! L’Aventure commence" démontre cette aspiration à élever une invention technique déduite de la science, à un art. Les films Lumière n’en sont pas moins les témoins d’une époque révolue, qui plus est la Belle-époque, prise en direct, sans reconstitution aucune. Admirables images vivantes avec des thématiques récurrentes : vie familiale, la France au travail, la France qui s’amuse, puis les reportages glanés aux quatre coins du monde par les "reporters Lumière"… Mais aussi l’invention de la comédie avec le célèbre "Arroseur arrosé" (en deux versions), du spectacle filmé, de la science-fiction avec l’incongrue "Charcuterie mécanique" qui va si bien à Lyon… "Lumière ! L’Aventure commence" est un trésor inépuisable. Un film d’histoires dans l’Histoire.

"Lumière ! L'Aventure commence" : l'affiche

"Lumière ! L'Aventure commence" : l'affiche

© Ad Vitam

LA FICHE

Documentaire de Thierry Frémaux (France), Avec la voix de Thierry Frémaux - Durée : 1h26 - Sortie : 25 janvier 2017

Synopsis : En 1895, les frères Lumière inventent le Cinématographe et tournent parmi les tout-premiers films de l’histoire du cinéma. Mise en scène, travelling, trucage ou remake, ils inventent aussi l’art de filmer. Chefs-d’œuvre mondialement célèbres ou pépites méconnues, cette sélection de films restaurés offre un voyage aux origines du cinéma. Ces images inoubliables sont un regard unique sur la France et le Monde qui s’ouvrent au XXe siècle. Lumière, l’aventure du cinéma commence !