Festival du Film des droits de l'Homme : sept détenus dans le jury

Par @Culturebox
Mis à jour le 04/02/2013 à 15H41, publié le 04/02/2013 à 15H37
L'affiche du Festival 2013. Au second plan, la maison d'arrêt de Fleur-Mérogis, en Essonne (octobre 2011)

L'affiche du Festival 2013. Au second plan, la maison d'arrêt de Fleur-Mérogis, en Essonne (octobre 2011)

© Thomas Samson / AFP (pour la photo de Fleury-Mérogis)

Sept détenus de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) font partie d'un des jurys de la 11e édition du Festival international du film des Droits de l'Homme de Paris (FIFDH), qui débute mardi dans la capitale et en banlieue (et se poursuivra jusqu'au 12 février).

Femmes en lutte, droit à l'environnement, crise économique, révolutions arabes... Créé en 2003, le FIFDH propose une sélection de films documentaires qui ont pour sujet la défense et la promotion des droits humains.

Sur les 24 films programmés au cinéma Le Nouveau Latina (Paris 4e) et dans plusieurs autre salles d'Ile-de-France (Pantin, Montreuil, Créteil et Ris-Orangis), une dizaine sont inédits en France et neuf sont présentés en compétition. "On voit très peu ce genre de documentaires à la télévision française, c'est lié à la politique des chaînes qui sont formatées", déclare à l'AFP Jonathan Dauvey, délégué général du festival et chargé de la programmation.

Des jurys constitués de détenus, de lycéens et d'apprentis
Cette année, les organisateurs ont convié des détenus et du personnel pénitentiaire de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis à constituer un jury. Composé de sept détenus, deux conseillers de probation et d'insertion et d'un surveillant de la maison d'arrêt, ce jury décernera un prix. Deux autres jurys, formés respectivement de lycéens et d'apprentis, récompenseront chacun deux films.

"Nous avons lancé un appel pour former un jury, puis nous avons vu les personnes intéressées en entretien pour discuter de leur motivation", explique à l'AFP Patricia Théodose, du service pénitentiaire d'insertion et de probation de l'antenne Fleury-Mérogis. "Le jury et une cinquantaine d'autres détenus ont assisté à des projections au sein de la maison d'arrêt. Après chaque film, il y a eu un débat puis la délibération du jury", relate Jonathan Vaudey. "C'était un moment très beau, il n'y avait plus de hiérarchie entre les membres du jury, c'étaient simplement des hommes qui discutaient de leurs opinions."
Un clip du Secours catholique qui doit être projeté lors du FIFDH 2013
"Une bouffée d'oxygène"
"Les personnes détenues ont vécu ça comme une bouffée d'oxygène. C'était comme une fenêtre sur le monde extérieur", selon Jonathan Dauvey, le délégué du festival. "J'ai vu des individus évoluer, certains timides se sont véritablement révélés en participant activement aux débats", ajoute Patricia Théodose, du service pénitentiaire.

Le 12 février, les membres du jury de Fleury-Mérogis seront présents au Nouveau Latina pour remettre leur prix lors de la cérémonie de clôture. "Nous avons organisé cette sortie pour aller au bout de l'expérience. Le fait que les détenus se déplacent en personne pour remettre leur prix est indispensable", souligne Patricia Théodose. "Les membres du jury purgent tous des peines supérieures ou égales à 24 mois, ce sont eux qui ont le plus besoin de ce lien 'dedans/dehors'."

Depuis 2010, Fleury-Mérogis organise un festival de cinéma au sein de la maison d'arrêt, mais c'est la première fois qu'elle s'associe à une manifestation extérieure.

En plus des films, une explo et des tables rondes
Outre la projection de films, différents évènements doivent rythmer le festival. Une exposition photo intitulée "Vivre avec les Roms" sera visible au Nouveau Latina. La Maison des Cultures du Monde (VIe arrondissement) et le Centre d'animation Curial (XIXe) accueilleront plusieurs tables rondes autour de questions liées aux mouvements de protestation à travers le monde et à la lutte contre les discriminations.