Congo : L'ONU dénonce l'interdiction du film "L'homme qui répare les femmes"

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/09/2015 à 14H31, publié le 04/09/2015 à 12H05
Le médecin congolais Denis Mukwege qui est au coeur du film "L'homme qui répare les femmes" de Thierry Michel. 

Le médecin congolais Denis Mukwege qui est au coeur du film "L'homme qui répare les femmes" de Thierry Michel. 

© THIERRY MICHEL / NOTIMEX

Le gynécologue congolais Denis Mukwege a dénoncé le 3 septembre l'interdiction dans son pays du documentaire "L'Homme qui répare les femmes" consacré à son combat en faveur des victimes de viols, signe selon lui du "climat d'oppression" qui règne en République démocratique du Congo. Il est soutenu par des nombreuses organisations internationales telles que l'ONU et Reporters Sans Frontières.

L'ONU, par la voix de son chef de Mission en RDC, Martin Kobler juge "inadmissible" l'interdiction "L'Homme qui répare les femmes". "De la même façon que nous dénonçons ces viols de ces femmes, de la même façon donc nous nous élevons contre toute tentative de censure qui pourrait empêcher l'effort de sensibilisation de la population contre le viol et (toute) autre forme de violence faite aux femmes.", a-t-il déclaré. 

L'organisation Reporters sans frontières (RSF) a demandé pour sa part au gouvernement de Kinshasa de revenir sur sa décision d'interdire le film au Congo tandis que Martin Kobler, chef de la Monusco, la Mission de l'ONU dans ce pays disait sur son compte Twitter avoir été "stupéfait d'apprendre" cette censure. 

"Climat d'oppression" au Congo

Celle-ci "met en évidence la volonté du gouvernement de refuser au peuple congolais son droit d'accès à l'information dans le but de mieux le manipuler et le contrôler", écrit le Dr Mukwege dans un communiqué publié jeudi soir 3 septembre. "En effet, nous vivons en RD Congo dans un climat d'oppression, de dégradation de la situation des droits humains et de rétrécissement de l'espace des libertés fondamentales", ajoute le médecin en faisant référence à l'arrestation de nombreux opposants ou militants de la société civile au cours  des derniers mois après la répression meurtrière en janvier de manifestations hostiles au président Joseph Kabila.
L'affiche de "L'homme qui répare les les femmes", réalisé par Thierry Michel.

L'affiche de "L'homme qui répare les les femmes", réalisé par Thierry Michel.

© Les Films de la Passerelle

Au pouvoir depuis 2001, celui-ci est soupçonné par ses opposants - alors que le processus électoral accumule les retards - de chercher à tout faire pour contourner l'obligation constitutionnelle qui lui est faite de renoncer à la présidence en décembre 2016.

Le travail du Dr Mukwege pour aider les femmes victimes de viols

Diffusé en Europe depuis plusieurs mois, "L'Homme qui répare les femmes",  réalisé par le documentariste belge Thierry Michel et sa compatriote journaliste Colette Braeckman, devait être projeté les 8 et 9 septembre à Kinshasa, puis au Kivu (est du Congo). "Nous avions hâte que nos compatriotes puissent le voir dans leur pays",  regrette le Dr Mukwege, qui n'en est pas à sa première critique des autorités.

"L'Homme qui répare les femmes" montre l'oeuvre du Dr. Mukwege dans son hôpital de Panzi, à Bukavu (capitale du Sud-Kivu), pour aider à se reconstruire physiquement et psychologiquement, au péril de sa vie, les femmes victimes de viols accompagnés de violences sauvages commis à grande échelle dans l'est de la RDC depuis une quinzaine d'années, d'abord pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003), puis au cours des différents conflits armés qui se succèdent ou se superposent dans cette région.

"Aujourd'hui, il nous apparaît incompréhensible que les témoignages des femmes et des acteurs de la société civile retraçant dans ce film documentaire la dure réalité vécue par des dizaines de milliers de femmes mais aussi  leur faculté à retrouver la force de vivre avec dignité, puissent inquiéter outre mesure les autorités qui ont pris la décision de l'interdire", estime encore le protagoniste du film.

"Une volonté de salir l'image de notre armée", selon les autorités congolaises

Dans un communiqué, RSF appelle pour sa part Kinshasa "à revenir sur sa décision de censure", "scandaleuse", et signe, selon l'ONG de défense de la  presse, de l'"étroitesse d'esprit" des autorités congolaises. Ministre des Médias et porte-parole du gouvernement congolais, M. Mende avait indiqué mercredi à l'AFP avoir "interdit la diffusion de ce film" en RDC. "Il y a dans ce documentaire récompensé par plusieurs prix internationaux une volonté manifeste de nuire, de salir l'image de notre armée et aucun pays au monde ne peut le tolérer", avait justifié mercredi M. Mende, accusant Thierry Michel, auteur de plusieurs films sur le Congo, de faire mentir dans son commentaire les témoignages de personnes apparaissant à l'écran.

Le 2 septembre Thierry Michel avait jugé "inexplicable" l'interdiction de son film en RDC. Dans un communiqué publié le 3 septembre, le ministre Mende assure que Kinshasa "soutient les interventions salutaires du Dr Mukwege en faveur des victimes d'une barbarie  inqualifiable".