Berlinale : un documentaire plonge au coeur de la Fraction Armée Rouge

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/02/2015 à 16H49, publié le 08/02/2015 à 16H46
Quatre membres de la RAF (Fraction Armée Rouge) le 31 octobre 1968 : Thorwald Proll, Horst Soehnlein, Andreas Baader et Gudrun Ensslin. Au tribunal pour l'incendie d'un grand magasin de Francfort, ils attendent le verdict. 

Quatre membres de la RAF (Fraction Armée Rouge) le 31 octobre 1968 : Thorwald Proll, Horst Soehnlein, Andreas Baader et Gudrun Ensslin. Au tribunal pour l'incendie d'un grand magasin de Francfort, ils attendent le verdict. 

© Manfred Rehm / DPA / AFP

Pour son premier long-métrage, "Une jeunesse allemande", le réalisateur français Jean-Gabriel Périot retrace le parcours des fondateurs du groupe Fraction Armée Rouge (RAF). A la Berlinale, il a présenté ce documentaire dans lequel il raconte le glissement progressif vers la violence politique d'un mouvement actif en Allemagne fédérale de 1968 à 1998.

"Ce sont des gens qui venaient du coeur de la société allemande, ce ne sont pas des outsiders, ils auraient dû être l'avenir de l'Allemagne", explique le cinéaste de 40 ans qui a utilisé les images, les interventions médiatiques et les films de la RAF pour son propre long-métrage.

Symbole des "années de plomb"

Ulrike Meinhoff, Andreas Baader, Holger Meins, Gudrun Hensslin, Horst Mahler étaient les membres fondateurs de la Rote Armee Fraktion (RAF, Fraction Armée rouge).

Ils sont les personnages principaux d'"Une jeunesse allemande", documentaire d'un peu plus d'une heure et demie, consacré à l'émergence du mouvement qui allait incarner les "années de plomb" à l'allemande, à coups d'actions terroristes contre les institutions de la RFA, l'armée américaine ou le patronat.
   
Sans commentaire et uniquement construit avec des documents d'époque, le film est une immersion au coeur de ce moment de l'histoire allemande, qui parvient à saisir l'affrontement à vif entre une société encombrée et sclerosée par son passé nazi et une jeunesse sans échappatoire.

Brillants et diplomés mais désespérés
   
"Avant qu'ils passent à la lutte armée directe, on peut suivre la manière dont ils vivent, leur désespoir croissant", explique Jean-Gabriel Périot."On voit ça à travers les images produites par eux ou autour d'eux, c'est assez unique dans l'histoire que l'on puisse raconter un évènement au présent de l'époque, par les gens qui la vivent", ajoute-t-il.
   
A la fin des années 60, Ulrike Meinhof intervient dans les débats télévisés de l'époque, tient chronique dans des journaux d'extrême-gauche. Holger Meins est étudiant à l'Académie du film et de la télévision de Berlin (DFFB), il réalise des films tandis qu'Horst Mahler, avocat, plaide la cause de ses camarades dans les prétoires et les médias.

Selon M. Périot, "c'est peut-être le seul mouvement de cette époque, en tout cas dans toute la gauche révolutionnaire, qui s'est autant documenté (...) on se retrouve avec un groupe de gens qui sont tous brillants, qui vont tous quasiment jusqu'au doctorat, manient l'écriture, les films, la télévision, qui sont vraiment inclus dans la société".

Basculement dans la violence
   
"Ce sont des figures" du débat public, dit-il encore. Mais qui à la suite d'"une série d'évènements qui s'enchaînent", vont basculer vers une violence qui à l'époque est vue par eux "comme un moyen extrême mais un moyen parmi les autres".
   
Dans un téléfilm de l'époque (1969) consacré aux premières actions du groupe Baader, "Brandstifter" ("Incendiaires", de Klaus Lemke), un personnage dit: "on a trop longtemps joué avec l'idée d'une révolution, il est temps d'en commencer une".
   
A partir de 1970, les fondateurs de la RAF entrent dans la clandestinité et le récit de Jean-Gabriel Périot se nourrit alors essentiellement des archives télévisées ouest-allemandes. Sur les images, à la violence de la RAF répond celle de l'Etat, incarnée par l'inflexibilité du chancelier social-démocrate Helmut Schmidt.

"La société allemande les a poussés à la radicalisation"
   
"Il y a vraiment une guerre de générations. Avec le recul, on voit très bien que la société allemande les a poussés à la radicalisation, c'est un jeu qui s'est joué à deux", estime le réalisateur.
   
Habitué à travailler sur les archives, Jean-Gabriel Périot s'en tient à un travail d'historien des images, d'observateur clinique de la violence de l'affrontement, loin d'un quelconque parti pris.
   
"Quand il y a un texte (cité dans le documentaire) de Meinhof qui dit les policiers sont des porcs, on ne discute pas avec ces gens-là, on tire dessus, je me dis: il n'y a pas besoin d'en rajouter", souligne-t-il.
   
Présenté dans l'une des sections parallèles du festival de cinéma de Berlin, "Une jeunesse allemande" doit sortir en salle en France à l'automne 2015.